Après deux attaques contre des véhicules transportant des professionnels de santé en quelques jours, une partie du personnel du centre hospitalier de Mayotte a décidé d'exercer son droit de retrait. Lundi 28 septembre 2026, près d'une centaine d'agents se sont rassemblés dans la cour de l'hôpital, en attendant des réponses des autorités.

« On se dit qu’on peut se faire tuer », les soignants du CHM à bout face aux violences

Après deux attaques contre des véhicules transportant des professionnels de santé en quelques jours, une partie du personnel du centre hospitalier de Mayotte a décidé d'exercer son droit de retrait. Lundi 28 septembre 2026, près d'une centaine d'agents se sont rassemblés dans la cour de l'hôpital, en attendant des réponses des autorités.

La colère est palpable dans la cour du centre hospitalier de Mayotte ce 28 septembre au matin. Les soignants racontent la peur de prendre un bus du centre hospitalier, de rentrer chez eux après une garde, de ne pas savoir s’ils arriveront à destination lorsqu’ils partent de chez eux à l’aube. Après l’attaque d’un véhicule hospitalier à Tsararano le 22 septembre puis le caillassage d’un véhicule du SMUR à Majikavo, samedi 26 septembre, une partie des agents a décidé de se retirer.

Une peur devenue quotidienne

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Une centaine d’agents hospitaliers était rassemblée dans la cour de l’hôpital, lundi 28 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

Une centaine d’agents sont rassemblés lundi matin dans la cour du CHM. Les journalistes sont accueillis avec méfiance. « On veut pas discuter avec vous, on veut des solutions », lâche une soignante au milieu d’agents assis dans la cour de l’hôpital.

Depuis plusieurs jours, les discussions entre les personnels portent sur les mêmes choses. Les trajets, les horaires décalés, les secteurs traversés et la peur de tomber sur un groupe  de jeunes qui déciderait de s’en prendre à eux. « On est agressé tout le temps« , finit par accepter de raconter un aide-soignant du CHM. « Dans le bus, le personnel qui arrive au boulot ou qui revient chez lui ». 

Un peu plus loin, des soignants attendent sur un escalier qui mène aux bâtiments préfabriqués. Le directeur du centre hospitalier, Jean-Michel Beaumarchais, est alors en réunion avec les syndicats. Tous attendent de savoir ce qui pourra être proposé. Une infirmière de Tsingoni raconte un quotidien devenu difficile à supporter. « C’est du ras le bol, c’est du stress au quotidien, avant il y avait des mesures là, ça nous traumatise tous les jours ». 

Elle se souvient d’une période durant laquelle des gendarmes escortaient les personnels sur certains axes. « Avant on avait des gendarmes qui nous escortaient jusqu’à certains points stratégiques ». Mais, le dispositif « n’a pas duré », regrette-t-elle. Elle cite Koungou, Majikavo, Vahibé et Combani parmi les secteurs identifiés comme « stratégiques » à l’époque et qui aujourd’hui, inquiètent particulièrement les agents. « C’est la terreur qu’il y a derrière tout ça, ça devient difficile. On part au travail, on n’a aucune certitude de rentrer bien », dit-elle.

Le caillassage du SMUR a fait basculer la situation

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Les caillassages de bus et de véhicules de secours sont fréquents à Mayotte, jusque près des établissements de soins. Mathilde Hangard / JDM

Après l’attaque du 22 septembre, la direction du CHM avait condamné les faits. Des discussions avaient alors commencé avec les organisations syndicales. Puis un véhicule du SMUR a été caillassé samedi 26 septembre au soir à Majikavo. Pour les syndicats, cet épisode a changé la donne.

« On avait commencé à discuter entre les collègues, les syndicats et le directeur du CHM et avec samedi, on s’est dit qu’on était en intersyndicale et qu’on allait faire exercer notre droit de retrait », explique une déléguée du personnel Acteurs Santé CFE-CGC du CHM, qui souhaite préserver son anonymat en raison du contexte d’insécurité.

