À Mayotte, le calme n’est toujours pas revenu sous la mer. Entre le 1er et le 30 septembre 2026, les équipes du REVOSIMA ont détecté 265 séismes volcano-tectoniques, 84 séismes longue période et un séisme très longue période entre Mayotte et le volcan sous-marin Fani Maoré.
L’activité s’est principalement concentrée à l’est de Petite-Terre, à des profondeurs comprises entre 20 et 50 kilomètres. La situation est moins intense qu’au début de la crise en 2018, mais les scientifiques continuent de suivre attentivement l’activité.
Des centaines de séismes enregistrés en septembre

En septembre, 114 séismes ont pu être localisés manuellement avec précision : 89 séismes volcano-tectoniques et 25 séismes longue période. Parmi les séismes volcano-tectoniques, 11 avaient une magnitude située entre 2 et 3 et deux dépassaient la magnitude 3. La grande majorité des événements reste cependant de faible magnitude.
Mais la baisse de l’activité ne signifie pas que le phénomène est terminé. Le Revosima rappelle qu’une diminution de l’énergie sismique ne permet pas d’affirmer que le magma ne circule plus en profondeur.
La surveillance s’est aussi renforcée ces dernières années. Depuis la fin d’année 2024, le réseau sismologique a été développé, et les méthodes de détection ont été améliorées grâce à l’utilisation d’un réseau capable de reconnaître les ondes sismiques, des progrès qui permettent de repérer des séismes de plus en plus faibles.
Sous la mer, des émissions de gaz toujours actives
L’autre élément important de la surveillance se trouve sous la mer, dans la zone du Fer à Cheval. Il s’agit d’une structure volcanique sous-marine située dans le secteur de l’essaim sismique proche de Mayotte. Les scientifiques y observent depuis plusieurs années des émissions, accompagnées de nuages qui peuvent s’élever à plus de 1.200 mètres au-dessus des fonds marins et être détectés jusqu’à une centaine de mètres sous la surface.
Au total, 23 sites d’émission ont été identifiés dans cette zone. Lors de la campagne menée en 2025, 17 d’entre eux étaient encore en productifs.

Les analyses des fluides apportent également des informations sur ce qui se passe en profondeur. Ils sont constitués presque entièrement de dioxyde de carbone à 99 %, ainsi que du méthane et de petites quantités d’hydrogène.
Mais cette activité ne concerne pas seulement les fonds marins. Depuis 2021, une augmentation du flux de gaz, notamment de dioxyde de carbone, est aussi observée dans le lac Dziani Dzaha. Les scientifiques observent également que les gaz qui remontent des profondeurs de la Terre sont de plus en plus présents. Depuis 2023, leur composition montre une évolution qui rappelle celle observée au début de l’activité volcanique de 2018.
Une éruption probablement terminée, mais pas définitivement écartée
Au large de Mayotte, le volcan sous-marin Fani Maoré reste donc au cœur des recherches, malgré le fait que les dernières observations ne montrent pas de nouvelle coulée de lave. Le dernier élément direct prouvant une activité date du 22 octobre 2020. Et d’après les données disponibles, l’éruption aurait probablement pris fin le 4 décembre de la même année, mais cette hypothèse n’est pas sûre.
Les scientifiques n’excluent donc pas complètement une reprise de l’éruption. Trois possibilités restent envisagées : l’éruption pourrait avoir définitivement pris fin, elle pourrait reprendre sur le même site, ou une nouvelle activité pourrait apparaître ailleurs. Mais la persistance de la sismicité et des émissions de CO2 dans la zone empêche actuellement de déterminer avec certitude ce qu’il se passe sous le fond marin. Depuis la fin de 2020, les signaux sont devenus trop faibles pour permettre une interprétation comparable.

En septembre 2026, le robot autonome SeaExplorer a lui aussi participé à la surveillance. Pendant plus de 290 heures, il a parcouru environ 345 kilomètres entre 800 et 1.250 mètres de profondeur et a échantillonné plusieurs zones où des émissions de fluides étaient faites. Les résultats correspondent aux observations précédentes et aucune nouvelle zone majeure d’émission n’a été clairement identifiée dans les secteurs explorés.
Pour les scientifiques, le dossier reste donc loin d’être clos. La sismicité a fortement diminué depuis le début de la crise, mais elle se poursuit, les émissions de fluides restent actives et les données disponibles ne permettent pas encore de savoir comment le phénomène va évoluer.
Shanyce MATHIAS ALI.


