Depuis le début du mouvement, le lundi 1er juin dernier, les revendications restent les mêmes. Sur le terrain, les personnels parlent d’une situation qui ne change pas malgré les années, avec les mêmes difficultés qui reviennent : absence de grille salariale, absence de progression de carrière et un sentiment de ne pas être reconnus à la hauteur des missions exercées au sein des établissements scolaires.
Des revendications centrées sur le statut
Pour Bruno Dezile, secrétaire général de la CGT Éduc’action Mayotte, la situation s’est installée dans le temps sans réelle évolution. Il décrit des personnels qui, malgré la diversité de leurs contrats, partagent une même réalité de précarité. « Beaucoup sont sous contrats à durée déterminée, parfois renouvelés, parfois transformés en CDI, mais sans que cela change réellement la situation salariale », explique-t-il.

Le représentant insiste surtout sur un point : l’absence de grille salariale. « La plupart de ces collègues n’ont pas de grille salariale, donc il n’y a aucune évolution prévue au niveau du salaire », poursuit-il, en expliquant que même après une ancienneté, les rémunérations restent identiques. Pour lui, cela pose un problème de fond sur la reconnaissance même de ces métiers.
Le syndicaliste va plus loin en décrivant des conditions de travail qu’il juge difficiles à tenir sur la durée, avec des temps de travail élevés, parfois jusqu’à 41 heures par semaine pour certains assistants d’éducation (AED).
Il évoque aussi une réalité sociale, notamment à Mayotte, où une grande partie des AED seraient des femmes, souvent mères de famille, contraintes de composer avec des temps partiels imposés. « Quand vous êtes à 50 % ou 75 %, vous touchez en conséquence et pour vivre ce n’est pas idéal », résume-t-il, en soulignant que la revendication d’un passage à 100 % pour tous est aussi une question de dignité de vie.
Un dialogue jugé bloqué avec le rectorat

Les syndicats pointent également des conditions de travail difficiles dans les établissements, avec un manque de matériel, des locaux parfois inadaptés, ainsi qu’une pression croissante sur les missions de surveillance et d’accompagnement des élèves. Ils estiment que les exigences augmentent, sans que les moyens de formation ne suivent.
Sur le plan du dialogue avec le rectorat, le constat reste au même point : des échanges ont eu lieu, mais sans avancées, avec des réponses jugées insuffisantes. « Ça a été un bras de fer », résume le syndicaliste à propos de la dernière rencontre. « Ils bottent en touche en expliquant que c’est au ministère de prendre les décisions ».
Mais selon lui, certaines mesures pourraient être prises localement pour améliorer rapidement la situation. « Il y a des petites mesures qui pourraient être mises en place tout de suite pour apaiser les choses ». Il affirme, que si le blocage actuel dure, cela ne sera pas sans conséquences sur la suite du mouvement.
Des conditions de travail difficiles
Du côté des salariés, le sentiment est similaire, celui d’un système bloqué. Mohamed Abdou, AED au Collège de Dzoumogné depuis onze ans, décrit ses difficultés du quotidien, en effet, dans son cas, les fins de mois sont parfois compliquées, malgré une activité à temps plein. « J’ai une famille à nourrir, des charges à payer ce n’est pas normal ! ». Il ajoute avec frustration : « On est le quatre et je suis déjà à moins 1.300 euros sur mon compte ».

Dans un autre registre, les équipes mobiles de sécurité alertent sur la réalité de leurs missions dans les établissements. « Vous voyez les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Quand il y a de la violence, c’est nous qui sommes en première ligne », confie Ibrahim Magnele, équipes mobiles de sécurité (EMS) à Kahani.
Selon lui, certains de ces collègues ont déjà été touchés par ses violences à plusieurs reprises et rien a été mis en place de la part du rectorat en termes d’indemnisation. « Aujourd’hui on veut une prime de reconnaissance, car on met notre vie an danger tous les jours, on veut juste revendiquer nos droits ».
Alors que la mobilisation devait initialement s’achever avec cette journée du 4 juin, les syndicats évoquent déjà la suite. Un appel national à la grève pour le mardi 9 juin prochain est en préparation, notamment pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et pourrait concerner l’ensemble des personnels. Comme le résume Bruno Dezile : « on ne lâchera rien ! ».
Shanyce MATHIAS ALI.


