Sous un soleil de plomb, entre les pelleteuses et les tranchées ouvertes, le décor de la zone industrielle de Kawéni témoigne de l’ampleur des transformations en cours. La portion concernée par les phases 2 et 2bis concentre chaque jour une grande partie des flux routiers du département. L’objectif final de ces opérations d’envergure est d’aménager une voie réservée en site propre pour les futurs bus Caribus tout en maintenant les voies habituelles destinées aux véhicules.

Au total, le tracé global intègre également cinq kilomètres de pistes cyclables sécurisées pour encourager les mobilités actives. Les travaux visibles en surface ne représentent toutefois que la partie émergée de l’iceberg. L’ensemble des réseaux souterrains situés sous la chaussée, qu’il s’agisse de l’eau potable, de l’assainissement, de l’électricité, de l’éclairage public ou des télécommunications, sont actuellement déplacés et enfouis. Cette modernisation permettra de sécuriser les infrastructures essentielles et d’éviter les ruptures de câbles aériens lors des futurs épisodes cycloniques.
« Il n’y aura pas de fluidité »

« Quand il y a des travaux, c’est difficile d’allier travaux et fluidité. Ce que l’on fait, c’est créer le moins de gêne possible. Il n’y aura pas de fluidité parce qu’il y a des travaux, et ce chantier va durer quasiment trois ans sur la seule route permettant de rejoindre le centre-ville » a prévenu sans détour le président de la CADEMA, Ambdilwahedou Soumaïla.
Des réunions hebdomadaires réunissent la préfecture, la DEALM, la Ville de Mamoudzou, la CADEMA et les mandataires techniques pour ajuster en permanence les plans de circulation. De nouvelles règles ont été instaurées, interdisant l’accès du sud vers le nord depuis le rond-point El-Farouk aux véhicules légers pour le réserver exclusivement aux bus. Une réunion de bilan est prévue lundi prochain, jour de la rentrée scolaire, pour analyser les impacts sur le trafic. Si la situation l’exige, le président de la CADEMA n’exclut pas de réactiver le dispositif de circulation alternée sur le territoire communal.
La marche, le vélo et les bus comme uniques solutions
Face à cette congestion inévitable, les pouvoirs publics martèlent un message clair invitant la population à renoncer à l’usage systématique de la voiture individuelle. « Pendant trois ans, il va falloir que l’on change nos habitudes. Nous invitons vraiment les usagers à emprunter les modes doux. Pour rejoindre Mamoudzou Centre depuis Kawéni, on peut marcher dix minutes. Cela fait du sport, c’est bon pour la santé et cela évite les bouchons », a insisté l’édile.

L’offre de transports collectifs existante constitue le premier levier pour désengorger cet axe routier majeur. Les usagers sont fortement encouragés à utiliser les navettes gratuites de la CADEMA encore en circulation, le réseau de transport interurbain du Conseil départemental M’Safara, ainsi que les taxis-villes et les taxis-brousse qui quadrillent l’agglomération.
Pour inciter les habitants à pédaler, la CADEMA poursuit également le versement d’une prime vélo d’environ 300 euros sous forme de bon d’achat. Après avoir équipé l’ensemble de ses propres agents, l’agglomération s’apprête à réceptionner un conteneur de 500 vélos destinés aux agents municipaux de la Ville de Mamoudzou afin de montrer l’exemple à la population. La collectivité demande de la patience aux administrés, rappelant que les contraintes d’aujourd’hui préparent un territoire décarboné et durable.
Léo Vignal


