Réunis ce lundi à plus d’une centaine sous le préau du Département-Région, à Mamoudzou, les agents dénoncent des locaux inadaptés, des difficultés matérielles et des promesses non tenues concernant la future cité administrative de Coconi.

Les agents du Département en grève illimitée pour de meilleures conditions de travail

Réunis ce lundi à plus d’une centaine sous le préau du Département-Région, à Mamoudzou, les agents dénoncent des locaux inadaptés, des difficultés matérielles et des promesses non tenues concernant la future cité administrative de Coconi.

« On veut des conditions de travail adéquates, on ne veut pas de salles en conteneurs, nous ne sommes pas de la marchandise ! ». C’est le tableau que dressent les agents, des services qui tentent de continuer à fonctionner malgré le manque de locaux, d’équipements et de visibilité sur leur avenir. Ils ont été plus d’une centaine à répondre à l’appel de l’intersyndicale pour ce premier jour de grève illimitée, déposée après l’assemblée générale du 13 octobre dernier. 

Coconi, une Cité administrative toujours attendue

C’est l’un des principaux points de blocage de cette mobilisation : la construction de la Cité administrative de Coconi, attendue depuis plusieurs années. Pour l’intersyndicale, il ne s’agit pas simplement de disposer de nouveaux bureaux, mais de réunir les services dans un lieu adapté, capable de répondre aux besoins du personnel et d’améliorer le fonctionnement de la collectivité.

Le projet aurait déjà fait l’objet d’un important travail préparatoire et des plans seraient même disponibles. Des représentants se sont également rendus en Île-de-France pour observer le fonctionnement d’une cité administrative et réfléchir à ce qui pourrait être mis en place à Mayotte. « Cette Cité devait être le porte-étendard de ce que nous souhaitons dans ce département », explique Saïd Hachim, membre de la CFDT et représentant de l’intersyndicale. 

La cour du bâtiment de Kawéni en charge du social qui devient une « piste de glissade » lors des pluies.

Le bâtiment imaginé devait réunir notamment une crèche, des services à la personne, une salle de sport ainsi que des espaces de repos. « On ne comprend pas pourquoi cette Cité ne sort pas de terre », déplore-t-il, en soulignant que le terrain prévu appartient au Département.

D’après les éléments évoqués, des moyens budgétaires avaient été annoncés pour la période de 2025 à 2027, avec un début des travaux en août 2026. Fin octobre 2026, les agents disent ne constater aucune avancée sur le terrain et demandent que les crédits nécessaires soient inscrits au budget de 2027.

Pour Saïd Hachim, le retard du projet a aussi des conséquences sur les compétences de la collectivité. Il affirme que certains agents qualifiés, qui avaient participé au travail préparatoire, ont depuis quitté le Département pour rejoindre d’autres structures. « On s’affaiblit avec des compétences, des ressources qui nous quittent ».

Mais pour les agents, l’enjeu est aussi de sortir des conditions dans lesquelles certains travaillent aujourd’hui. À Coconi, où certains services ont été installés après le cyclone, les difficultés restent importantes. « En partant de Dembéni, on avait tout. En arrivant à Coconi, on n’a rien », explique Fatima, agente affectée au Centre de recherche agronomique.

Elle décrit aussi un manque de sanitaires et de locaux pour accueillir les personnels, certains devant s’installer dans les bureaux de leurs collègues tandis que d’autres restent sans espace de travail adapté.

Harcèlement et mal-être au travail

Plusieurs agents parlent aussi de tensions au quotidien dans les services, notamment de la pression de leur hiérarchie et des situations de harcèlement. Pour l’intersyndicale, ce malaise vient aussi de la manière dont les services sont organisés. Selon elle, des personnes expérimentées et investies se retrouvent parfois écartées ou confrontées à des décisions qu’elles ne comprennent pas, tandis que les responsabilités et les promotions ne seraient pas toujours attribuées en fonction des compétences.

Said Said Hachim, membre de la CFDT et représentant de l’intersyndicale.

Saïd Hachim affirme que les syndicats ont alerté l’exécutif et saisi le procureur de la République sur ces sujets, mais il n’y a eu aucun retour. « Le silence de la justice est aussi inquiétant que celui de l’exécutif. On détourne le regard, on ferme les yeux et derrière c’est une casse  ».

Des difficultés qui selon les agents, ont des conséquences sur leur vie personnelle et leur santé. Ils réclament donc un accompagnement social plus concret, avec des aides financières dédiés aux personnels en difficulté. Une simple orientation vers une assistante sociale ne suffit pas toujours, estiment-ils, lorsque les problèmes persistent une fois rentrés chez eux.

Une situation jugée préoccupante par les manifestants car le Département est lui-même chargé de missions sociales essentielles à Mayotte. « Quand on fait pour les personnes qui travaillent ici, on le fait pour le territoire », rappelle-t-il.

L’intersyndicale veut des engagements concrets

La mobilisation doit se poursuivre demain.

Saïd Hachim estime que le dialogue avec la direction ne suffit plus. Selon lui, les agents ont participé à plusieurs discussions au fil des années sans voir leurs revendications aboutir. Cette fois, ils veulent rencontrer des responsables capables de prendre des engagements, pour obtenir des réponses précises, notamment sur le calendrier de la Cité administrative et les moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de travail. « On nous écoute, mais après, on nous lâche et ça continue comme ça », déplore-t-il.

En attendant, le mouvement doit monter en puissance et les agents pourraient descendre dans les rues dès ce mardi. L’itinéraire de la manifestation devait être déposé auprès de la mairie et de la préfecture, selon les informations communiquées pendant le rassemblement.

« Aujourd’hui il y a une détermination, on dit stop ! Soit on concrétise réellement les choses, soit on refuse d’avancer plus que ça parce que mettre un pas de plus c’est la mort. Surtout que y’en a qui sont déjà partis à cause des conditions de travail », martèle Saïd Hachim.

Shanyce MATHIAS ALI.

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