Le chiffre est difficile à contourner : 84 % des personnes interrogées disent avoir vu ou vécu au moins un fait lié à l’insécurité au cours des 12 derniers mois. Cambriolages, barrages, caillassages, conflits entre villages, drogue ou alcool dans la rue, agressions physiques : les faits rapportés par le questionnaire touchent une grande partie de la population. Avec 1.012 réponses recueilli entre le 20 août et le 23 septembre, auprès des habitants et des entreprises.
Des violences toujours présentes
Le sentiment d’insécurité reste fort environ 54 % des habitants disent ne pas se sentir en sécurité chez eux. Et lorsqu’un fait est signalé, le retour n’est pas toujours au rendez-vous. En effet, 45 % des personnes interrogées disent avoir porté plainte au cours des 12 derniers mois mais sans réponses.
Pour le préfet Frédéric Poisot, la situation reste difficile. Sur les huit premiers mois de l’année, les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de plus de 20 % et les violences sexuelles contre les femmes et les mineurs de 75 %. Il reconnaît que les forces de sécurité sont confrontées à une situation tendue sur le terrain.
Pour tenter de mettre fin à cette violence, le représentant de l’Etat annonce plusieurs mesures, notamment des opérations régulières, le renforcement de la gendarmerie dans le nord avec une brigade à Bandraboua et un futur « plan de restauration de la sécurité du quotidien ». « On ne peut pas se contenter des grosses opérations car quand elles sont finies tout recommence et c’est la population qui subit ». Mais la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les agents en uniformes.

Présente à la restitution, la députée Estelle Youssouffa rejoint le constat d’une situation alarmante. Elle regrette notamment l’arrêt, pendant plusieurs mois, de la publication des chiffres de la délinquance par la préfecture et estime qu’il faut désormais une réponse à la hauteur du problème. « Le constat est un constat d’échec », déclare-t-elle.
Pourtant, les Assises rappellent que des actions ont déjà été engagées. La police municipale de Mamoudzou est passée de 36 à 69 agents. Environ 1.300 points d’éclairage public ont été rénovés ou remis en fonctionnement, mais l’éclairage reste tout de même la première demande des habitants dans les enquêtes.
« Un travail de réseautage, car même la violence s’organise en réseau. Si des jeunes viennent à Mamoudzou, il faut que la mairie de Koungou puissent nous avertir en disant attention. On doit se partager les infos pour mettre fin à cette violence », propose le maire de Mamoudzou mais aussi les ateliers.
Des propositions nombreuses
Les quatre ateliers ont abouti à 35 fiches actions. Parmi les propositions : un observatoire de l’immigration, un référent dans chaque village, rapprocher les services de la population avec des annexes de préfecture ou encore une meilleure coordination entre les acteurs de la sécurité.

Les participants proposent également d’adapter les règles d’aménagement au territoire avec le projet « ISO Mayotte ». Mobilité, nouvelles routes, parkings, éclairage ou vidéoprotection font partie des sujets concernés, le but est de mieux adapter ces futurs travaux aux spécificités de l’île.
Pour l’économie locale, il faut : accompagner les entreprises, former les dirigeants et salariés, mais aussi faciliter les régularisations administratives dans les secteurs en tension pour sécuriser les emplois. Des demandes qui doivent répondre à l’urgence financière sur le territoire. Les structures interrogées déclarent entre 1,4 et 3,8 millions d’euros de pertes annuelles liées à l’insécurité, poussant 56 % d’entre elles à renoncer ou geler des projets d’investissement.
Les familles au cœur des prochaines réponses
Pour cette deuxième édition, les jeunes ont fait l’objet d’une enquête spécifique, la première menée à l’échelle du territoire auprès des 12-25 ans. 28 % d’entre eux disent ne parler à personne lorsqu’ils rencontrent un problème.
Et les attentes diffèrent entre jeunes et adultes. La jeunesse demande davantage d’activités et de moyens de se déplacer, tandis que les adultes parlent davantage d’accompagnement et d’encadrement.

Les ateliers consacrés aux ruptures sociales et à la parentalité proposent notamment une plateforme recensant les services disponibles, des dispositifs de mentorat, une meilleure coordination des actions de parentalité, des outils multilingues, davantage d’actions d’aller-vers et l’accompagnement des jeunes dans leurs démarches notamment pour les séjours.
Pour Sairati Assimakou, présidente de « Souboutou Ouhédzé Jilaho », la réponse doit cependant rester très concrète et partir du terrain. « Il est surtout urgent de parler de présence parce que c’est ce qui manque réellement. On nous nomme des dispositifs, mais parlons humain d’abord », estime-t-elle.
Reste maintenant à faire vivre ces 35 actions, et à suivre dans les prochains mois, ce qui aura réellement changé sur le terrain. Le suivi devra cette fois être au cœur de la démarche, notamment parce qu’il a été l’un des gros manquements de la première édition.
Et le maire Ambdilwahedou Soumaïla, s’y engage : . « On va mettre en place un groupe de travail en lien avec l’ensemble des co-organisateurs et la société civile. L’enjeu, c’est quasiment tous les trois ou six mois, de se retrouver en réseau et de faire un état des lieux ».
Shanyce MATHIAS ALI.


