Nina, sage-femme au CHM, est partie il y a quelques semaines en mission humanitaire de bénévolat à Madagascar avec l’association AR MADA. Une expérience inoubliable pour elle tant d’un point de vue humain que professionnel.

Association AR MADA : « une expérience humanitaire incroyable et inoubliable »

Nina, sage-femme au CHM, est partie il y a quelques semaines en mission humanitaire de bénévolat à Madagascar avec l’association AR MADA. Une expérience inoubliable pour elle tant d’un point de vue humain que professionnel.

Créée en 1999 à l’initiative d’un groupe d’amis, l’association AR MADA regroupe plus de 5.000 professionnels de santé bénévoles (médecins, dentistes, infirmiers, sages-femmes, kiné…) et organise plusieurs missions humanitaires médicales par an. Plusieurs milliers de consultations sont effectuées par mission, assorties de soins, distribution de médicaments et mises en œuvre de traitements et conseils. Chaque mission, en autonomie totale, se déplace à l’aide de moyens de transports divers et variés : minibus, camions, barges à moteur, pirogues, … pour atteindre les villages les plus isolés.

Nina a connu cette association un peu par hasard. « J’en ai entendu parler pour la première fois en 2024 à l’occasion d’une mission que je faisais à Mayotte dans le cadre de la réserve sanitaire… J’ai rencontré une infirmière, on a échangé et c’est elle qui me l’a fait connaitre. Elle a adoré et s’est réinscrite deux ans après. Il restait de la place cette année, du coup j’y suis allée avec elle il y a quelques semaines ».

Offrir des soins dans des zones éloignées et défavorisées

Comme nous l’a expliqué Nina, il s’agit d’une mission de bénévolat mais il faut la financer à ses propres frais, le montant est toutefois déductible des impôts. « Il faut compter un peu plus de 1.000 euros par personne plus le billet d’avion pour quinze jours ».

Les médicaments et tout le matériel médical étaient entreposés parfois dans des écoles aménagées pour l’occasion.

Afin d’instaurer un véritable suivi médical dans des zones défavorisées sur le plan de la santé, l’association peut compter sur un nombre important de bénévoles, dont beaucoup de médecins (généralistes, chirurgiens, pédiatres) mais aussi des pharmaciens, des infirmiers, des aides-soignants, des sages-femmes mais également des accompagnants en charge notamment d’accueillir les patients et de les orienter vers le bon professionnel de santé.

Lorsque Nina a effectué sa mission ils étaient une vingtaine en tout, en plus des traducteurs malgaches. « Au début de la mission, on était tous réunis à Tana pendant 1 ou 2 jours. On nous a formés sur les conditions dans lesquelles on allait exercer, sur le protocole de sécurité…, et également sur la prise en charge si on avait un problème », raconte-t-elle.

Le voyage itinérant se faisait parfois en pirogue.

Une fois cela fait, la mission peut commencer véritablement. Nina et les autres bénévoles ont longé le fleuve Pangalane. « C’est un parcours itinérant, on se déplace de village en village soit en minibus, soit en pirogue. On vit sous des tentes la plupart du temps ou des fois dans des bungalows. On fait des soins toute la journée, du matin jusqu’à la tombée de la nuit, souvent sous des tentes ou dans des écoles aménagées pour l’occasion ».

Pour qu’un maximum de personnes puisse bénéficier de ces soins, des annonces sont faites à la radio pour indiquer quand est-ce que les soignants bénévoles se rendront dans tel ou tel village afin que la population soit informée et puisse s’y rendre car « des fois certaines personnes viennent de zones particulièrement isolées », souligne la sage-femme.

Une expérience « marquante »

Bien que Nina exerce son métier à Mayotte, il n’en demeure pas moins que ce qu’elle a vu et vécu à Mada l’ont marquée. « Étant à Mayotte, j’ai l’habitude de voir des populations malgaches… Si j’ai voulu faire cette mission c’est pour découvrir autre chose, vivre une nouvelle expérience, aider, voir ce que je pouvais apporter. C’est une pratique de la médecine que l’on n’a pas l’habitude de voir même quand on vit à Mayotte ».

Nina aux côtés d’une traductrice malgache écoutant une patiente.

La soignante a ainsi été confrontée à de nombreuses pathologies dont certaines assez éprouvantes. « Ce qui m’a marquée tout au début de la mission c’est le flux important de personnes qui venaient pour se faire soigner. Quand tu te lèves le matin et que tu vois autant de personnes c’est impressionnant. Dès 6h30 elles étaient déjà très nombreuses à faire la queue ».

La sage-femme voyait environ 30 à 40 patients par jour ! Parmi les pathologies les plus fréquentes il y avait les IST (infections sexuellement transmissibles) et notamment les syphilis. « Elles sont en pleine expansion là-bas… Les gens ne se protègent quasiment pas, les préservatifs sont payants, et sans compter la polygamie… ». Nina a également eu affaire à plusieurs cas de VIH. « C’est un médecin malgache qui annonçait la nouvelle à la personne… car à Mada c’est mal vu, les personnes sont souvent exclues de leur village », fait-elle remarquer.

Mais ce qui a le plus marqué la soignante c’est la dénutrition des enfants et certaines pathologies « avancées » comme les cancers, ou encore les nombreux cas de lèpre. « Les enfants ont la peau sur les os, c’est impressionnant et dur ! Il y avait aussi une grand-mère d’une soixantaine d’années qui allaitait trois enfants car ici beaucoup de mères meurent peu de temps après l’accouchement. Il y avait une autre dame qui avait un cancer du sein avancé. La tumeur sortait à l’extérieur, c’était purulent, c’était horrible », se souvient-elle.

Nina garde une expérience inoubliable de cette mission humanitaire à Mada où elle a pu rencontrer des gens très enrichissants.

Malgré ces cas assez marquants, Nina garde une expérience inoubliable de cette mission humanitaire à Mada et s’est déjà inscrite pour y participer à nouveau les trois prochaines années, jusqu’en 2029. « Il y avait une ambiance incroyable, une entraide hyper forte, on avait une super équipe qui était très hétérogène. AR MADA est une association qui va au bout des choses, de la prise en charge, de l’EVASAN, et même jusqu’au suivi de certains patients. En tant que soignant on n’a pas besoin de se soucier de tout ce qui est intendance ou logistique. On peut vraiment se concentrer sur notre travail et soigner la population », insiste-t-elle. Aussi, suite à cette expérience Nina envisage éventuellement de reprendre ses études. « Cela m’a donné envie de me former aux pathologies tropicales… ».

Enfin même si cela coûte de l’argent et du temps de participer à une telle mission, le jeu en vaut la chandelle selon la sage-femme. « Ça vaut le coup, même s’il faut payer ! Je la recommande fortement. On découvre une autre culture, d’autres pathologies. On rencontre des gens qui sont hyper enrichissants. C’est une expérience humanitaire et humaine incroyable. On ouvre son esprit et son cœur ».

B.J.

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