Dix milliards d’euros, plus de 430 projets et cinq intercommunalités autour de la même table. C’est sur cette base qu’Interco 976, veut avancer dans la nouvelle mandature, avec la reconstruction de Mayotte en toile de fond.
L’association née de la catastrophe Chido, regroupe les cinq intercommunalités de Mayotte. « C’est unique dans la République. Nulle part ailleurs dans un département français il existe une association des intercos », explique Charaffoudine Ramadani Toto, son président, élu le 7 octobre dernier.
Mutualiser les moyens pour mieux coopérer
Pour le président, la création d’Interco 976 répond à un problème concret : les cinq intercommunalités travaillent souvent sur les mêmes sujets, mais sans toujours coordonner leurs actions. Transports, mobilité, déchets ou environnement, les besoins et difficultés se ressemblent d’un territoire à l’autre.
Le transport fait partie des priorités afin de permettre aux habitants de se déplacer sans avoir à composer avec des réseaux totalement indépendants. « Il faut q’une personne qui habite M’tsahara puisse partir de M’tsahara à Pamandzi si elle veut prendre l’avion en empruntant l’ensemble de ces modes de transport », résume le président. Et à terme, harmoniser les tarifications différentes d’un territoire à l’autre.

L’idée c’est aussi permettre aux territoires de profiter de l’expérience des autres sans avoir à financer chacun les mêmes études. « Si moi je peux, en interco de Petite-Terre, contribuer à aider le Nord sur une thématique particulière parce que j’aurais eu un peu d’avance, pourquoi pas », explique-t-il.
Autre sujet important : l’environnement avec les déchets et la pollution qui touchent toute l’île. Mais les communes et même le Département ont aujourd’hui des difficultés à obtenir certaines aides de l’État pour les emplois en insertion, alors que les besoins restent importants. « L’environnement, c’est un des gros morceaux », précise Charaffoudine Ramadani Toto.
Le président souhaite notamment s’appuyer sur l’association Naïma pour développer des actions qui associent insertion professionnelle et protection de l’environnement. « Nous allons faire de Naïma, l’outil d’insertion et de lutte contre la dégradation de l’environnement ».
Dix milliards d’euros pour plus de 430 projets
Le montant total présenté atteint 10 milliards d’euros pour plus de 430 projets, répartis entre la CADEMA, la CAGNM, la 3CO, la CCPT et la CCSUD. Pour Charaffoudine Ramadani Toto, l’enjeu est de travailler ensemble pour que les projets puissent trouver les financements nécessaires.
Les besoins les plus importants concernent les fonctions vitales, qui représentent 44 % des investissements annoncés, soit 4,4 milliards d’euros. Cette enveloppe couvre notamment le logement, l’eau, la santé et l’électricité. 1,9 milliard d’euros pour le numérique, les mobilités et les transitions.

Le renforcement des capacités locales et la formation représentent 1,2 milliard d’euros. La reconstruction des routes, des voiries et des réseaux d’assainissement compte pour 930 millions d’euros, soit 9 %. Le développement géostratégique représente 910 millions d’euros, également, tandis que la prévention des risques naturels mobilise 670 millions d’euros, soit 7 %.
Ces montants correspondent à une programmation de projets et non à des sommes déjà dépensées. Le travail commun doit donc permettre de rechercher des financements tout en tenant compte des besoins propres à chaque intercommunalité.
« Ces 10 milliards d’euros ne sont pas répartis en divisant par cinq. Ils sont répartis en fonction du volume et de l’importance du projet que porte chaque territoire ».
Des priorités d’investissement différents
La CADEMA concentre la plus grosse enveloppe avec 2,9 milliards d’euros, soit 29 % du total. Elle prévoit notamment 500 millions d’euros pour l’élargissement de la route nationale et une voie de secours, 150 millions d’euros pour la poursuite du Caribus ainsi que la construction de 4.000 logements sociaux.
La CAGNM, dispose de 2,2 milliards d’euros, pour le contournement du Grand Nord vers Mamoudzou, évalué à 400 millions d’euros, la poursuite de la voie d’urgence pour 220 millions d’euros et la création de 3.850 logements.

Le centre de l’île, quant à lui, prévoit 2 milliards d’euros d’investissements. Parmi les principaux projets : le contournement de Combani, à 430 millions d’euros, une station d’épuration à 100 millions d’euros et 3.850 habitations.
En Petite-Terre, l’enveloppe atteint 1,5 milliard d’euros, soit 15 %. Le projet d’endiguement de la côte ouest représente à lui seul 400 millions d’euros, auxquels s’ajoutent notamment 2.300 logements. Enfin, la CCSUD dispose de 1,4 milliard d’euros orientés sur la sécurisation des zones habitées, dont 250 millions d’euros destinés au déplacement d’habitations situées dans des secteurs à risque, ainsi qu’à la gestion de l’eau et à la construction de 2.000 logements.
Passer des projets aux réalisations
Mais présenter des projets ne suffit pas, l’enjeu est maintenant de déterminer lesquels peuvent avancer rapidement, comment les financer et avec quels moyens les réaliser.
Le plan d’action 2026 s’articule donc autour de cinq axes : de la maquette à la programmation opérationnelle ; developper une ingénierie mutualisée ; bâtir la stratégie financière pluri-fonds ; consolider le SAR et enclencher les synergies inter-EPCI ; et enfin sécuriser la gouvernance et maîtriser les risques.
Parmi ces axes il y’a des actions concrètes comme : la priorisation des 430 projets recensés ; la recherche de financements auprès de l’Union européenne, les banques de développement et le secteur privé ; l’anticipation des besoins fonciers à l’horizon 2050 ; ainsi que la prise en compte des difficultés liées à la reconstruction, comme le manque de main-d’œuvre qualifiée et le financement de l’entretien des infrastructures.
Shanyce MATHIAS ALI.


