Au centre pénitentiaire de Majicavo, la surpopulation ne baisse pas et les conditions de détention restent particulièrement difficiles. L’établissement initialment conçu pour 278 personnes, en accueille aujourd’hui environ plus de 600, soit un niveau d’occupation qui dépasse régulièrement les 200%, jusqu’à atteindre 236% selon les périodes, dans des cellules de 9 mètres carré.
Face à cette situation, le projet d’une deuxième prison à Mayotte, annoncé une première fois en 2022 par le ministre Dupond-Moretti, avait été relancé par le ministre de la Justice Gérald Darmanin lors de sa visite sur l’île en février 2026.
L’objectif est de créer entre 250 et 300 places supplémentaires. Avec une solution présentée comme plus rapide qu’un chantier classique : une prison construite à partir d’éléments préfabriqués, qui pourrait être livrée en 18 mois, contre environ sept ans pour un bâtiment en béton. Sur le papier, la solution devait donc permettre de répondre rapidement à l’urgence. Mais le projet se heurte à une difficulté majeure à Mayotte : trouver le foncier.
Tsingoni reste à l’étude

Après l’expertise de trois sites, Hajangua et Ongojou ont été écartés. Le site de Tsingoni reste, lui, à l’étude, mais le dossier foncier est loin d’être réglé. Entre 23 et 25 propriétaires seraient concernés, une situation décrite par le directeur de cabinet du garde des Sceaux comme un « désordre cadastral », qui complique les démarches et les éventuelles négociations.
Une parcelle de plus de huit hectares a toutefois retenu l’attention de l’Agence publique pour l’immobilier de la justice, (APIJ), et son propriétaire serait prêt à vendre. Au moins cinq hectares, sont nécessaires pour réaliser le projet actuellement envisagé.
Deux déplacements sont prévus d’ici la fin de l’année sur le territoire pour faire avancer le dossier. Selon les perspectives présentées à l’UFAP UNSa Justice, les travaux pourraient commencer fin de 2028. Et des places de semi-liberté pourraient également être créées par la suite. Pour le syndicat, ce calendrier ne répond pas à l’urgence de la situation actuelle sur l’île. Il a donc rappelé lors de la rencontre que « 250 places n’étaient pas suffisantes », puisque cela « ne couvrirait même pas la surpopulation actuelle ».
Des personnels en difficulté
Reçue par le cabinet du garde des Sceaux après un courrier adressé le 8 septembre dernier, une délégation de l’UFAP UNSa Justice composée de représentants travaillant au centre pénitentiaire et au SPIP de Mayotte a présenté les diverses difficultés rencontrées sur le terrain par les agents. Dans son communiqué, le syndicat décrit une situation où les personnels ne disposent pas « des conditions nécessaires pour exercer leurs missions sereinement et en toute sécurité ».
L’organisation demande notamment une réévaluation des effectifs. Selon elle, les organigrammes de référence du centre pénitentiaire et du SPIP sont sous-dotés depuis leur création, ce qui contribue à isoler les agents, sans compter les problèmes de sécurité et un épuisement professionnel.
À la suite de cette rencontre, le cabinet a annoncé une étude destinée à déterminer si ces organigrammes doivent réellement être réévalués. Pour l’UFAP UNSa Justice, l’enjeu est désormais de transformer cette étude en action concrete, « à la hauteur des besoins réels ».
Des équipements de sécurité hors service
Une alerte a aussi été lancé auprès du ministère, sur l’état des dispositifs de sécurité du centre pénitentiaire de Majicavo. Plusieurs équipements seraient toujours hors service depuis le passage de Chido. Le cabinet a donc annoncé un état des lieux et un audit, avant d’engager les travaux nécessaires. Avec un nouveau point d’étape qui doit avoir lieu dans les prochaines semaines.
L’UFAP UNSa Justice demande également des locaux adaptés pour le SPIP, des pièces seraient disponibles, mais le syndicat prévient que cette possibilité pourrait disparaître rapidement si un bail n’est pas signé.

Au-delà de la prison et de ses équipements, le syndicat averti enfin sur les trajets des personnels. Dans son communiqué, il indique que plusieurs agents ont déjà été agressés sur le chemin entre leur domicile et leur lieu de travail, certains ayant vu leur véhicule bloqué par les délinquants. « Beaucoup se sont déjà fait agresser et caillasser », rapporte l’organisation, qui décrit des agents prenant des risques au quotidien.
À Majicavo, la question de la sécurité dépasse donc les murs de la prison. Le syndicat estime que « les personnels de l’État sont en danger chaque jour », et continuent malgré tout d’assurer leurs missions.
Alors que le projet d’une nouvelle structure doit encore franchir l’étape du foncier, les personnels attendent désormais des décisions concrètes sur les effectifs, les équipements de sécurité et les conditions de travail, tandis que la surpopulation continue de peser sur la seule prison de l’île.
Shanyce MATHIAS ALI.


