Bordée par l’un des plus vastes lagons fermés au monde et située au carrefour névralgique des routes de navigation de l’océan Indien, l’île de Mayotte peine encore à tirer pleinement parti de son immense potentiel océanique. Alors que l’archipel importe massivement ses denrées alimentaires, l’économie bleue apparait désormais comme vitale. C’est pour combler ce fossé entre le potentiel maritime et les réalités du terrain que Mlezi Maore a initié ce premier Forum.
Placée sous le thème de la géopolitique et de la souveraineté maritime en Indopacifique, la première journée de débats a mis en exergue le rôle pivot joué par Mayotte pour la France et l’Europe. Invité à intervenir lors de la conférence inaugurale aux côtés d’universitaires et d’officiers généraux de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), le sénateur et ancien ministre délégué chargé des Partenariats internationaux et de la Francophonie, Thani Mohamed Soilihi, a rappelé l’urgence d’une vision prospective. « Dans la vie, il faut apprendre des autres et s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Ce Forum fait partie de ces événements où l’on vient s’enrichir, échanger et écouter des experts venus de La Réunion ou de la Martinique ».
Géopolitique et souveraineté

Pour le parlementaire, l’ancrage insulaire doit se traduire par des retombées directes pour les Mahorais. « Mayotte a une position géostratégique sans pareil au bénéfice de la France, qui doit impérativement être aussi au bénéfice de la population mahoraise, affirme le sénateur. Nous devons mettre à profit cette position, notre appartenance à la République et à l’Union européenne pour coopérer directement avec nos voisins de la côte est-africaine et du canal de Mozambique ». Évoquant ses initiatives antérieures, à l’instar de l’opération « Choose Mayotte », il a souligné les avancées législatives récentes obtenues dans le cadre de la loi de programmation militaire. « J’ai fait passer un amendement pour renforcer les moyens au sein du port de Mayotte et améliorer les capacités d’action de notre marine nationale ».
Sauver la pêche locale
Au-delà des grands équilibres régionaux, la détresse des professionnels de la mer s’est invitée dans les discussions. Alors que des structures comme la coopérative Copemay expriment de vives inquiétudes quant à leur survie économique face à la concurrence et au pillage des ressources par des flottilles étrangères, Thani Mohamed Soilihi a tracé des priorités claires. « Il y avait deux urgences : la première était de sauver la Chambre de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture de Mayotte (CAPAM), qui était menacée. Il est désormais temps de s’occuper de la seconde : donner toute sa place à la pêche », insiste-t-il.

L’élu du palais du Luxembourg défend notamment la création d’une chambre consulaire maritime autonome. « Ailleurs, la pêche est détachée de l’agriculture. Il faut une Chambre séparée, non pas pour la beauté administrative du geste, mais pour un gain réel d’efficacité ». Pour que la pêche au large profite enfin à l’île, le sénateur appelle à l’installation d’outils industriels terrestres.
« Les investisseurs viendront si nous mettons en place un cadre juridique sécurisé et des infrastructures pour traiter les prises sur place. Il faut des usines capables de recevoir les thons, de fabriquer des conserves et de faire en sorte que ces poissons soient achetés et consommés directement ici ».
Emploi, formation et jeunesse
Le FOSSEMM poursuit également un dessein d’insertion immédiate. Ce mardi 27 octobre, les échanges s’orienteront vers les parcours de formation et les métiers porteurs (maintenance nautique, sécurité maritime, aquaculture, tourisme côtier durable). Un job dating piloté par France Travail permettra de mettre directement en relation demandeurs d’emploi et entreprises du secteur maritime.
La journée de clôture, mercredi 28 octobre, sera quant à elle intégralement dédiée aux scolaires et aux jeunes en insertion. À travers un Village des métiers réunissant une trentaine d’exposants et des ateliers pratiques — matelotage, lecture de cartes marines, identification des espèces du lagon et sensibilisation au recyclage des plastiques marins —, les organisateurs susciteront peut être des vocations. En associant l’entrepreneuriat social aux métiers de la mer, Mlezi Maore et ses partenaires ambitionnent de redynamiser le secteur de la pêche.
Léo Vignal


