Former des sauveteurs, préparer de futurs maîtres-nageurs et, à terme, renforcer la surveillance des plages. C’est l’ambition portée par Francis Bovincini, président du Centre départemental de formation de Mayotte, rattaché à la Fédération nationale des métiers de la natation et du sport (FNMNS). Alors qu’une première session du BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) AAN (Activités Aquatiques et de la Natation) est annoncée sur le territoire en 2027, le responsable déplore les difficultés à mettre en place des dispositifs de sécurité adaptés sur les plages mahoraises.
Dix semaines pour préparer les futurs maîtres-nageurs

Mathilde Hangard / JDM
Sur la plage du Faré, en Petite-Terre, les matinées sont consacrées à la natation. Depuis le 28 septembre 2026, des stagiaires suivent une formation préparatoire intensive de dix semaines, organisée par le Centre départemental de formation de Mayotte (CDF 976), rattaché à la Fédération nationale des métiers de la natation et du sport. L’objectif est de leur permettre de satisfaire aux prérequis nécessaires pour accéder au BPJEPS AAN, un diplôme qui ouvre notamment la voie au métier de maître-nageur sauveteur.
« C’est une profession à flux tendu », souligne Francis Bovincini, président du centre de formation. Selon lui, le manque de professionnels à Mayotte rend indispensable le développement de parcours permettant aux jeunes du territoire d’accéder aux métiers de la natation et du sauvetage aquatique.
Le programme s’étend sur cinquante jours, à raison de cinq jours par semaine et de sept heures par jour. Les stagiaires effectuent deux heures de natation quotidiennes, complétées par cinq heures de théorie. La formation doit notamment les préparer aux épreuves techniques de natation, avec un 400 mètres nage libre et un 100 mètres quatre nages, ainsi qu’à l’obtention du PSE1 et du PSE2, deux qualifications en secourisme. Le SSA, consacré au sauvetage aquatique, figure également au programme en option, selon la plaquette du centre.
Le dispositif a été mis en place avec le concours de plusieurs partenaires institutionnels. La Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (DRAJES), le dispositif Sésame, le plan France Relance et le CREPS de La Réunion ont contribué, selon le CDF 976, à la mise en œuvre du projet.
Pour Francis Bovincini, cette première étape doit permettre de constituer un vivier de candidats capables de poursuivre leur parcours vers une qualification professionnelle. Il insiste sur la nécessité d’adapter les formations aux contraintes des stagiaires, dont certains exercent déjà une activité en parallèle.
Une nouvelle étape est annoncée pour le printemps 2027. Une première session du BPJEPS AAN devrait être organisée directement à Mayotte, en mars ou en avril 2027, en collaboration avec la FNMNS, la DRAJES et le CREPS de La Réunion. La formation doit permettre aux candidats ayant satisfait aux prérequis de poursuivre leur parcours vers les métiers de l’encadrement et de la surveillance aquatiques.
Des équipements qui peinent à répondre aux besoins

