Le Débaa mahorais a fait vibrer La Réunion et cherche à élargir son public

Organisé ce vendredi au Port, un événement culturel a mis à l’honneur le débaa mahorais avec des groupes venus de Mayotte et de La Réunion. Chants religieux, danses traditionnelles et gastronomie ont rythmé cette journée dont l’objectif était de faire découvrir cette pratique.

Le son des tari (percussions), les salouvas assortis et le parfum du jasmin ont marqué la première édition de la journée culturelle consacrée au débaa mahorais, organisée ce week-end au Port, à La Réunion.

L’événement s’est tenu autour d’un programme qui a mêlé danses, chants religieux, gastronomie et ateliers autour de la  beauté mahoraise. Au centre de la journée, le débaa, porté par des groupes de femmes, dont une délégation venue de Labattoir à Mayotte, a occupé la scène principale. À leurs côtés, plusieurs groupes venus de La Réunion ont également participé, signe d’une volonté d’ouvrir la pratique et de créer des passerelles entre les deux îles.

Un art rythmé par les chants religieux

Le groupe de Debaa Madrassati Nabawiya a intégré des éventails à sa chorégraphie.

Le debaa repose sur une organisation précise, une cheffe d’orchestre donne le tempo, et l’ensemble des femmes chantent des textes religieux en hommage au prophète Mahomet, tout en assurant le rythme grâce à des percussions appelés « tari » et en construisant la chorégraphie par des mouvements de mains, des épaules et de la tête en synchronisation.

Les participantes sont toutes habillées du même salouva, parées de bijoux en or, sans oublier le henné et les dessins faits à partir de Tani malandi (argile blanche) ou encore de Msindzano sur le visage.

Au-delà de la scène, le debaa est surtout une pratique transmise entre femmes de génération en génération, présente dans différents moments de la vie sociale, religieuse et culturelle à Mayotte. Il accompagne aussi bien les événements festifs que les rassemblements politiques. Même si la pratique est très codifiée, chaque groupe se l’approprie, en adaptant légèrement le rythme, les chorégraphies ou encore l’interprétation des chants. C’est d’ailleurs ce qui permet à cette pratique de traverser les générations.

Une journée de rencontre et de transmission

La rencontre ne s’est pas limitée au chant et à la danse. En effet, des stands présents sur place ont permis de faire découvrir la gastronomie mahoraise à travers plusieurs plats et des desserts phares comme le mkarara. D’autres espaces proposaient également des démonstrations autour de la mise en beauté mahoraise avec le henné, des tresses traditionnelles ou encore le msindzano utilisé comme masque de beauté.

Le henné est une pratique phare de la mise en beauté mahoraise.

Pour les organisateurs, l’enjeu était d’ouvrir la pratique à un public plus large, au-delà des cercles déjà familiers du debaa. « On voulait sortir d’un cadre fermé, où les personnes qui ne connaissent pas la culture peuvent parfois se sentir en dehors », partage Bibi-Fatima Anli, présidente de la Fédération Solidarité communautés Océan Indien de l’Ouest à l’initiative de la rencontre.

Dans cette logique, la journée a aussi intégré un concours destiné aux moins de 15 ans, une première édition pensée pour encourager la transmission à La Réunion et impliquer davantage les jeunes dans la pratique, alors qu’elle n’est pas toujours transmise dès l’enfance hors de Mayotte.

Des échanges culturels dans un contexte social contrasté

À La Réunion, le vivre-ensemble coexiste parfois avec des tensions entre communautés. Dans ce contexte, ces moments de partage culturel jouent un rôle nécessaire car ils permettent de créer du lien, dans un territoire où une forte diaspora mahoraise est présente.

Un sentiment partagé par les participantes, qui décrivent la démarche comme un moyen de partage et de reconnaissance. « Quand on connaît la culture de l’autre, ça crée du lien, ça enlève les préjugés et la peur », confie Échati, membre du groupe Madrassati Imanya de Labattoir, insistant sur l’importance de faire connaître cette culture au-delà de son territoire d’origine. Pour le groupe de debaa, le voyage ne se résume pas au fait d’être venu et d’avoir performé devant un public. « C’est une danse très symbolique pour nous. On la ressent au plus profond de nous et la partager ici, c’est quelque chose de fort », ajoute-t-elle.

La délégation mahoraise a été rejointe par le groupe Mabânati Awaliya de la ville du Port.

Présente également sur place, Marie Josée Karaké, représentante de la délégation de Mayotte à La Réunion, rappelle que ces initiatives participent à rendre visible la culture mahoraise dans l’espace réunionnais. « La culture permet de décomplexer et de faire connaître Mayotte à La Réunion par ses traditions et sa culture. Mais aussi de montrer aux Réunionnais que c’est certes une culture différente, mais elle a une place complémentaire dans les différentes cultures de La Réunion ».

Les organisateurs ont dressé un premier bilan et envisagent déjà la suite de l’événement. Malgré la qualité des échanges entre les communautés présentes, les organisateurs notent une participation du public créole réunionnais encore limitée, un point qui devra être amélioré lors de la prochaine édition, déjà envisagée prochainement.

Shanyce MATHIAS ALI.

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