À Vahibé, le provisoire a fait sa rentrée, mais le durable se fait encore attendre. Près de deux ans après le cyclone Chido, les familles voient enfin les conditions d’accueil des élèves s’améliorer. Mais leur soulagement reste teinté d’inquiétude, puisque la reconstruction de l’école Vahibé 1 n’a toujours pas démarré.
Treize nouvelles classes pour desserrer l’étau

Dans le cadre de ses visites officielles de rentrée scolaire, le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, a inauguré ce lundi 26 octobre matin, le bâtiment T7. Situé sur la place de l’impasse, en bas de la rue Mogné Hazi, face à Vahibé 2, il comprend sept salles de classe modulaires, un bureau de direction et un local d’entretien des sanitaires adaptés.
Cette ouverture était attendue par les familles depuis plusieurs mois. Depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, l’école Vahibé 2 absorbait une partie des élèves de Vahibé 1, dont les onze salles de classe avaient été emportées par les vents. Les effectifs sont ainsi passés d’environ 450 élèves en temps normal à environ 1.400, répartis dans une quinzaine de salles. Faute de locaux suffisants, les enfants n’avaient parfois que trois heures, voire trois heures et demie de cours par jour.
« Nous gardons tous en mémoire les séquelles du Chido, qui a détruit onze salles de classe de Vahibé 1 », raconte Nassim Saïd Boina, adjoint au maire, en charge de l’excellence éducative. « Vahibé 2 a connu un choc démographique avec 1.400 élèves contre 450 en temps normal (…) C’est une situation de crise avec un système de rotation dégradée, car les élèves n’ont eu que 3h ou 3h30 de cours par jour ».

Pour répondre à la crise, la municipalité a déployé deux bâtiments modulaires : T6, avec six salles de classe directement montées dans la cour de l’école Vahibé 2, et l’école T7, avec sept salles, installées sur la place en face. Au total, treize classes supplémentaires doivent permettre à 1.290 élèves de bénéficier de 24 heures d’enseignement par semaine, soit environ cinq heures de cours par jour dans le cadre du système de rotation.
« Nous avons décidé d’agir vite et fort en déployant, le chantier T6 dans la cour Vahibé 2, avec six salles en tout, et ici, T7, avec sept classes, un bureau de direction, un local d’entretien des sanitaires adaptés », rappelle encore l’adjoint au maire. « Grâce à la mobilisation de tous, nous pouvons ouvrir ces treize salles. Au total 1.290 élèves pourront bénéficier de 24h de cours par semaine », annonce-t-il.
La mise en place de ces équipements n’a toutefois pas été sans difficulté. Les travaux ont connu des retards, notamment en raison de problèmes d’approvisionnement. À T7, des agressions contre des ouvriers ont également conduit à un droit de retrait et à une interruption du chantier en mars 2026, avant une reprise au mois d’août dernier. Et si les nouvelles salles doivent permettre aux élèves de retrouver un rythme scolaire plus satisfaisant, elles ne règlent pas encore la question centrale, celle de la reconstruction pérenne de l’école de Vahibé 1, en haut du village.
T20, une reconstruction toujours attendue

Quelques mois plus tôt, le site de Vahibé 1 avait été débarrassé des débris, terrassé et clôturé. L’ancienne école, qui comptait onze salles de classe, doit désormais laisser place au projet T20, qui prévoit la construction de vingt salles sur le terrain d’origine.
En septembre dernier, le chantier n’avait pas commencé malgré l’avancement du dossier. La Ville expliquait à notre rédaction attendre la notification de l’arrêté de subvention de l’État, nécessaire pour lancer les travaux. Un mois plus tard, le blocage persiste. Selon l’adjoint au maire, le site est prêt et sécurisé, mais la municipalité attend toujours le feu vert financier pour engager la construction. Le montant du projet aurait lui aussi évolué. Le coût de T20 est désormais estimé à 12,5 millions d’euros, contre 11 millions annoncés dans notre précédent article, publié le 18 septembre.
Sur place, l’attente continue d’exaspérer les parents, qui rappellent que le projet était déjà envisagé avant le cyclone en raison du manque de classes. Depuis, ils craignent que les installations temporaires ne deviennent une réponse durable au manque de salles de classe dans le village. « On est choqués, l’école elle doit être livrée le 28 mars 2028, mais les travaux n’ont même pas commencé ! », s’exclame un parent, au milieu d’autres parents qui se demandent « où est passé l’argent » dédié au financement de la construction de cette école.
Les parents restent sur leurs gardes

Si l’ouverture des treize salles modulaires est accueillie avec soulagement, les familles savent qu’elle ne constitue qu’une réponse provisoire au manque d’infrastructures scolaires à Vahibé. Après des mois de mobilisation, elles espèrent surtout voir les conditions de scolarisation s’améliorer. « On est heureux là car on s’est beaucoup mobilisés, surtout après Chido (…) on respire enfin », lâche une mère d’élèves.
Mais les inquiétudes persistent, notamment pour les plus petits. Les parents dénoncent le manque de places pour les élèves de maternelle et des horaires raccourcis, qui contraignent certaines familles à récupérer leurs enfants après seulement quelques heures de classe. « Nos enfants ont deux heures par jour devant un prof, un jour sur deux (…) à peine on le laisse à l’école, qu’on doit déjà le récupérer », s’exaspère un parent.

Pour les habitants, le manque de salles risque de peser durablement sur la scolarité des enfants, alors que la population continue d’augmenter et que de nouvelles familles arrivent dans le village. « L’éducation ne peut pas évoluer s’il n’y a pas de salles de classe », lâche encore un parent, en soulignant également que les difficultés dépassent le seul cadre scolaire, en regrettant le blocage d’autres équipements collectifs. « La MJC est aussi à l’arrêt ».
À ce stade, si les nouvelles classes apportent donc un répit attendu, les familles restent vigilantes, et attendent désormais que le chantier T20 démarre réellement pour que les salles modulaires ne deviennent pas une solution durable à une situation d’urgence.
Mathilde Hangard


