Un tableau de 13 lignes, des cases à cocher… qui ne le sont pas toujours à bon escient. Le premier bilan de la Stratégie quinquennale 2026-2031 souligne le risque de louper le coche, à savoir la dépense des milliards annoncés, et déclenche une vague de critiques chez des élus chevronnés.

(Re)construction : la méthode rouvre une blessure à vif chez les élus mahorais

Un tableau de 13 lignes, des cases à cocher… qui ne le sont pas toujours à bon escient. Le premier bilan de la Stratégie quinquennale 2026-2031 souligne le risque de louper le coche, à savoir la dépense des milliards annoncés, et déclenche une vague de critiques chez des élus chevronnés.

A la suite du cyclone Chido et des constats faits à la fois par le président Macron lors de sa visite quelques jours après, et par plusieurs membres du gouvernement, une stratégie quinquennale 2026-2031 a été élaborée par la mission interministérielle chargée de la reconstruction et de la refondation de Mayotte (MIRRM) et validée par le Comité interministériel des Outre-mer (CIOM) le 10 juillet 2025. Établie sur 13 points forts à développer à Mayotte, elle se veut « la boussole d’un programme de reconstruction à la fois ambitieux et réaliste », indique le gouvernement.

Pour son premier anniversaire un bilan d’étape vient d’être publié. On peut déjà se féliciter de l’existence de ce document, et notamment du constat : « l’objectif de reconstruire Mayotte dépasse de loin la simple réhabilitation des infrastructures qui préexistaient au passage du cyclone : il vise à ‘refonder’ l’archipel à tous les niveaux afin de répondre aux besoins d’une population croissante dans une logique de justice sociale et d’équité nationale. » (Re)construction, ou (re)fondation, des termes que le JDMa adopté dès le lendemain du passage du cyclone.

Un état des lieux est dressé, avec des axes et un calendrier de mise en œuvre et de début de réalisation pour les chantiers suivants : Lutter contre l’immigration irrégulière, Protéger les Mahorais, Moderniser le service public de la justice, Réduire la vulnérabilité aux risques naturels, Accéder à l’eau potable et à l’assainissement, Préserver les milieux naturels et gérer les déchets, Résorber le désordre foncier, Loger plus dignement, Renforcer l’offre de soins, Accéder à une éducation de qualité, Convergence sociale : vers l’égalité réelle, Garantir à Mayotte un approvisionnement énergétique plus stable et plus vert, Bâtir et développer les grandes infrastructures. Consulter le document ICI.

Des promesses renouvelées

François Bayrou, Projet de loi, Mayotte, HCFP
Dès le départ, Saïd Omar Oili vigilant sur la transparence indispensable d’un tel chantier

Si le travail est titanesque, certains postulats sont biaisés. Ainsi, il est indiqué l’annonce par le ministre de la Justice de la construction d’une prison modulaire de 250 places lors de son déplacement à Mayotte en février 2026 avec attente de sécurisation du foncier. EN réalité, l’assurance de ce 2ème établissement avait déjà été donnée en 2022 par le ministre Dupond-Moretti, qui avait enjoint le préfet Suquet de débloquer le foncier. On a plutôt l’impression d’un enlisement que d’une avancée.

Pour le sénateur Omar OIli qui suit l’évolution du dossier de la reconstruction à la trace, le compte n’y est pas. Il avait adressé fin avril 2026 aux ministres, au comité de suivi et aux élus locaux un « Dossier de suivi d’application de la loi du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte » qui pointait des blocages majeurs: « la multiplicité́ des instances de gouvernance caractérisée par l’omnipotence de la préfecture, sans définition précise de son action spécifique, un EPRDM doté d’un effectif pléthorique avec des difficultés d’installation et de positionnement, d’une part et d’autre part, un manque de lisibilité́ sur la trajectoire budgétaire pour le financement de la stratégie quinquennale 2026/2031. »

Le constat de l’insuffisance de moyens aurait incité le premier ministre à nommer un sous-préfet en charge de la coordination de la stratégie opérationnelle des projets de refondation sur Mayotte et engageant l’implication des élus locaux.