Une partie du personnel a donc décidé d’exercer son droit de retrait dès ce lundi. La décision doit se poursuivre tant que les agents n’auront pas obtenu de réponse sur leur sécurité. « On exercera notre droit de retrait jusqu’à ce qu’on trouve une solution », affirme la syndicaliste. Elle reconnaît que la direction de l’hôpital ne peut pas régler seule les problèmes de sécurité sur les routes. Mais c’est vers elle que les personnels se tournent. « On sait que la direction ne peut pas faire grand-chose car c’est pas son ressort, mais nous on est obligés de parler à la direction ». 

La direction du CHM veut des patrouilles sur les circuits de bus

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La direction du CHM était réunie dans ce bâtiment avec les représentants syndicaux, lundi 28 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

À notre rédaction, le directeur de l’hôpital indique avoir obtenu un rendez-vous dès lundi 28 septembre après-midi à la préfecture de Mayotte. Peu avant 13 heures, il ne savait toutefois pas encore si le préfet, Frédéric Poisot, serait présent ou si l’entretien se ferait avec sa directrice de cabinet.

En fin de matinée, l’infirmation est annoncée par les représentants syndicaux aux personnels rassemblés dans la cour du CHM. La réunion, qui devait initialement se tenir mardi, aura finalement lieu quelques heures plus tard. Des applaudissements éclatent. Pendant quelques secondes, la tension retombe. La direction du CHM entend demander des mesures très concrètes. « L’idée c’est d’avoir des patrouilles mobiles sur nos circuits de bus, des priorités pour les signalements à la police, une sensibilisation des élus locaux », affirme le directeur de l’établissement hospitalier.

Dans la cour, l’exigence d’un mouvement uni 

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Un agent hospitalier prend la parole dans la cour du CHM, lundi 28 septembre 2026, et appelle ses collègues à rester unis dans la mobilisation. Mathilde Hangard / JDM

L’annonce du rendez-vous à la préfecture à peine faite, deux agents hospitaliers prennent la parole dans la cour. Le ton est ferme. Ils appellent leurs collègues à rester unis et à ne pas relâcher la mobilisation.

« Arrêtez de faire semblant », lance l’un d’eux. Les agents autour de lui se regroupent pour l’écouter. « Quand on dit qu’on doit continuer le mouvement, il faut être tous ensemble. Le droit de retrait, d’accord, mais que service minimum », poursuit-il. Une autre soignante prend ensuite la parole à son tour. Elle appelle elle aussi les personnels à rester mobilisés.

Le CHM directement visé ?

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Une femme prend la parole et appelle les agents à ne pas baisser les bras pour obtenir des mesures de sécurité. Mathilde Hangard / JDM

Au milieu de ce mouvement, une information circule parmi les personnels du CHM. Des agents rapportent que des parents de jeunes de Majikavo, où a eu lieu le caillassage de samedi dernier, auraient affirmé que l’hôpital était directement visé. Relayée sur les réseaux sociaux selon plusieurs agents, cette information n’a pas été confirmée, mais elle alimente la peur du personnel. « Les parents des jeunes disent que le CHM est directement visé. Les parents de ces jeunes nous ont donné un signal », rapporte une soignante.

Pour les agents, cette inquiétude s’ajoute à des journées de travail déjà éprouvantes et à la peur qui accompagne désormais certains trajets. « Pour ceux qui ne connaissent pas Mayotte, ça veut rien dire, mais nous ici, on part de la maison à 4h du matin, le soir on rentre à 20h ou 21h, on sait pas ce qui va se passer », raconte une déléguée syndicale.

La fatigue s’accumule et, avec elle, le sentiment de ne plus être en sécurité, au travail comme sur le chemin de l’hôpital. « Nous franchement on est à bout, on a peur, on vient à l’hôpital juste parce qu’il faut, mais on est stressés, on est angoissés, on se dit qu’on peut se faire tuer », conclut-elle.

Mathilde Hangard

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