En ce début juin, on sent une certaine effervescence dans les allées du lycée Tani Malangui de Chirongui. Si les vacances approchent, l’urgence pour les élèves de première et terminale, c’est de se pencher une dernière fois sur leurs cours pour des révisions de dernière minute avant l’échéance prochaine des examens terminaux du baccalauréat. Pourtant une trentaine d’élèves de la filière STMG viennent de se rassembler studieusement dans une classe pour écouter une invitée de marque venue de Mamoudzou, présidente de chambre à la chambre d’appel : Chantal Combeau.
« Cette intervention complète très bien le travail mené cette année autour du thème du harcèlement, explique le professeur de droit éco-gestion Chamassi Charmane, qui en est à l’initiative. Le fonctionnement des institutions françaises figure au programme mais pouvoir dialoguer directement avec un professionnel de la justice donne chair et réalité aux connaissances théoriques toujours un peu abstraites ».
Droit des mineurs, détention

Plus habituée aux salles d’audience, Chantal Combeau ne tarde pas à prendre la mesure de son public du jour, d’abord un peu intimidé par le statut et la fonction de l’intervenante puis mis en confiance par sa simplicité, son humour et son sens de la répartie.
La première partie de l’exposé permet aux élèves de mieux différencier les fonctionnements des deux juridictions, administrative et judiciaire. Puis la magistrate détaille les subtilités du code pénal, suscitant l’intérêt accru des élèves par un contenu beaucoup plus concret et ponctué d’exemples. Les questions se font de plus en plus nombreuses, notamment sur le sujet du droit des mineurs avec des interrogations sur l’excuse de minorité et les différentes peines applicables au moins de 18 ans mais aussi sur le volet de la protection des mineurs en danger. Autant de sujets qui font partie du quotidien des jeunes Mahorais.
L’emprisonnement a également suscité un grand d’intérêt chez les élèves : « Est-ce que c’est vrai qu’en prison, il y a la télévision ? Pourquoi les détenus sont-ils parfois incarcérés en métropole ? ». En réponse Chantal Combeau donne des éléments concrets sur le fonctionnement du centre de Majicavo, faisant état de sa surpopulation et des conditions de détention souvent bien éloignées du mythe de la prison 4 étoiles présent dans la tête de certains. La question de la rémunération des acteurs de la justice : magistrats, greffiers, avocats… intéresse aussi fortement les élèves à un âge où leur avenir professionnel commence à devenir une préoccupation.
Susciter des vocations

Au total, deux heures d’exposé et d’échanges animés que les participants n’ont pas vu passer. « Je suis content de l’investissement des élèves, se félicite Chamassi Charmane, si ça pouvait en convaincre certains de se consacrer aux carrières du droit. D’eux d’entre eux m’ont déjà dit vouloir devenir avocats ».
« C’est important que les Mahorais deviennent acteurs du système judiciaire de leur île, acquiesce Chantal Combeau. C’est déjà vrai pour les avocats et les greffiers, maintenant, au tour des magistrats ». Un clin d’œil à destination du jeune professeur qui vient tout juste de passer les épreuves du concours de la magistrature.
Philippe Miquel


