Bureaux défenestrés, mobilier à terre complètement détruit, infiltrations d’eau dans la majeure partie des salles : voilà ce qu’il restait des services de la Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de Mayotte après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024.

Un an et quatre mois plus tard, ce lundi 4 mai, l’inauguration des nouveaux locaux (ou plutôt des locaux réparés) a permis de tourner officiellement la page « Chido » pour les 70 personnes qui travaillent au sein de ce service de l’État à Mamoudzou (Ndlr, 30 agents sont également présents à Malamani), ainsi que pour sa nouvelle directrice, Nafissata Mouhoudhoire.
« Délocalisés jusqu’à présent à Kawéni, les agents avaient à cœur de retrouver leur bâtiment emblématique », souligne Nafissata Mouhoudhoire.
Une histoire récente mais riche, au rythme des évolutions du territoire
Service déconcentré de l’État, la DEETS est notamment chargée de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale. À Mayotte, elle joue un rôle central face aux enjeux de chômage, de précarité et de développement économique du territoire.
Créée le 7 juillet 1987 à Dzaoudzi, sous le nom de Direction territoriale pour l’emploi (DTE), la DEETS n’a rejoint Grande-Terre et Mamoudzou qu’à partir du 16 décembre 2006, dans les locaux actuels, situés à quelques encablures de l’Hôtel de Ville, rue Foundi Moinecha Mognedaho. Depuis, le service et ses agents ont traversé plusieurs réformes de l’État et de la départementalisation du territoire, voyant leurs missions s’agrandir dans les années 2010, notamment aux domaines des finances, du travail et de la consommation, puis en 2021, lorsqu’elle a pris le nom de DEETS en intégrant les volets dédiés à la cohésion sociale et aux solidarités.

Une histoire récente mais riche, directement associée à son bâtiment. « Ces bureaux marquent la continuité de la DEETS et permettent la transmission d’une histoire dont nous sommes tous les héritiers », remarque Sitti Zoubert, animatrice au sein de la DEETS, où elle a fait toute sa carrière depuis la mise en place de l’institution à Dzaoudzi. « Ce bâtiment a été pensé pour accueillir le public dans les meilleures conditions et il est au cœur de nos missions. Le cyclone Chido a durement frappé Mayotte et n’a pas épargné nos locaux. Nos habitudes et nos repères ont été bouleversés, mais la force de nos équipes a permis d’assurer la continuité du service public. Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement des murs réparés, mais tous les agents. Car une chose n’a pas changé : notre volonté de servir Mayotte et ses habitants », insiste-t-elle.
« Le fait de retrouver ce bâtiment en état fonctionnel a une signification particulière : celle de la continuité », poursuit le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville. « Les Mahorais et les Mahoraises doivent avoir confiance en une chose : la force de l’État à Mayotte. J’en suis fier. Cela montre la capacité à faire preuve de résilience ».
Une première historique pour Nafissata Mouhoudhoire

Mais pour le préfet, au-delà du bâtiment, ce moment était aussi l’occasion de féliciter la nouvelle directrice, Nafissata Mouhoudhoire, première femme mahoraise à la tête d’un service déconcentré de l’État. Une « fierté », là encore, pour François-Xavier Bieuville. « Nafissata incarne elle aussi un symbole, celui des femmes mahoraises, et c’est pour moi le signe de la renaissance de ce territoire après Chido, et de son avenir ».
« Pendant mon séjour à Mayotte, je m’efforçais de faire en sorte que la société mahoraise entre de plus en plus dans le champ du droit et de la loi, que Mayotte se normalise (ndlr : au sens législatif) sans cesse pour être pleinement un département français. Et, au fond, le faire avec une représentante native permet d’aller plus loin, de briser les plafonds de verre. », ajoute François-Xavier Bieuville, à quelques jours de son départ.

« Être à la tête de la DEETS, c’est une fierté, un signal fort, mais c’est aussi une nomination qui m’engage », reconnaît Nafissata Mouhoudhoire. « Beaucoup de chantiers sont devant nous, dont celui de la convergence sociale, et notamment l’accompagnement des entreprises. Il faut aussi continuer nos efforts sur le dialogue social pour permettre de régler les conflits. Il y a des enjeux de développement économique à travers les filières d’avenir comme le BTP et le tourisme », poursuit la directrice. « La DEETS est l’un des rares services à se situer à la croisée de toutes les politiques publiques. Il faut que les millions d’euros qui arrivent sur le territoire après Chido servent réellement Mayotte et la création d’emplois ».
Victor Diwisch


