La semaine dernière, l'Espace Scène de Koungou a vibré au rythme des uppercuts, des katas et des pas de capoeira. Co-organisée par la municipalité et le Conseil départemental de Mayotte, la première édition de la Journée des Sports de Combat a rassemblé des centaines de jeunes. Entre apprentissage des règles, mixité et création de vocations, le sport s’impose ici comme un levier d’inclusion majeur au service de la population.

Koungou : Quand les sports de combat s’invitent hors des rings pour conquérir la jeunesse

La semaine dernière, l'Espace Scène de Koungou a vibré au rythme des uppercuts, des katas et des pas de capoeira. Co-organisée par la municipalité et le Conseil départemental de Mayotte, la première édition de la Journée des Sports de Combat a rassemblé des centaines de jeunes. Entre apprentissage des règles, mixité et création de vocations, le sport s’impose ici comme un levier d’inclusion majeur au service de la population.

Le bruit sec des gants de boxe qui s’entrechoquent se mêle aux éclats de rire et aux encouragements des parents. Sous les barnums installés à côté de la Poste de Koungou, la poussière vole sous les assauts enthousiastes de dizaines d’enfants en sueur. Pour cette matinée inédite, ouverte de 7h à midi, l’horizon du lagon s’est effacé pour laisser place aux tatamis. L’Espace Scène s’est transformé en une arène bouillonnante où le judo, le karaté, la boxe, le taekwondo et la capoeira ont régné en maîtres.

Le Département-Région et des associations sportives ont mobilisé des animateurs pour la matinée. Léo Vignal / JDM

Cette initiative, portée par la nouvelle équipe municipale, est bien décidée à faire de l’activité physique un pilier de son action sociale. Sur le terrain, Seydemari Ali, animateur communal et coordinateur de l’événement, s’active sans relâche pour canaliser l’énergie débordante des participants. Pour cet éducateur sportif de métier, l’enjeu de cette matinée dépasse le simple cadre du divertissement : il s’agit de briser la suprématie absolue du ballon rond dans le cœur des jeunes Mahorais.

« Souvent, on est tout le temps sur le football. À Koungou, vous voyez des jeunes se défouler sur les terrains de 6h du matin jusqu’à 19h. L’objectif aujourd’hui, c’est justement de leur dire qu’il n’y a pas que le football. On veut leur faire découvrir ces cinq disciplines pour qu’ils puissent s’orienter demain vers d’autres sports qu’ils n’auraient jamais testé autrement », explique-t-il.

Pour maximiser l’impact dans une commune où les plus jeunes peinent parfois à trouver leur place sur des terrains souvent accaparés par les plus grands, les animateurs ont déployé une véritable stratégie de proximité. Durant plus de deux semaines, ils ont arpenté les différents quartiers de Koungou pour aller à la rencontre des familles et faire signer les autorisations parentales obligatoires. « Beaucoup de jeunes sont aussi arrivés directement des quartiers sans papier signé, mais on ne peut pas les refuser, c’est une journée de découverte ! L’essentiel est qu’ils s’initient », poursuit Seydemari Ali.

L’urgence d’offrir un cadre structuré à la jeunesse

Cette mobilisation conjointe entre les ligues sportives de karaté, de judo, de capoeira, les associations locales et les institutions répond à un besoin criant d’encadrement sur l’île.

L’objectif était d’inciter les jeunes à pratiquer de nouveaux sports. Léo Vignal / JDM

Comme le rappelle Chris Kordjee, directrice de la jeunesse et des sports du Département-Région de Mayotte, ce déploiement sur le terrain s’inscrit dans un programme d’activités intensifié depuis le passage dévastateur du cyclone Chido. « Suite à Chido, nous étions face à un constat difficile : de nombreuses infrastructures sportives étaient totalement hors-service. Il a fallu partir très vite pour proposer une offre d’animations et d’initiations à la jeunesse. On ne pouvait pas se permettre d’attendre que tout soit parfait pour commencer », souligne-t-elle.

Dans un territoire où 60 % de la population a moins de 20 ans, occuper de manière constructive le temps libre des jeunes — en particulier ceux qui ne partent pas pendant les vacances scolaires — est une priorité absolue. Les sports de combat offrent, par leur philosophie, un excellent vecteur éducatif. « Cela permet une expression libre, mais sous le contrôle d’éducateurs passionnés et diplômés. Dans ces disciplines, il y a des règles précises : on apprend ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire. On apprend à écouter les consignes, à travailler en groupe. Ce sont des valeurs de respect et de solidarité qui structurent la vie quotidienne », insiste Chris Kordjee.

