Poser ses valises à Mayotte au lendemain des grandes crises climatiques n’effraie pas ceux qui ont arpenté les zones de tension environnementale de la planète. C’est avec un pragmatisme forgé sur le terrain qu’Alexandra Monteiro aborde sa prise de fonctions à la direction régionale de l’Agence française de développement (AFD). En poste depuis le début du mois de septembre, cette quinquagénaire au profil singulier entend insuffler une approche résolument technique et opérationnelle au sein de l’institution financière publique.
De la géologie aux grands arbitrages internationaux
Originaire du Portugal, où elle a grandi et accompli son cursus universitaire, Alexandra Monteiro est avant tout une femme de sciences. Son parcours professionnel débute à la fin des années 1990, à une période charnière où son pays natal doit engager une vaste mise aux normes environnementales dans le sillage de son adhésion à l’Union européenne. Formée au génie civil et spécialisée en géologie de l’environnement, elle plonge d’emblée dans les dossiers ardus de la dépollution des sols, de la préservation de la ressource en eau et, très vite, de la gestion des déchets solides.
Cette expertise pointue la conduit d’abord à exercer pendant une dizaine d’années au sein d’un groupe privé, avant de rejoindre un bureau d’études international pendant quatorze ans. Une étape majeure au cours de laquelle elle prend la direction de deux agences sur le continent africain, couvrant l’ensemble du spectre de l’ingénierie environnementale et énergétique. En quête d’une vision globale des leviers de transformation, elle a intégré l’AFD il y a dix ans. Au sein du siège, elle structure la thématique des déchets, coordonne les appuis stratégiques aux ministères lors des négociations internationales sur le traité mondial contre la pollution plastique, siège au Partenariat français pour les déchets et supervise des opérations ultramarines en Guyane et dans les Caraïbes.
Penser l’exploitation future
Si sa longue expérience des déchets et de l’assainissement résonne fortement avec les urgences quotidiennes de Mayotte, Alexandra Monteiro se défend d’arriver en donneuse de leçons ou avec une vision étriquée. « Je ne viens pas pour me substituer aux responsabilités des services de l’État ou des collectivités, ni pour faire uniquement du déchet. Mon rôle est de diriger l’agence avec l’ensemble de ses outils », insiste-t-elle. La directrice souhaite toutefois faire peser son regard d’ingénieure dès l’instruction des projets de territoire.
Car construire ne suffit pas. Selon la directrice, l’erreur classique des politiques de développement réside dans la primauté accordée au court terme au détriment de l’exploitation future. Un ouvrage public, qu’il s’agisse d’un réseau d’adduction, d’un centre technique ou d’un équipement scolaire, doit impérativement intégrer ses coûts de maintenance, la formation des équipes locales et la responsabilité juridique des délégataires privés comme des donneurs

D’ordre. Face aux contraintes tropicales et cycloniques, Alexandra Monteiro plaide pour des modèles d’affaires anticipés sur vingt ans et des choix architecturaux bioclimatiques limitant la dépendance énergétique, comme elle a déjà pu le constater sur certains chantiers récents.
Gouvernance partagée
Dans un contexte institutionnel où l’État renforce la coordination des investissements publics sous l’autorité du préfet, Alexandra Monteiro aborde les relations institutionnelles sans appréhension. Rappelant que l’AFD est elle-même un établissement public au cœur de l’action régalienne, elle perçoit les nouveaux circuits de validation comme une indispensable clarification des rôles. De la poursuite du projet de transport Caribus au soutien financier accordé aux communes, en passant par les partenariats noués avec la Banque des Territoires ou le Crédit Agricole, les priorités d’investissement continueront de s’aligner sur la feuille de route de la collectivité et des services de l’État.
Pour autant, la nouvelle directrice rappelle « qu’aucun milliard injecté dans le béton ne saurait suffire sans l’adhésion humaine. » Les défis de l’assainissement, du tri des emballages ou de l’économie circulaire reposent sur la sensibilisation des usagers et l’ancrage culturel des projets. Ayant sillonné plus de quarante pays au fil de sa carrière, elle regrette que l’image extérieure de l’île soit si souvent réduite à ses fractures sécuritaires ou matérielles au détriment de sa vitalité associative et de son potentiel naturel exceptionnel. Pour Alexandra Monteiro, l’heure est désormais à l’immersion concrète auprès des décideurs mahorais.


