C’est pour briser la fracture géographique que la CCI déploie désormais ses Journées pour entreprendre (JPE) directement dans les communes. Pour sa 11e édition — la troisième organisée dans le Sud après Kani-Kéli et Chirongui —, le dispositif a investi les tribunes et la pelouse du stade de Bandrelé.
« Venir sur Mamoudzou est devenu extrêmement difficile. Notre parti pris est donc de nous déplacer avec l’ensemble des structures d’accompagnement du territoire pour montrer aux porteurs de projets qu’ils ne sont pas seuls », explique Catherine Mkadara, chargée de l’événementiel et de l’attractivité à la CCI Mayotte. Organisée trois fois par an en lien étroit avec les cinq intercommunalités de l’île, cette matinée consulaire a permis de réunir sur un même plateau des financeurs, des experts en formation, des réseaux associatifs et des dizaines d’entrepreneurs locaux.

Le défi de la pérennité
Dans le Sud, la dynamique de création d’activités ne faiblit pas, mais les obstacles demeurent nombreux. Pour Sailati Mchindra, conseillère à Sud Mayotte Développement — agence économique satellite de la Communauté de communes du Sud (CC Sud) —, la présence sur le terrain est avant tout une affaire de survie pour le tissu économique local. « À Mayotte, le taux de création d’entreprises grimpe chaque année, mais beaucoup ne parviennent pas à franchir le cap fatidique des cinq ans d’existence. Notre rôle est de les accompagner dès l’idée, de monter leurs business plans, d’identifier les locaux et le foncier disponibles dans le Sud, et de les stabiliser pour qu’ils s’inscrivent dans la durée. »
Pour cette session, l’accent a été mis sur l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’économie circulaire. Des filières où l’initiative privée répond directement aux urgences du quotidien, à l’image du Mahoré d’Ève, spécialisé dans la rénovation de mobilier usagé, ou des associations de ramassage de déchets venues échanger lors des tables rondes pour trouver des financements pérennes. La matinée a également pris une dimension pédagogique avec la visite de plus d’une dizaine de classes professionnelles du lycée-collège de Bandrelé, venues découvrir la réalité du tissu productif insulaire.
L’exemple d’Eco l’eau
Parmi les stands très sollicités figurait celui de la société Eco l’eau, fondée il y a deux ans

par Fahmi M’madi et son associé Caoulem Nourddine. Née en pleine pénurie d’eau et face au déferlement de millions de bouteilles en plastique à usage unique, la jeune pousse mahoraise propose une alternative écologique et économique : des systèmes de filtration en céramique et charbon actif de coco (technologie anglaise Doulton), particulièrement adaptés aux eaux troubles et aux coupures de réseau.
« Une seule cartouche à 80 euros filtre l’équivalent de sept palettes de bouteilles en plastique, soit une économie de 1 500 à 2 000 euros pour une famille », souligne le chef d’entreprise, lauréat de plusieurs prix d’innovation. Après avoir équipé des établissements scolaires, des hôtels réputés comme le Caribou et des institutions comme l’AFD, l’entreprise utilise ces rendez-vous de proximité pour convaincre. « Les familles mahoraises sont épuisées de stocker des packs d’eau et de polluer leur environnement. Venir à Bandrelé nous permet d’échanger avec la mairie, de nouer des partenariats et de montrer qu’il existe des solutions durables conçues sur l’île. »
Loin de la saturation du chef-lieu, cette étape à Bandrelé rappelle que pour bâtir une économie insulaire solide, c’est aux institutions d’aller chercher les talents là où ils émergent.


