« C’était pas facile, mais je suis là et j’ai réussi », témoigne une bachelière. Pour la quatrième année, le Département de Mayotte met à l’honneur les jeunes accompagnés par l’Aide sociale à l’Enfance (ASE) qui ont obtenu un diplôme au cours de l’année scolaire. Une cérémonie destinée à saluer leurs réussites, mais aussi à « relever l’image » de ces jeunes, souvent confrontés aux préjugés.

Cette année, 120 jeunes accompagnés par l’ASE se sont présentés à un examen. Parmi eux, 80 ont obtenu un diplôme, dont une trentaine de baccalauréats et une vingtaine de CAP. Une progression importante pour le service. « Il y a dix ans, il n’y en avait que deux ou trois », rappelle Boinali Moudjitaba, référent ASE.
Aujourd’hui, les équipes disposent de davantage de moyens humains et matériels, et le nombre de familles d’accueil augmente. « Il y en a quasiment une nouvelle tous les mois », souligne le référent. Le développement des familles d’accueil participe aussi à cette évolution. « Désormais, les nouvelles familles ont été elles-mêmes scolarisées ou ont des enfants qui sont allés à l’école. Ils peuvent donc davantage aider les jeunes scolairement », observe-t-il.
Et pour lui, la réussite d’un jeune en entraîne souvent d’autres : « Certains sont devenus instituteurs, assistants sociaux et aident à leur tour. C’est ça notre récompense. Je suis content parce que tout ça évolue dans le bon sens », conclut-il.
Nasra, maman à 17 ans et bachelière

À 18 ans, Nasra vient de décrocher son baccalauréat. « Ça m’a demandé beaucoup, beaucoup d’efforts », résume la jeune femme. Dans ses bras, son fils Kaël, âgé d’un an.
En juillet 2025, alors qu’elle est encore mineure et enceinte, Nasra est placée dans un lieu de vie et d’accueil (LVA), un lieu d’accueil destiné aux jeunes mères. « On était quatre quand je suis arrivée. Je dormais là-bas ». Quelques jours avant sa rentrée en terminale, elle donne naissance à son fils. Les mois qui suivent sont éprouvants. Plusieurs fois, elle envisage d’abandonner, « mais mon éducateur m’a soutenue à continuer », explique-t-elle.
Ses parents vivent aux Comores. Nasra, elle, a grandi à Mayotte auprès de sa grand-mère et de sa tante. « Je n’ai aucun souvenir, ni contact de mes parents. C’est ma grand-mère qui est venue me récupérer quand j’avais trois ans ».
La grossesse hors mariage n’est pas acceptée par sa famille, qui décide de couper les ponts. Elle vit quelque temps chez une amie avant d’être placée. « C’est un sujet encore tabou », se désole-t-elle. « Malgré ça, je ne regrette pas du tout », insiste Nasra. Le père de Kaël est présent et accueille son fils du vendredi au dimanche.
Aujourd’hui, une nouvelle étape s’ouvre pour elle. Nasra doit prochainement quitter la structure pour intégrer un appartement. Et surtout, elle poursuit ses études : elle fera un BTS en informatique à la rentrée.
Elle veut aussi porter un message à ceux qui associent maternité et échec scolaire. « Quand t’es à l’école et que t’es enceinte, les gens te disent que c’est le début de ton échec. Mais non, on peut avoir un bébé et avoir son bac et même continuer ses études ». Elle ajoute, « je suis très fière d’avoir réussi ».
Idiamine : « On ne choisit pas là où l’on naît »

Idiamine, placé depuis l’âge de six ans, a lui aussi obtenu son baccalauréat. « J’ai galéré mais j’ai tenu bon », raconte-t-il. Pour celui qui confie ne pas avoir toujours cru en sa réussite, c’est une fierté. Il souhaite désormais poursuivre ses études avec un BTS avant, peut-être, de devenir sous-officier.
Mais sa rencontre avec les éducateurs l’a également conduit à envisager un métier dans le social : « J’aimerais à mon tour aider des jeunes qui en ont besoin, qui ont vécu une histoire horrible ou dramatique. Parce qu’on ne choisit pas là où l’on naît ».
« Il a beaucoup évolué depuis son arrivée. Il faisait partie des plus difficiles », raconte son éducatrice. Depuis, Idiamine est devenu « autonome » et « à l’écoute ». « Il sait ce qu’il veut et je suis très fière de lui », ajoute-t-elle.
Samirdine et Omar, une famille d’accueil pour nouveau départ
À 17 ans, Samirdine vient tout juste de découvrir sa nouvelle famille d’accueil. Il n’y est que depuis trois jours lorsqu’il reçoit son diplôme. « Je ne les avais jamais rencontrés. Je vivais seul et le lycée était vraiment loin. Je voulais pas rater d’examen alors j’ai demandé de l’aide », explique-t-il.

Cet été, il est admis à l’université de Perpignan, où il souhaite poursuivre ses études pour devenir entraîneur sportif. « Le problème c’est que je n’ai pas de carte bancaire et en tant que mineur, c’est pas évident ». Sa famille d’accueil espère néanmoins pouvoir l’aider à concrétiser son projet. « Ce serait vraiment bien qu’il puisse y aller », témoigne-t-elle.
Cette femme, elle, a choisi de devenir famille d’accueil suite à une agression qu’elle a vécue. « Je voyais les jeunes qui m’agressaient, il y en avait un qui avait seulement dix ans, j’ai eu de la peine pour lui. Je me suis dit qu’il fallait les aider ». Elle a quitté son travail pour se consacrer à cet accompagnement.
Omar, lui, a 14 ans, il vient tout juste d’obtenir son brevet. Son projet est lui aussi déjà bien défini : il veut devenir mécanicien et ouvrir sa propre entreprise. « Il nous le dit tout le temps », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, elle parle de Samirdine et d’Omar avec beaucoup d’affection : « Ils sont trop trop sympas et je suis très fière de tous les deux ».
Joséphine Puig


