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lundi 27 juin 2022
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Bientôt des fraises et des salades à foison et made in Mayotte ?

Un couple d'entrepreneurs a eu une riche idée : détourner un système inventé pour la culture du cannabis au profit du maraîchage local. A la clé, des tonnes de salades, de tomates cerises, d'aromates et mêmes de fraises seront cultivés... dans des conteneurs aménagés. De quoi alimenter les restaurants, cantines et foyers en produits frais.

Vendus autour de 19€ le kilo pour les fraises, pas loin de 5 à 6€ l’unité pour les salades, les produits frais et sains restent le maillon faible de la diversité alimentaire à Mayotte. Adrien Doublet, gérant d’un restaurant rapide à Mamoudzou, et sa compagne Carine Médar, chargée de missions à l’établissement public foncier, ont peut-être trouvé la solution qui permettrait aux restaurateurs, cantines scolaires et grandes surfaces de ne plus jamais manquer de ces produits phare.

« C’est un projet qui est né d’un constat mais aussi d’une expérience qu’on a faite sur notre balcon », résume dans un premier temps la jeune femme.

« Je fais déjà de l’aquariophilie. On y a donc fait de l’aquaponie”, complète le restaurateur, “c’est le fait de nourrir des plantes grâce aux excréments de poissons, ils sont digérés par des bactéries qui relâchent des oligoéléments pour les plantes et ça les nourrit, c’est une forme de culture hors sol, comme l’hydroponie (même principe mais sans poissons NDLR). On a déjà des tomates cerise, de la menthe, du basilic, des plantes ornementales… »

Dès lors, se posait l’idée d’une application à plus grande échelle.

“En fait je faisais ça et en même temps, vu que j’ai mon restaurant, le constat est simple : on a toujours des ruptures de salade et de tomate. On travaille avec la Coopac, mais ça ne suffit pas, et sinon c’est de l’informel mais on nous dit que c’est plein de pesticides donc on ne sait pas trop quoi faire”. En visitant des exploitations locales comme la chocolaterie de Combani, le constat et un début de solution se sont dessinés.

“On a visité la chocolaterie de Combani, on s’est demandé vu que c’est très grand, pourquoi ils n’arrivent pas à fournir tout le monde. En fait ce sont des serres mais il y a des entrants, plein d’insectes qui mangent les récoltes. Et pour les salades, ce n’est pas adapté à un milieu tropical, il leur faut du froid et de la lumière. Or ici quand c’est nuageux, en luminosité ce n’est plus suffisant.

On s’est dit qu’il y avait forcément un moyen, et on a vu qu’il existait des conteneurs qui pourraient marcher” poursuit Adrien Doublet. Le projet MIMEA était prêt à germer.

Adrien Doublet est parti du constat que son fast food manque souvent de salades et de tomates

“Sur le principe de sont des conteneurs de 40 pieds, avec dedans une partie atelier et une partie production. Là, pas d’aquaponie ou de poissons mais ça permet de produire n’importe quand, toute l’année dans les mêmes conditions. Mais ce n’est pas si facile ça demande une expérience, qu’on va acquérir avec notre fournisseur qui va venir sur place pendant un mois, on a suivi une formation pendant trois mois, et il faut trouver le matériel ! C’est un concept qui démarre mais qui n’est pas rentable partout, à la base c’est fait pour le cannabis là où il est légal pour raisons médicales, car ça se vend cher.”

Or, à Mayotte, le prix des légumes frais rend le concept financièrement viable, à condition de maintenir les prix actuels les premiers mois, le temps d’atteindre un rendement suffisant. Et ce dernier donne le tournis, et pourrait satisfaire toute la demande de l’île. Les prévisions tablent sur guère moins de 10 000 plants de salade Iceberg, par conteneur, et toutes les trois semaines. “Pour les fraises, on serait à 57kg par mois la 1e année, on peut doubler ou tripler en trois ans. L’outil permet de faire ça. Sur la tomate cerise, on est à 32kg par mois” poursuit l’entrepreneur.

Un concept d’abord prévu pour le cannabis

Autre innovation, le projet prévoit la culture de “micropousses”, similaires aux “graines germées” c’est un produit “à la mode, que les restaurateurs adorent car ça permet une multitude de variétés, de couleurs et de saveurs”.

Le projet, initié en 2021 et qui pourrait être opérationnel dans un an, nécessite néanmoins un coup de pousse des habitants. Car si diverses pistes de financement sont avancées, “personne ne finance le stock initial, comme les solutions nutritives, les consommables, le substrat, il en faut en stocker énormément”. Après avoir dépensé beaucoup pour le terrain à Cavani, un financement participatif a donc vu le jour pour permettre de lancer la production dans les délais. Objectif : 15 000€, en trois tranches. Et là où l’idée devient séduisante, c’est que pour chaque don, une contrepartie est prévue.

Presque la moitié de la première tranche est déjà atteinte.

Ainsi par exemple, pour 20€ versés, le contributeur recevra “un petit panier garni composé d’un assortiment de nos premières salades, tomates cerises, herbes aromatiques et fraises de Mayotte.
Votre contribution vous donnera droit à 2 salades iceberg, 1 barquette de fraise, 1 barquette de tomates cerises et 1 bouquet garni d’herbes aromatiques du moment”. 50€ donneront “droit à 10 salades iceberg, 1 barquette de fraise, 1 barquette de tomates cerises et 1 bouquet garni d’herbes aromatiques”. Les dons plus importants donnent droit à plusieurs paniers, des visites guidées de l’exploitation, et même pour la tranche la plus élevée, à 1500€ tout de même, la possibilité de nommer un conteneur de son nom ou celui d’un être aimé. Un cadeau coûteux, mais assurément insolite.

Enfin le projet s’inscrira dans la vie du territoire, avec des embauches dans un premier temps. “On veut recruter local, idéalement un jeune Mahorais qui sort de l’école de Coconi, ainsi qu’un apprenti qu’on pourra former avant de le recruter ensuite” indique Carine Médar. En lien avec le lycée agricole et le rectorat, les deux entrepreneurs rêvent déjà aussi d’accueillir sur leur terrain des élèves de toute l’île pour des visites pédagogiques.

Un souffle vert frais pour l’île au lagon, où l’on n’avait encore jamais entendu “salade Iceberg droit devant !”

Y.D.

Pour plus d’informations sur le projet ou pour y participer, c’est ici

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