Pour rappel, sur le plan financier, l’exécutif met en avant 4 milliards d’euros, dont 1,490 milliard via le programme 162 PITE (Programme d’Intervention Territorialisée de l’Etat), géré par le préfet sur délégation du Premier ministre, et 2,691 milliards de crédits interministériels pilotés par le ministère des Outre-mer.

Des épaves visibles prés de deux ans après

Reconstruction, Mayotte, Chido, Lecornu, Said Omar Oili, Thani Mohamed Soilihi, sénateur,
Un Bilan d’étape à un an proposé par le gouvernement à améliorer sur le fond et la forme

Pour autant, Saïd Omar Oili relève que ce premier bilan publié ce 1er septembre 2026 est « un condensé d’inexactitudes » par rapport aux réalités du territoire. Sur l’enlèvement des déchets post-Chido, le rapport de la DGOM indique que 100% des pneus et 91% des déchets métalliques ont été enlevés, « ce qui ne correspond pas à la réalité sur le terrain », souligne-t-il.

Les critiques s’enchainent : problématiques de régularisation foncière non abouties également pour la construction du 2ème hôpital à Tsingoni, acquisition annoncée de radars et caméras longue portée pour lutter contre l’immigration clandestine qui n’empêche pas le débarquement quotidien de kwassas notamment de migrants africains des Grands Lacs, « l’objectif d’éloignement de 35 000 ESI (étrangers en situation irrégulière) par an est une utopie, car le même nombre de personnes refoulés est le même nombre d’entrants irréguliers ! ». En matière de réhabilitation de salles de classe, « aucune évolution », mentionne Saïd Omar Oili qui prend à témoin les mouvements de révolte des parents d’élèves, sans parler de la suspension des travaux de l’usine de dessalement d’Ironi Be alors que les besoins en eau potable sont criants.

Des reproches à modérer toutefois, l’élu mahorais critiquant un enlèvement non abouti des épaves dans le lagon malgré un contrat passé avec un opérateur privé. Or, le document du gouvernement ne dit pas autre chose, mentionnant un enlèvement « en cours », d’une quantité de « environ 50 épaves sur 171 ».

 

« Surprise et incompréhension »

Le comité de suivi présidé par le sénateur Thani Mohamed Soilihi dubitatif sur la méthode choisie par le gouvernement

Enfin, est pointée une gouvernance entremêlée de la Mission interministérielle chargée de la reconstruction et de la refondation de Mayotte, de la préfecture, de l’EPRDM, des services déconcentrés de l’Etat, du Département région, des maires et interco qui « rend complexe les moyens d’évaluation des performances des projets et la définition des responsabilités des entités décisionnelles ».

C’est sur cette gouvernance qu’avait précisément interpellé il y a quelques jours l’ancien ministre Thani Mohamed Soilihi, reprochant un fait grave : celui de ne pas avoir été associé à la nouvelle méthode de pilotage initiée par le premier ministre Lecornu. Bien que semblant aller dans le bon sens puisque mettant en place un suivi interministériel mensuel, elle ignore la loi du 11 août 2025 qui confie expressément au comité une mission de suivi de sa mise en œuvre et de contrôle des engagements pris dans le cadre de la refondation. Provoquant « surprise et incompréhension » du comité de suivi, selon les mots même du sénateur mahorais à l’expression habituellement modérée.

Un constat qui doit alerter pour rappeler la fronde suscitée par l’absence de concertation des élus mahorais lors de l’élaboration de la feuille de route de 2017, une des origines du mouvement social de 2018.

Les prochains échanges se tiendront « à l’initiative du premier ministre » lors du congrès des maires de France… ils promettent une explication de texte.

Ce premier document de travail est vu par le gouvernement comme une boussole… s’il ne perd pas le Nord !

Anne Perzo-Lafond

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