Finale du concours d’éloquence : Batman n’a pas déserté

Chaude ambiance ce samedi dans l’amphithéâtre du lycée des lumières. Pas de groupe ou de slameur au programme, la nuit laissait la place au jour J de la finale d’éloquence entre collégiens et lycéens. La salle s’est nourrie des duels thématiques des collégiens, de riches joutes verbales, que n’est pas venu trahir le trac… Plusieurs thèmes imposés à défendre, alors que les lycéens investissaient des personnalités hautes en couleurs.

Pour cette finale du concours d’éloquence, il s’agissait à la fois d’enchainer les arguments et de séduire salle et jury par sa présence, verbale et physique. Un art qui exigeait autant de déclamer que d’assurer une présence théâtrale.

Sans doute le 1er rôle de leur vie pour ces collégiens et lycéens qui l’ont endossé sans broncher, déclenchant l’hilarité dans la salle, et parfois l’émotion.

Dans le jury, des personnalités connues pour leur maitrise oratoire, puisque y siégeait le recteur Gilles Halbout, aux côtés de Mouhoutar Salim, pour les écrivains, de l’avocat Soumetui Andjilani, de la journaliste Halda Halidi, de deux inspectrices de l’Education nationale, et du vainqueur du concours 2021 qui avait incarné Andromaque.

Moins représentés, les garçons n’ont pas démérité. Ici, Nashmy Houlame se désespérait des inégalités qui mènent à la pauvreté

Six thématiques étaient proposées aux collégiens, majoritairement des collégiennes, qui se sont donc affronté sur 6 thèmes : L’habit fait-il l’imam, Faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre, Pour draguer faut-il être éloquent, La pauvreté est-elle un choix, la nuit est-elle préférable au jour, et Déserter est-ce trahir ?

Des petites phrases punchy, il y en a eu, « la nuit tous les chats sont gris, et tous les bandits sont de sortie », glissait Maela Guffond, K2, sur l’opposition jour/nuit. En réponse, Anchia Saïd, collège de Majikavo, occupait la scène pour défendre elle, la nuit, avec beaucoup d’élégance, en lançant espiègle, « vous donneriez un rendez-vous galant entre midi et deux vous ?! », « et n’est-ce pas au cœur de la nuit qu’on conçoit la vie ? » Succès dans la salle, qui salue aussi l’écriture des textes. Elle remportera d’ailleurs le duel.

L’ensemble des candidats entouré par les membres du jury

Deux gagnantes plaident des causes inverses

Le grand moment chez les collégiens fut le duel sur « déserter est-ce trahir ? ». Lina Souffou, K2, amenait le débat sur le terrain de la guerre et de ceux qui la fuient, notamment en Syrie, « on les appelle des migrants, je les appelle des survivants », puis sur la décision de Mayotte de rester française en 1974, « une trahison pour les comoriens, mais aujourd’hui, Mayotte ne regrette rien ! » En contrepoids, lui succédait Widade Mohamed, collège Halidi Selemani de M’gombani, dans un discours d’une grande maturité, restant sur le terrain des combats, citait la lettre d’un jeune militaire de la 1ère guerre mondiale à sa fiancée pour lui annoncer qu’il allait déserter, « on peut comprendre ses souffrances, mais c’est un engagement notamment moral, et c’est grâce à leur sacrifice à tous que la paix règne aujourd’hui ». Le jury les a déclaré toutes deux ex-aequo, la preuve que bien argumentées, deux vérités différentes peuvent s’imposer sur un même sujet. Les avocats ne le savent que trop !

C’est un garçon, Nashmy Houlame, collège de Sada, qui défendait que la pauvreté n’était pas un choix, quand Norah Mohamed, collège de Majikavo, devait persuader du contraire. Un exercice compliqué dont elle sortait vainqueur.

Georges Sand, le retour aux Lumières

« C’est au cœur de la nuit que l’on conçoit la vie »; démonstration espiègle pour la jeune Anchia

Sur le thème de la drague, c’est Yasmina Manantsara, collège Halidi Selemani, qui parvenait le mieux à persuader que non en fait, point n’était besoin d’être éloquent pour parvenir à ses fins ! Et enfin, c’est Natacha Assani, K2, qui persuadait que l’imam n’avait pas besoin de parure pour prêcher et Maria-Ima Mogne Daho, Collège Halidi Selemani, qu’il faut décidément manger pour vivre.

Les lycéens devaient parvenir à un tout autre défi, endosser les habits de personnalités célèbres, Robin des Bois, Younoussa Bamana, Louis XVI, Gorges Sand, Batman, Surya Bonaly, etc. Et c’est Hawa Mouhamed Ali, lycée Bamana, qui l’emportait pour son interprétation de Batman, suivie par Minah Issouf, lycée Tani Malandi, qui incarnait Georges Sand dans un texte intégralement déclamé en prose, « caractère ignoré, sexe malaimé », et c’est Louis XVI qui arrive en 3ème, incarné par Camélia Ben Réguigua, lycée des Lumières.

La langue française sort grand vainqueur de cet exercice de haute volée, liée au niveau d’éloquence déployé par des élèves hors pair. S’il a été filmé, une incursion dans les cours de français serait un tapis rouge pour engendrer de futurs Démosthène en herbe.

Anne Perzo-Lafond

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