Cependant, former des professionnels ne suffit pas toujours si les infrastructures ne permettent pas de les accueillir dans de bonnes conditions. C’est l’autre préoccupation de Francis Bovincini, qui souhaite voir se développer des dispositifs de surveillance sur les plages de Mayotte.
Ancien maître-nageur sauveteur au sein des CRS, il revendique une expérience acquise sur d’autres plages qu’il surveillait. « La sécurité fait partie de notre cœur de métier », rappelle-t-il. Et à Mayotte, le responsable déplore que certains équipements ne soient pas suffisamment exploités. Il cite notamment une structure inaugurée à Sakouli, et depuis, laissée à l’état d’abandon, et des installations à Musicale Plage, dont il estime qu’elles pourraient être davantage utilisées pour contribuer à la sécurité des baigneurs. Selon lui, plusieurs aménagements ont été réalisés sans concertation suffisante avec les professionnels du sauvetage aquatique.
Aussi, en Petite-Terre, la mise en place de postes de secours lui paraît particulièrement complexe. À la plage du Faré, où les stagiaires s’entraînent actuellement, il pointe les obstacles rencontrés auprès des communes et le manque de sites adaptés à l’installation de dispositifs de surveillance.
Il évoque également la plage de Petit Moya comme une possibilité, tout en signalant les contraintes liées à la stabilité de la falaise et aux restrictions susceptibles d’en découler que les représentants de la commune auraient mis en exergue. « En Petite-Terre, à la plage du Faré, on a du mal à faire bouger les choses, notamment au niveau des mairies », regrette-t-il, décrivant des démarches longues et compliquées. « C’est lent, on n’arrive pas à avancer, et il y a des obstacles extérieurs, environnementaux, qui compliquent les choses d’après ce qu’on nous a rapporté », explique-t-il encore.
Le formateur ne considère pourtant pas la situation comme une impasse. Il cite le bassin flottant de Bandrélé, qui doit accueillir les stagiaires durant les dernières semaines de leur formation préparatoire. Cette installation leur permettra notamment de travailler « les virages » grâce à des plaques de retournement, de début novembre à début décembre prochain.
À terme, le responsable souhaite surtout que d’autres postes de secours puissent être installés sur l’île et que des maîtres-nageurs soient mobilisés sur ces structures pour assurer la surveillance des plages.
Apprendre à nager pour prévenir les noyades

Car en effet, au-delà de la formation professionnelle, Francis Bovincini défend une approche globale de la sécurité aquatique. Pour lui, le développement de l’apprentissage de la natation doit aller de pair avec une meilleure surveillance des sites de baignade. « À Mayotte, il faut surtout apprendre à nager pour éviter les noyades », plaide-t-il. Le responsable estime que les compétences acquises dans l’eau, associées à la présence de professionnels capables d’intervenir, peuvent contribuer à prévenir les accidents. « Il y a beaucoup de décès par noyade, et on peut résoudre cela, par l’apprentissage de la natation mais aussi la surveillance des baigneurs », avance-t-il.
Cette démarche entend s’appuyer sur les acteurs déjà présents sur le territoire. Francis Bovincini cite notamment Alain Baron, maître-nageur sauveteur et président du club Aquatic’Nage Mayotte, qui propose des activités d’apprentissage de la natation. Le centre de formation intervient parfois en complément de ces initiatives, en mobilisant ses stagiaires pour contribuer à l’encadrement et à la sécurité des activités.
« Nous, on vient en appui des autres collègues », résume-t-il. Le Parc naturel marin de Mayotte figure également parmi les acteurs avec lesquels des coopérations pourraient contribuer à développer la prévention et la sécurité aquatiques.
Pour le responsable, l’enjeu consiste à faire progresser les jeunes nageurs, à consolider leur niveau, puis à les orienter vers les qualifications de sauveteur aquatique et, pour certains, vers le métier de maître-nageur. Il entend ainsi favoriser l’émergence d’une filière professionnelle locale, tout en donnant davantage de perspectives aux jeunes Mahorais.

« Dès l’enfance, le but c’est de former des jeunes nageurs, pour qu’ils deviennent des nageurs moyens, on va dire, et après passer le SSA et devenir maîtres-nageurs », explique-t-il. Il présente cette profession comme un métier utile, au service de l’humain, qui peut également offrir des perspectives de rémunération intéressantes selon les conditions de travail.
Pour développer cette filière, le CDF 976 mise sur la coopération entre les organismes de formation et les institutions. « Avec la DRAJES, le CREPS, et la FNMNS, on travaille main dans la main pour essayer de sortir les pieds de l’eau », conclut Francis Bovincini, non sans une pointe d’humour.
Reste à concrétiser ces ambitions. La formation de nouveaux professionnels constitue une première étape essentielle, mais sa réussite dépendra aussi des débouchés offerts aux stagiaires, des équipements disponibles et de la mise en place de dispositifs de surveillance adaptés… Autant de chantiers qui nécessitent un engagement important des élus des communes concernées pour aboutir.
Mathilde Hangard


