Dans un communiqué publié ce mercredi 6 mai, l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte dévoile de nouveaux résultats issus de l’étude EpiMay 2024, menée en partenariat avec l’Observatoire régional de la santé (ORS) et l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Infirmiers de l’océan Indien. En toile de fond, l’objectif est de mieux comprendre l’état de santé de la population mahoraise.
Une enquête de santé déployée pendant deux mois sur l’île

Réalisée entre le 23 mai et le 12 juillet 2024, l’étude s’appuie sur un échantillon de 1.400 ménages tirés au sort à travers tout le territoire de Mayotte. Elle combine des questionnaires et des prélèvements sanguins effectués par des infirmiers.
« Elle permet de mieux connaître l’état de santé de la population et de renforcer les données de santé publique disponibles localement », précise l’ARS. Au total, 1.400 personnes ont participé à cette étude, avec des analyses croisées entre données biologiques et informations socio-démographiques et comportementales.
Après des premiers résultats sur l’immunité vaccinale et les addictions, l’agence sanitaire met désormais en avant deux problématiques majeures : la drépanocytose et l’hépatite A.
La drépanocytose, une maladie très répandue mais souvent méconnue
L’étude révèle que 4 % des personnes de l’étude, âgées de 18 ans ou plus, sont drépanocytaires, une maladie génétique héréditaire particulièrement répandue à Mayotte. Pourtant, elle reste insuffisamment connue puisqu’ « un adulte sur cinq n’en a jamais entendu parler », révèle l’enquête, et « la très grande majorité des porteurs sains ignore son statut ».
Pourtant, chaque année, « près de 600 enfants sont identifiés comme porteurs sains à la naissance à Mayotte », insiste l’ARS. Face à cet enjeu, considéré comme « majeur », le dépistage est systématique chez les nouveau-nés. L’autorité de santé affirme que, depuis le 1er novembre 2024, ce dépistage est « désormais généralisé à l’ensemble du territoire national ».
La prévention, un levier essentiel

Dans ce contexte et sur appui de ces données, l’agence de santé insiste sur l’importance de la prévention. L’ARS recommande notamment « de s’informer », « de se faire dépister » en réalisant une prise de sang et « d’en parler » au sein d’un couple en couple, en raison des risques pour deux parents porteurs sains, de transmettre la maladie à leur enfant. « Si les deux parents sont porteurs sains, l’enfant peut développer la maladie », explique l’ARS.
Une action de dépistage d’envergure est d’ailleurs prévue : « une action flash de dépistage sera organisée la semaine du 19 juin 2026 au Centre hospitalier de Mayotte avec la réalisation de 500 tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) ».
« 90% de la population présente des anticorps contre l’hépatite A »
Autre sujet phare de l’étude épidémiologique : la forte circulation passée du virus de l’hépatite A sur le territoire. Selon les données transmises par l’ARS, « 90 % de la population présente des anticorps contre l’hépatite A ». Une immunité qui « traduit majoritairement des infections contractées au cours de la vie plutôt qu’une vaccination ».
L’ARS estime que cette situation s’explique par « des conditions d’hygiène parfois précaires » des habitants vécue depuis plusieurs années, mais aussi « des difficultés d’accès à l’eau potable », d’où « une circulation ancienne et importante du virus sur le territoire ».
La maladie, rappelons-le, se transmet par voie voie oro-fécale, par « l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés ». Si l’ARS déclare que l’hépatite A est une maladie « le plus souvent bénigne » et peut entraîner « une fatigue importante pendant plusieurs semaines », mais plus rarement « des formes sévères ».
Pour certains publics, la vaccination est recommandée, notamment pour « les personnes venant de France hexagonale ou de zones peu exposées », des personnes soumises à des voyages, ou les personnes à risque.
Une problématique sanitaire et des enjeux structurels d’accès à l’eau potable
Au-delà des comportements individuels, l’ARS souligne que la prévention de l’hépatite A « s’inscrit dans un enjeu plus large d’amélioration de l’accès à l’eau potable et des conditions d’hygiène sur le territoire ». Pour s’en prévenir, l’autorité sanitaire recommande notamment d’appliquer « un lavage régulier des mains », « de consommer de l’eau potable », « de privilégier les aliments bien cuits » mais aussi « de laver et éplucher les fruits et légumes », etc.
Ces données recueillies ont pour objectif « d’adapter les politiques de santé publique », « d’orienter les actions de prévention et de dépistage » et de « mieux cibler les interventions » de santé publique.
Mathilde Hangard


