Daniel A. conteste les faits qui lui sont reprochés. À la barre, il affirme être entré dans la chambre de la jeune fille pour la réveiller et lui demander à manger, alors qu’il rentrait du travail et se sentait mal après avoir jeûné.
Le témoignage de la victime
Au moment des faits, la victime avait 17 ans. Selon le récit lu à l’audience, l’homme est entré à plusieurs reprises dans sa chambre pendant la nuit, alors qu’elle était au téléphone avec son petit ami, comme elle en avait l’habitude chaque soir pour s’endormir. Au début, elle pensait que sa tante venait vérifier si elle dormait, avant de comprendre qu’il s’agissait d’une autre personne.

L’adolescente explique que l’homme est revenu avec le flash de son téléphone allumé. Alors qu’elle dormait en robe, elle a senti une main remonter son vêtement.
L’homme aurait ensuite tenté de l’embrasser et de détacher son pantalon pour lui imposer un rapport sexuel. D’après son témoignage, il lui aurait demandé de se taire en lui disant que cela ne durerait que « deux minutes ». Elle aurait essayé de crier pour alerter sa tante, sans y parvenir.
Après le départ de l’homme, elle s’est rendu compte que l’appel avec son copain avait été coupé, alors qu’ils avaient l’habitude de rester au téléphone toute la nuit. Elle a de suite raconté les faits à sa tante, qui a confirmé avoir aperçu Daniel A. sortir de sa chambre.
« Je voulais à manger »
À la barre, celui-ci livre une toute autre version. Le prévenu explique être rentré du travail pendant le ramadan, fatigué et malade, avec des difficultés à respirer après avoir jeûné. « Je l’ai touchée, tapotée la joue pour la réveiller, pour lui dire que j’avais faim, si elle pouvait me donner à manger », déclare-t-il.
Il affirme lui avoir ensuite demandé où se trouvaient les cacahuètes qu’elle mangeait plus tôt, avant de quitter la chambre. « Moi je suis hébergé, je sais que je ne peux pas me servir comme ça quand les horaires pour manger sont passés, c’est pour ça que je suis parti demander la permission à la jeune fille », ajoute-t-il.

Le président du tribunal s’interroge sur cette explication, notamment sur le fait qu’il reconnaît être entré dans la chambre vers une heure du matin, avec le flash de son téléphone allumé, alors que la jeune fille était supposée dormir.
« Vous avez de la gêne pour vous servir à manger, mais pour rentrer dans la chambre de la jeune fille, alors qu’elle dort, pas de souci », lui fait remarquer le président, avant de lui demander pourquoi il s’est adressé à elle alors que sa tante était présente dans le logement.
Daniel A. répond qu’il ne connaissait pas la tante et qu’il la voyait pour la première fois. « La porte de la chambre était ouverte donc je me suis juste dirigé vers sa chambre ». Il soutient également que la tante ne l’a pas vu sortir de la chambre, ajoutant qu’il lui a lui-même expliqué y être passé.
« Une histoire de cacahuètes, je n’y crois pas »
Le procureur ne croit pas à cette version : « une histoire qui tourne autour de cacahuètes, je n’y crois pas du tout à cette histoire », déclare-t-il à l’audience.
Pour le ministère public, le récit de la jeune fille est cohérent avec le fait qu’elle a directement parlé de ce qui s’était passé à sa tante, qui l’a retrouvée paniquée. Le procureur estime qu’elle n’avait aucune raison d’inventer un tel scénario. « Ces faits auraient pu aller plus loin si elle n’avait pas réussi à se débattre ». Une parole qu’il juge vrai malgré le fait que l’enquête n’a pas permis d’interroger le petit ami de la victime qui était au téléphone avec elle.

Après les réquisitions, Daniel A. est revenu sur sa situation personnelle. Maçon, il se décrit comme un homme honnête et travailleur, qui doit subvenir aux besoins de ses enfants. « Moi, j’ai un enfant qui a 18 ans, j’ai des enfants dont je dois m’occuper, je dois les nourrir », déclare-t-il au tribunal.
Arrivé à Mayotte en 2021, le prévenu se trouve en situation irrégulière, et placé sous contrôle judiciaire depuis le 15 juin dernier. L’audition psychologique de l’accusé n’a révélé aucune anomalie, selon les éléments présentés à l’audience.
Dix mois de prison
Après délibération, le tribunal a déclaré Daniel A. coupable des faits qui lui étaient reprochés, le condamnant à 10 mois d’emprisonnement sans aménagement, soit deux mois de plus que la peine demandée par le procureur. La juridiction a aussi prononcé une interdiction de contact avec la victime pendant trois ans, et une interdiction du territoire français pendant 10 ans. Il dispose maintenant de dix jours pour faire appel de cette décision.
Shanyce MATHIAS ALI.


