Dans les allées du gymnase de Mgombani, le bruissement continu des conversations traduit l’urgence qui traverse le marché de l’emploi mahorais. CV à la main, dossiers sous le bras, plus de cinq cents personnes ont défilé pour rencontrer les employeurs installés sur place. Organisé en écho au sommet parisien destiné à convaincre les investisseurs nationaux et régionaux, ce salon territorial visait à décliner concrètement sur le terrain les opportunités économiques d’une île en pleine reconstruction. Face à une jeunesse massivement touchée par la précarité, l’événement entendait rapprocher deux mondes qui peinent à dialoguer.
Venu à la rencontre des recruteurs et des participants, le préfet de Mayotte a tenu à souligner l’ampleur de la mobilisation institutionnelle et patronale. Cinquante-six entreprises ont répondu présent pour proposer plus de deux cents offres fermes, couvrant l’artisanat, la distribution, les services et le bâtiment. « Faire rencontrer les acteurs économiques avec ceux qui n’osent pas pousser les portes des entreprises », voilà l’objectif majeur assigné à ce rendez-vous selon le représentant de l’État. Avec un taux de chômage qui avoisine les 25 %, l’île traverse une passe complexe. « Au bout d’un mois, on a un retour au non emploi, donc ça, il faut qu’on le combatte », a insisté le préfet, rappelant que

plus de 25 000 places de formation existent sur le territoire, dans les secteurs en tension.
Face aux exigences du secteur privé
Pour les centaines de candidats présents, l’événement représentait une opportunité rare de décrocher des entretiens sans filtre. Issu du lycée de Kahani et fraîchement diplômé d’une formation en électricité du bâtiment, Ichiaka Musulimo, 22 ans, arpentait les allées à la recherche de son tout premier emploi. « Sur le premier stand, ils voulaient recruter, c’était plus comme un entretien d’embauche. Ils ont pris mon CV et m’ont demandé une lettre de motivation », confiait le jeune technicien. Confronté aux besoins très spécifiques de certains groupes tournés vers les grands chantiers de câblage public, le diplômé ciblait en priorité les équipements domestiques et tertiaires, illustrant la nécessité d’un ajustement précis entre les compétences enseignées et les postes ouverts.
À quelques mètres de là, Daounia Oumadi, 30 ans et titulaire d’un baccalauréat professionnel dans la vente, partageait une impression plus mitigée. Ayant multiplié par le passé les missions de secrétaire, d’hôtesse de caisse et d’agente de médiation, elle pointait du doigt les obstacles quotidiens rencontrés par les postulants locaux. « C’est vraiment difficile de trouver un travail à Mayotte si on ne vous connaît pas », expliquait-elle. « Les entretiens se sont bien passés, mais on ne sait pas si on va être rappelé ou si on est choisi. »
L’inclusion des travailleurs handicapés
Le forum a également permis d’installer des dispositifs d’insertion longtemps restés en

retrait dans l’archipel. Opérationnelle à Mayotte depuis juillet 2026, l’antenne locale de Cap Emploi a profité de la manifestation pour clarifier ses missions auprès des employeurs et des usagers. Travaillant en coordination étroite avec France Travail, la structure accompagne les personnes disposant d’une reconnaissance administrative délivrée par la MDPH, tout en guidant les entreprises vers les aides financières de l’Agefiph pour l’aménagement des postes. « Les personnes en situation de handicap ont un droit à la formation et à l’emploi comme tout demandeur d’emploi », rappelait une chargée de mission de l’organisme, venue sensibiliser les recruteurs afin de lever les préjugés et pérenniser les recrutements au-delà de la signature initiale.
Interrogé sur les réserves exprimées par certaines organisations patronales locales qui regrettaient de ne pas avoir été associées à la conception du projet, le représentant de l’État a botté en touche, préférant louer la diversité des grands groupes et des PME mahoraises mobilisés dans le gymnase. Au-delà des discours sur l’attractivité et des opérations de séduction menées en direction des investisseurs parisiens, le succès de Choose Outre-Mer se mesurera à sa capacité à transformer ces deux cents offres en contrats stables, capables de sortir durablement la jeunesse de l’attentisme.
Léo Vignal