Sur la question de la délinquance à Koungou, la directrice refuse toute stigmatisation : « Notre approche est universelle. Partout à Mayotte, il y a une jeunesse riche et vivante qui n’a qu’une envie, c’est de s’exprimer. Nous apportons une offre globale, ouverte à tous, sans distinction ».

L’étincelle des gants de boxe dans les yeux des enfants

Certains enfants pratiquaient des sports de combat pour la première fois. Léo Vignal / JDM

Sur les tatamis improvisés, la retransmission de ces valeurs se fait sous des airs profondément ludiques, et le succès est total. Plus d’une centaine de personnes ont arpenté les stands au cours de la matinée. Nasia, 10 ans, affiche un sourire radieux après son initiation. « J’ai trouvé la journée spéciale ! J’aimerais vraiment encore rejouer une autre fois ». À ses côtés, une de ses amies de 11 ans, pourtant déjà inscrite dans un club de handball, se prend à rêver de nouveaux horizons : « On a fait du karaté et du judo, c’était trop cool et génial. Je ne sais pas encore si je vais m’inscrire à la rentrée, mais j’ai adoré ».

C’est la boxe qui semble avoir remporté tous les suffrages auprès des jeunes filles de la commune. « Le jeu de la boxe, c’est le meilleur ! On aime bien donner des coups de poing. C’est ce qu’on a préféré aujourd’hui, bien plus que le karaté », lancent-elles en chœur. L’émulation est telle que les enfants planifient déjà leurs prochaines sorties sportives de l’été, quitte à devoir négocier avec le calendrier des Manzaraka.

Plusieurs initiatives comme celle-ci sont prévues dans d’autres communes de Mayotte. Léo Vignal / JDM

Alors que la matinée s’achève et que le matériel est remballé, la dynamique sportive à Koungou ne fait que commencer. La municipalité ambitionne désormais de pérenniser cette impulsion en créant plusieurs clubs sportifs résidentiels dans la commune pour encadrer durablement ces jeunes talents. Quant au Conseil départemental, il donne rendez-vous aux familles le samedi 18 juillet prochain à l’hémicycle Bamana pour le grand rassemblement annuel des « Jeunes Talents Mahorais » (JTM) dédié au sport de haut niveau. La preuve éclatante qu’à Mayotte, lorsque les institutions enfilent les gants de la proximité, c’est toujours la jeunesse qui gagne par KO.

Léo Vignal

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

À Mayotte, le dépistage s’invite dans les manzaraka : « J’ai une boule dans le sein, je ne savais pas quoi faire »

Ce jeudi 3 septembre, la campagne de santé des femmes s’est installée place de la République, à Mamoudzou. Des professionnels de santé et des associations y proposaient des informations et des dépistages, notamment autour des cancers du sein et du col de l’utérus.

Inflation à Mayotte : plus d’un an et demi après le cyclone Chido, la flambée des prix alimentaires

Dans sa dernière publication Insee Flash Mayotte paru ce jeudi 3 septembre 2026, l'Institut national dresse le bilan de l'évolution des prix sur l'île entre décembre 2024 et décembre 2025.

Le Département-Région de Mayotte renforce ses partenariats de formation au Québec

Le président du Département-Région de Mayotte, Ben Issa Ousséni, a signé, samedi 29 août 2026, au Québec des conventions de partenariat avec quatre Cégeps accueillant des jeunes Mahorais, une nouvelle étape dans une politique de mobilité lancée en 2022 et qui a déjà bénéficié à 65 étudiants. Pour la collectivité, l'enjeu dépasse désormais la seule poursuite d'études à l'étranger : il s'agit de former des compétences susceptibles de répondre aux besoins futurs de Mayotte, notamment dans la santé, l'ingénierie, l'environnement et le numérique.

Bicentenaire de la photographie : Une année d’expositions lancée ce vendredi à Pamandzi

À l’occasion de la célébration des 200 ans de l'invention de la photographie, la culture visuelle s’installe en Petite-Terre pour une programmation au long cours. De septembre 2026 à septembre 2027, l'agence Eight orchestre un cycle inédit de douze expositions mensuelles articulées autour de douze thématiques et de douze domaines photographiques distincts.