La proposition de résolution portée ce jeudi 8 octobre par la députée mahoraise Anchya Bamana pour garantir un accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins a été rejetée de peu, avec 156 voix pour et 160 contre.

La crise de l’eau à Mayotte au cœur des débats à l’Assemblée nationale

La proposition de résolution portée ce jeudi 8 octobre par la députée mahoraise Anchya Bamana pour garantir un accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins a été rejetée de peu, avec 156 voix pour et 160 contre.

« Il y a urgence ! », dès les premières secondes de son intervention, Anchya Bamana a donné le ton. Pour la députée mahoraise du Rassemblement national, la crise de l’eau ne peut plus être considérée comme une situation exceptionnelle dans les territoires d’outre-mer.

À Mayotte depuis juillet, dans la plupart des secteurs, pendant près de deux jours, les robinets restent à sec et les familles doivent attendre le retour du réseau pour constituer des réserves. La production d’eau ne couvre par ailleurs qu’environ les 4/5 des besoins de l’île, tandis qu’avant même le passage du cyclone Chido, près de 30 % des habitants n’avaient pas accès directement à l’eau potable.

« C’est le quotidien depuis plus de trois ans ! »

C’est justement sur la réponse à apporter que le débat s’est tendu. Anchya Bamana demande une intervention renforcée de l’État, avec la possibilité de substituer les services locaux lorsque la situation l’exige.

Anchya Bamana, députée mahoraise du Rassemblement national.

La députée mahoraise défend une mobilisation sur plusieurs fronts : gestion de crise, contrôle sanitaire, ingénierie, financement et coordination. Elle rappelle aussi que l’État dispose déjà de nombreux outils pour intervenir sans forcément reprendre durablement la gestion du service public de l’eau, notamment avec le plan Orsec eau potable. « L’eau est un droit », a-t-elle insisté.

Mais plusieurs députés lui reprochent de ne pas aller assez loin dans les mesures proposées. Corine Vignon, du groupe Ensemble pour la République, reconnaît que « les ultramarins vivent une rupture d’égalité qui est inacceptable », mais juge la résolution trop générale. Selon elle, le texte ne donne ni budget précis, ni calendrier, ni objectifs chiffrés. « On ne construit pas une usine de dessalement ou des canalisations avec une proposition de résolution », a-t-elle lancé.

Jean-Hugues Ratenon, député de LFI, partage le constat sur l’urgence, mais attaque lui aussi le contenu du texte. « Ce n’est plus une crise, c’est un problème structurel », affirme-t-il, en reprochant au RN de ne pas proposer un plan d’investissement suffisamment important pour répondre aux besoins.

730 millions d’euros annoncés pour l’eau à Mayotte

Face aux critiques, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, ne nie pas l’urgence. « Je ne suis pas venue vous dire que tout va bien », a-t-elle déclaré devant les députés. Mais elle refuse aussi l’idée selon laquelle l’État serait absent.

Le Gouvernement rappelle les moyens déjà engagés, à Mayotte. En effet, le plan Eau prévoit 730 millions d’euros d’investissements entre 2025 et 2031. Deux projets sont particulièrement attendus : la deuxième usine de dessalement d’Ironi Bé et la troisième retenue collinaire d’Ourovéni.

Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer.

La ministre a insisté sur un autre problème : l’argent existe, mais les projets doivent maintenant sortir plus vite des dossiers administratifs pour devenir des chantiers, « pour avoir de l’eau qui coule dans les robinets ». « À Mayotte, nous n’avons plus besoin d’ajouter des annonces aux annonces. Nous avons besoin de faire aboutir les projets engagés ».

Dans les chiffres évoqués pendant les débats, l’usine d’Ironi Bé doit apporter, à terme, une capacité supplémentaire importante. Le projet prévoit un gain de 10.000 mètres cube d’eau par jour lors de sa mise en service, avec une capacité pouvant atteindre 16.000 mètres cube par jour à terme. La retenue collinaire d’Ourovéni doit, elle, permettre de stocker 3 millions de mètres cube d’eau.

Pour le Gouvernement, le problème n’est donc pas uniquement celui de l’argent. Il faut aussi renforcer les capacités techniques, améliorer la gouvernance et surtout réussir à transformer les financements en travaux. Naïma Moutchou refuse en revanche l’idée d’une substitution durable de l’État aux collectivités, la gestion du service public de l’eau doit rester de leur ressort. « Notre objectif ne peut pas être de déplacer les responsabilités », a-t-elle expliqué.

156 voix pour, 160 contre

C’est précisément ce point qui divise les députés. Pour Anchya Bamana, l’urgence de l’eau dans les territoires ultramarins justifie une intervention beaucoup plus forte de l’État. Pour le Gouvernement et plusieurs groupes politiques, les moyens doivent surtout permettre aux collectivités de tenir durablement leur rôle.

Le débat aura aussi montré que Mayotte n’est pas seule face aux difficultés d’accès à l’eau : la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion ou encore la Nouvelle-Calédonie connaissent elles aussi des problèmes de réseaux, de production ou de distribution.

Max Mathiasin, député guadeloupéen LIOT.

L’aspect politique a aussi pesé dans les débats. Plusieurs députés ont estimé que le RN se servait de la crise de l’eau, sujet majeur dans les Outre-mer, comme d’un support de communication à l’approche de l’élection présidentielle.

« Vous allez dire ce soir que nous avons voté une résolution pour l’eau et que si le RN arrivait au pouvoir, nous aurions de l’eau. (…) Nous allons combattre le RN sur nos terrains. Et le fait même d’essayer de nous prendre par les sentiments en prenant l’une de nos concitoyennes que nous aimons beaucoup pour présenter cette résolution ne fera pas que nous voterons plus », a exprimé Max Mathiasin député guadeloupéen LIOT.

Au terme du scrutin, 322 députés ont voté, 316 suffrages ont été exprimés avec une  majorité fixée à 159 voix. La résolution a finalement obtenu 156 voix pour et 160 contre, et n’a donc pas été adoptée.

Shanyce MATHIAS ALI.

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