Un visage qui se déforme, un bras qui devient soudainement faible, des difficultés à parler. Ces signes peuvent annoncer un Accident Vasculaire Cérébral (AVC), mais encore faut-il les reconnaître et savoir comment réagir. Le CHM veut donc renforcer la prévention face à une pathologie qui touche des personnes de plus en plus jeunes et pour laquelle les professionnels de santé constatent un manque d’information auprès de la population.
« L’AVC est un enjeu majeur de santé publique à Mayotte. Il est essentiel aujourd’hui de renforcer la formation et la prévention », explique Fatihat Cheick Ahmed, directrice des sites extérieurs et de la communication du CHM. Pour elle, l’objectif est clair : « mieux faire connaître les signes de l’AVC, favoriser la prise en charge rapide et contribuer surtout à sauver des vies ».
Aller au-devant de la population

Affichage sur les panneaux publicitaires, spots dans les médias, publications sur les réseaux sociaux : le CHM déploie plusieurs moyens pour faire circuler les messages de prévention. Mais l’établissement veut surtout renforcer sa présence sur le terrain, avec des équipes mobilisées pendant un mois dans toute l’île. « On ne peut pas rester à attendre les gens », résume René Chatelot, cadre de rééducation à Pamandzi.
Jusqu’ici, les actions étaient organisées autour de la Journée mondiale de l’AVC, mais cette année, le CHM veut changer sa feuille de route. Chaque secteur doit permettre d’aborder un facteur de risque particulier. À Bandraboua, les échanges porteront sur l’hypertension, pour Chiconi, le diabète sera au centre des discussions, tandis que l’obésité sera abordée à Chirongui, et pour finir le cholestérol en Petite-Terre.
L’idée sera aussi de parler des moyens de réduire les risques grâce à l’alimentation et l’activité physique. « Se nourrir de façon saine, ça coûte cher, surtout ici, mais on peut trouver des moyens pour éviter de manger des mabawas tous les jours », rappelle-t-il.
Des patients de plus en plus jeunes
Au cours de la présentation, les professionnels ont insisté sur la présence de patients relativement jeunes parmi les personnes prises en charge à Mayotte. « En moyenne d’âge, on n’a pas de statistiques, mais ce qui est sûr c’est qu’on a des gens qui ont au moins 30 ans », explique le spécialiste.

Pour les professionnels, cette réalité renforce l’importance d’informer bien avant l’apparition des symptômes. La prévention passe par une meilleure connaissance des facteurs de risque, mais aussi par la capacité à reconnaître rapidement les signes d’alerte. Pour cela, une plateforme numérique intitulée : « Un signe ? Le 15 » rassemble les informations sur l’AVC, les conseils de prévention et les différentes actions organisées.
La rééducation pour retrouver son autonomie
Au service Soins de suite et de réadaptation (SSR) de Pamandzi, la prise en charge commence une fois que l’état du patient est stabilisé. Le service dispose de 48 lits, dont 20 consacrés à la rééducation, avec environ 25 professionnels mobilisés chaque jour pour accompagner les patients.
La rééducation mobilise des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes, et selon les besoins, des neuropsychologues et d’autres professionnels spécialisés. « Pour un AVC, c’est une rééducation intensive qui est demandée », explique René Chatelot. Cela peut représenter deux séances de kinésithérapie par jour, auxquelles s’ajoutent 45 minutes d’ergothérapie. Le but est de permettre au patient de récupérer progressivement ses capacités et de retrouver le plus d’autonomie possible.

La rééducation est faite majoritairement au plateau technique, une salle équipée de plusieurs machines. Parmi elles, un tapis de marche qui utilise un système de pression d’air pour alléger le poids du patient, jusqu’à 80 % de son poids corporel, ou encore un exosquelette. « On n’a vraiment rien à envier à la métropole en termes de machines. Elles aident vraiment les patients remarcher », affirme Taiwani Ali, éducateur en activité physique adaptée au SSR de Pamndzi.
Dans le même esprit, un simulateur de conduite automobile permet aux patients qui conduisaient auparavant de travailler la possibilité de reprendre cette activité. Avant de faire une évaluation médicale nécessaire, avec des professionnels agréés pour vérifier l’aptitude à la conduite.
« J’ai réappris à marcher »

Dans le service, Ziza Amadi Halidi poursuit sa rééducation depuis deux mois, au fil des séances il récupère progressivement son autonomie. « J’ai réappris à marcher, à me mettre debout, rester en équilibre. Je viens de loin ! », témoigne-t-il.
Parmi ses premiers symptômes, des difficultés à signer et à écrire son nom, devenues suffisamment importantes pour que cette tâche quotidienne lui soit compliquée, ainsi que des maux de tête répétés. « J’ai eu un premier signe que je n’ai pas pris en compte. N’attendez pas, venez consulter dès le petit symptôme », insiste le patient.
Pour rappel, une déformation du visage, une faiblesse brutale d’un membre ou des difficultés à parler doivent alerter, il ne faut surtout pas attendre que plusieurs symptômes apparaissent.
Shanyce MATHIAS ALI.


