Les au revoir ont été difficiles vendredi matin à l’hôtel Ibis, où les jeunes de Saint-Paul et de Petite-Terre se sont retrouvés une dernière fois pour faire le bilan du séjour.
Pour cette dernière rencontre, les jeunes Réunionnais ont choisi de partager leur culture à travers des poèmes en créole, accompagnés de notes de maloya, dans lesquels ils ont donné leur vision du vivre-ensemble. Avant qu’un spectacle de maloya et de m’biwi ne rassemble les jeunes des deux territoires et leurs encadrants.
Les témoignages ont ensuite laissé place aux émotions : « on ne regrette rien de ce voyage, et on ne veut pas partir aujourd’hui, on veut rester encore », ont exprimé unanimement les Réunionnais.
« Nos jeunes, sont nos adultes de demain »
Pour Roan Aubin, responsable de la réussite éducative à la ville de Saint-Paul, cette semaine a dépassé les objectifs fixés au départ. Au-delà de la découverte de Mayotte, il retient surtout les échanges entre les jeunes et l’évolution de leur regard sur leurs camarades mahorais. « Cet échange a porté ses fruits pour casser les regards qu’on pouvait avoir l’un sur l’autre », estime-t-il.

Sur place, lui et les jeunes ont pu voir une autre réalité, entre les paysages, les plages et les rencontres avec les habitants. « Quand on nous montre Mayotte à la télé, on montre que les caillassages, on montre que les violences », regrette-t-il.
La journée en bateau, au cours de laquelle les participants ont découvert plusieurs îlots, figure parmi les moments qui l’ont marqué. Roan Aubin évoque notamment les plages de sable blanc, des paysages que certains n’avaient jamais vus auparavant. Mais c’est surtout dans les paroles des jeunes que Roan Aubin mesure la réussite du séjour.
Pour le responsable, les effets de cette rencontre vont se prolonger bien au-delà des cinq jours passés ensemble, lorsque les jeunes raconteront leur expérience à leurs familles et à leur entourage. « Nos jeunes, ce sont nos adultes de demain. Là, on sème et on va récolter dans les années à venir », résume-t-il.
Cinq mois pour préparer la rencontre
À l’origine de ce séjour, des échanges entre les équipes de réussite éducative de Petite-Terre et de Saint-Paul. Soffie Said Hassani, responsable de la réussite éducative à la CCPT, explique que les professionnels ont d’abord comparé leurs méthodes d’accompagnement, les difficultés rencontrées par les jeunes et les modalités d’orientation vers leurs dispositifs respectifs. L’idée a pris forme progressivement, jusqu’à la mise en place de cette semaine de séjour éducatif, qui a demandé environ cinq mois de préparation.

Les jeunes accompagnés par le programme connaissent parfois une grande précarité et rencontrent des difficultés dans leur parcours scolaire ou dans leur vie quotidienne. Certains sont déscolarisés ou en attente d’une scolarisation, tandis que d’autres sont scolarisés mais ont besoin d’un soutien particulier. « Ça a permis à nos jeunes de voir la vie autrement, de découvrir une nouvelle culture, de nouveaux visages », explique-t-elle.
Le programme de réussite éducative (PRE) propose un suivi individualisé selon les besoins de chaque jeune, qu’il s’agisse de difficultés scolaires, de santé, d’accès à la culture, ou au sport. Les jeunes sont orientés vers le dispositif par différents acteurs : enseignants, CPE, familles, ou encore associations.
Donner des perspectives à la jeunesse

Présente tout le long du séjour, Chamsia Mohamed, Première vice-présidente à la CCPT, rappelle que le PRE repose sur une responsabilité partagée entre les professionnels, les collectivités et les familles, avec un objectif : aider les jeunes à reprendre confiance et à découvrir leurs capacités. La collectivité accompagne actuellement 200 jeunes et 50 familles malgré les difficultés rencontrées par le territoire après le passage du cyclone Chido.
« Chaque jeune mérite qu’on lui donne une chance », insiste-t-elle. L’élue se dit particulièrement touchée par les témoignages entendus lors de la matinée de clôture, qui montrent, selon elle, combien les jeunes ont besoin d’être écoutés, considérés et accompagnés pour avancer. « Il n’y a pas de mauvais enfants, il y a de mauvais accompagnements ».
Avant La Réunion, faire découvrir Mayotte aux jeunes
L’idée d’un séjour des jeunes de Petite-Terre à Saint-Paul a été évoquée par les équipes, mais rien n’est encore décidé. En attendant, la priorité reste aussi de permettre aux jeunes de l’île de mieux connaître leur propre territoire, car certains connaissent peu Mayotte. « Le plus important, c’est déjà que, sur notre territoire, on fasse découvrir à nos jeunes d’autres villages », explique Soffie Said Hassani.
Pour ces jeunes, qui n’ont pas toujours l’occasion de se déplacer, ces découvertes représentent une première étape avant d’envisager d’autres projets plus larges.
Shanyce MATHIAS ALI.


