Entre le « On le fera ! », d’Emmanuel Macron en 2019 pour assurer les mahorais du rallongement de la piste en Petite Terre, et l’examen du rapport sur le sujet par les élus du département-région ce vendredi 25 septembre, de l’eau ou plutôt de la lave de volcan a coulé sous les ponts. Car Fani Maore en faisant trembler la terre de notre île a révélé une chambre magmatique dans les profondeurs de Petite Terre avec un risque de submersion marine aggravée, orientant les études vers une autre géolocalisation, plus pacifique. Du côté de Bouyouni.
Bien sûr les élus de Petite Terre comme le sénateur Omar Oili y ont mis leur veto, accusant l’Etat d’un manque de transparence. Mais le verdict est tombé définitivement en décembre 2025 sous la double signature du ministre des Transports et de la ministre des Outre-mer : le choix s’est arrêté sur la zone Bouyouni/M’Tsangamouji qui permettrait l’aménagement d’une piste d’environ 2.730 mètres, présentant une meilleure accessibilité pour la majorité des habitants et un profil jugé plus favorable en matière de coûts, de risques naturels et d’impact environnemental.
Le contradictoire

Il s’agissait maintenant pour les élus du département-région de s’engager, en signant ce vendredi 25 septembre 2026 une convention-cadre avec la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Sollicité pour avis, le Conseil économique social et environnemental (CESEM) émettait un avis défavorable questionnant notamment la quotepart financière du Conseil départemental et régional. Quant à la commission foncière du département, elle indiquait être « en phase d’enquête foncière », tout en émettant un avis favorable.
C’est sur ce sujet que l’élue d’opposition Hélène Pollozec émet des réserves en mettant en évidence la surface du projet, « 2.300 mètres de piste et les infrastructures nécessaires. La DGAC a déjà engagé des procédures d’expropriation alors que le site définitif du futur aéroport n’a pas encore été arrêté, en interrogeant le président Ben Issa Ousseni, quelles seront les compensations pour les propriétaires de terrains ? Quel sera l’avenir de l’aéroport de Pamandzi ? Quels moyens seront demandés à la collectivité ? Combien de parcelles et de propriétaires seront concernés ? Quel sera le coût pour la collectivité ? » Le calendrier semble également contraignant pour l’élue, « Les demandes doivent être enregistrées avant le 31 décembre 2026 pour poursuivre les expropriations. Sommes-nous capables de respecter le calendrier ? Je ne pense pas ».
Entre le marteau et l’enclume

Dubitative également, l’élue de Dzaoudzi (Petite Terre), Maymounati Moussa : « La DGAC sollicite l’accompagnement du Département-Région mais ne chiffre pas les moyens mobilisés. Qui prendra en charge les coûts ? Quelles responsabilités pour chaque partie ? », en souhaitant que ces différents points soient clarifiés avant la signature de la convention, « pour que l’on sache où on va et qu’il y ait un périmètre foncier clarifié, avec une répartition par acteurs des missions, et un calendrier, pour avoir une idée des démarches techniques et financières. En l’état, pour moi, le rapport ne permet pas de mesurer réellement l’engagement », estime-t-elle.
Entre le marteau et l’enclume, le président Ben Issa Ousseni rappelait avoir été mis devant le fait accompli : « L’État a arrêté sa décision pour le choix de l’aéroport sans l’avis de notre Assemblée, mais il faut prendre acte de sa décision et avancer vers le nouvel aéroport ». Il précise toutefois que la convention ne vise pas encore à déterminer le périmètre exact du futur aéroport, mais d’engager les travaux permettant d’identifier les zones concernées. « C’est la zone impactée par le périmètre sur lesquelles nous travaillons, mais pas sur les zones exactes ».
Dans ce cadre, le Département-Région doit réaliser la collecte des données, mener les enquêtes de terrain, participer aux réunions de travail et restituer les résultats, le périmètre exact serait défini également en fonction de ces informations.
Le rapport a été adopté malgré deux votes contre des deux élues qui avaient levé des interrogations.
Rappelons que le débat public sur le rallongement de la piste avait été mollement mené en 2011, il y a 15 ans déjà. Une piste moins longue que le chemin qui reste à parcourir en raison d’une budgétisation incertaine en ces temps de disette des fonds publics nationaux.
La rédaction


