Prouver aux consommateurs que la volaille locale allie rigueur vétérinaire européenne et fidélité aux prescriptions religieuses. C’était tout l’enjeu de la venue matinale, ce lundi 28 septembre, des plus hautes autorités cadiales de l’île au cœur de la zone de Kahani. Accompagné de son adjoint et de son chargé d’études spécialisé dans la jurisprudence religieuse, le Grand Cadi de Mayotte est venu passer au crible l’ensemble de la chaîne d’abattage de Mon Pouleti avant d’apposer son paraphe sur le renouvellement annuel du label halal.
« Notre rôle est d’être les garants de ce que consomment les Mahorais », a rappelé la délégation cadiale au terme de l’inspection. De l’arrivée des bêtes vivantes jusqu’à leur stockage en chambre froide, chaque maillon a fait l’objet d’un examen minutieux : prononciation rituelle du Bismillahi Allahu Akbar lors de la saignée, respect de l’orientation de l’animal vers la Qibla, propreté irréprochable des installations et garantie stricte de la chaîne du froid. « Il ne faut pas que le produit soit pourri ; la bonne conservation fait partie intégrante du processus », ont insisté les religieux, saluant les efforts constants de l’établissement.
Normes européennes

Pour l’entreprise insulaire, cette certification religieuse ne s’oppose pas aux standards d’hygiène modernes mais les complète. « On est à Mayotte, en terre musulmane, et les Mahorais ont à cœur de consommer une viande strictement conforme aux règles du Coran. Mais nous sommes aussi en France, sous le coup d’un agrément sanitaire européen particulièrement exigeant », décrypte Élie Tassin, responsable QHSE (qualité, l’hygiène, la sécurité et l’environnement) du groupe Agro-Mêa, maison-mère de l’AVM (Abattoir de Volaille de Mayotte).
Recrutée dès 2019 à l’époque où la structure abattait artisanalement 1 600 volailles par jour à l’atelier public de Coconi avec cinq salariés, elle a piloté la construction et l’ouverture de l’usine de Kahani en mars 2021. Aujourd’hui, l’abattoir applique les protocoles les plus stricts en matière de bien-être animal. À l’accrochage, des plaques de décompression évitent la panique des bêtes suspendues par les pattes, tandis qu’un bac d’électro-narcose assure un étourdissement réversible : les poulets sont insensibilisés sans être mis à mort, évitant ainsi la souffrance et les spasmes réflexes avant la saignée.
Une production qui repart de plus belle

Frappée de plein fouet par le cyclone Chido qui avait arraché des toitures et endommagé de nombreux bâtiments d’élevage fin 2024, la filière a achevé ses chantiers de réhabilitation et le remplacement de ses cuves techniques. Si le passage du météore avait reporté d’un an les objectifs de croissance, les éleveurs partenaires ont repeuplé les poulaillers et l’outil tourne désormais à plein régime.
« Nous sommes revenus sur d’excellentes bases. Le rythme est environ de 6 000 poulets traités par vacation, à raison de deux à trois jours d’abattage hebdomadaires », détaille un opérateur de production. Le site abat désormais un peu moins de 13 000 volailles par semaine. Une dynamique renforcée par la diversification engagée fin 2024 dans la charcuterie de volaille fraîche : saucisses, merguez, jambons de poulet et découpes marinées sous vide à destination de la restauration hors foyer. En renouvelant sa confiance à Mon Pouleti, le Grand Cadi scelle bien plus qu’un accord religieux. Il ancre la production locale comme une alternative crédible face aux importations massives de viandes congelées.
Léo Vignal


