Le mouvement social chez Orange en justice: les grévistes fixés sur leur sort demain mardi

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La grève qui secoue Orange Mayotte depuis plus de 6 semaines s’est transportée au tribunal ce lundi matin. Entrave au droit du travail d’un côté, entrave au droit syndical de l’autre, chacun a fait valoir ses arguments. Décision demain en début d’après-midi.

Les drapeaux syndicaux sur la boutique Orange de Kawéni
Les drapeaux syndicaux sur la boutique Orange de Kawéni

L’opérateur de téléphonie Orange assignait ce lundi matin en justice le syndicat Sud Télécom et 19 de ses salariés mahorais, grévistes depuis plus de 6 semaines. La société leur reproche des entraves au droit de travailler des non-grévistes, au droit d’entreprendre et à la libre circulation.

Dans le viseur de la direction, l’installation de grévistes devant les boutiques du centre commercial Jumbo et surtout devant la boutique de Kawéni. Parlant de «grève abusive» et de situation de blocage des deux points de vente, Me Nadjim Ahamada, l’avocat d’Orange, dénonce les grilles devant la boutique qui limitent l’entrée et empêchent les clients de se garer. Il pointe aussi les nuisances sonores dont le niveau mettrait les salariés non-grévistes «en danger». Sa plaidoirie s’appuie sur pas moins de 6 constats d’huissier.

Me Ahamada indiquait également qu’Orange se réserve le droit d’attaquer en faux l’ensemble des personnes qui pourraient contredire cette situation de blocage dont le député Boinali Saïd qui a témoigné du fait qu’il a pu entrer et faire ses achats dans la boutique Orange de Jumbo : «C’est un faux !» s’est exclamé l’avocat.

Un conflit peut-être pas si nuisible

Du côté des grévistes, on avait choisi de ne pas se déplacer. Seul le représentant syndical Sud était présent ainsi que l’avocat, Me Jean-Maurice Nassar, du barreau de Saint-Pierre (La Réunion). Il a d’abord soulevé des questions de procédures (questions de nullité et d’irrecevabilité) pour tenter de mettre un terme à cette assignation.

Une affiche syndicale devant la boutique Orange de kawéni
Une affiche syndicale devant la boutique Orange de kawéni

Sur le fond, ses arguments sont évidemment à l’opposé de ceux de la direction. Il dénonce d’abord la situation d’urgence soulevée par la direction alors que le conflit dure depuis 6 semaines. Il s’est ensuite appuyé sur la stratégie de l’opérateur pour argumenter face aux nuisances supposées de ce conflit sur l’activité du groupe de téléphonie. On apprend ainsi qu’Orange envisage d’orienter sa stratégie commerciale vers «le réseau et les partenaires indépendants» et envisagerait de fermer la boutique de Jumbo car «les résultats ne sont pas satisfaisants.»

Blocage contre «lock-out»

Me Nassar dénonce la situation de «lock-out», la fermeture des boutiques par la direction. Pour lui, les non-grévistes ne peuvent donc pas travailler à cause des choix de l’entreprise et non du mouvement de grève qui les en empêcherait. «Il n’y a aucune situation de blocage du fait des grévistes», a-t-il plaidé. Il demande 5.000 euros à la direction pour «entrave à la liberté syndicale.»

Les grévistes rassemblés face à la boutique Orange  de Kawéni, le 27 juillet dernier
Les grévistes rassemblés face à la boutique Orange de Kawéni, le 27 juillet dernier

Quant à d’éventuelles nouvelles négociations, elles pourraient avoir lieu vendredi. Le délégué central Sud pour la téléphonie, Christophe Pigeon, arrive à Mayotte demain mardi et devrait discuter avec la direction régionale d’Orange à La Réunion vendredi.

A la fin de l’audience, le président Sabatier a remercié les parties prenantes pour «la grande correction dans la tenue des débats», loin d’éventuelles tensions que l’on peut parfois rencontrer dans un conflit social. Il rendra sa décision demain mardi à 14 heures.
RR
Le Journal de Mayotte

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