Si vous habitez dans la commune de Koungou, vous avez peut-être aperçu ses œuvres sur la plage, des immenses fresques à motifs géométriques ou bien des portraits tracés à même le sable avant que la mer ne les emporte avec elle. L’homme derrière ces créations est Paterson Koffi, un professeur d’arts plastiques ivoirien installé à Mayotte depuis un an et demi.
“J’étais sur la plage, le paysage était comme un support de papier”

Formé aux Beaux-Arts d’Abidjan et à l’université de Saint-Etienne, Paterson Koffi est adepte de la peinture, du dessin et de la photographie. Mais arrivé à Mayotte, il se rend compte que “le matériel pour peindre des toiles coûte très cher” et il ne trouve pas le format qu’il souhaite. Difficile donc de pratiquer son activité. Un jour, l’idée lui vient d’utiliser le sable comme ressource. “J’étais sur la plage de Koungou, la marée était basse, le paysage était comme un support de papier, j’ai essayé de faire des tracés et le résultat était intéressant”, se souvient-il. Depuis l’homme de 37 ans ne s’est jamais arrêté. Il passe une grande partie de son temps libre à réaliser ses œuvres à même le sable à l’aide d’un simple râteau.“Pendant les vacances scolaires, je viens quatre fois par semaine, la semaine en général deux fois”, raconte-t-il. Il a développé cette activité après le cyclone Chido quand toutes les activités et les loisirs étaient mis sur pause.
Inspiré des motifs du henné

Ses œuvres s’inspirent de motifs locaux, à l’image de ceux réalisés en henné sur les femmes ou de formes géométriques. Parfois il réalise des portraits de joueurs de football ivoiriens comme Didier Drogba ou Yan Diomandé. Le trentenaire utilise aussi son art pour mener des actions de sensibilisation avec les enfants de la commune. “ Une école primaire m’avait contacté, les élèves avaient travaillé sur la thématique de l’égalité femme-homme, quand ils sont venus à la plage, je leur ai demandé de traduire ce thème en dessin”.
Résultat : chaque élève a utilisé la plage comme une vaste feuille blanche pour laisser libre cours à son imagination et le professeur a tracé en immense lettres l’inscription : “l’égalité nous fait grandir”. Ses élèves du collège de Koungou ont pris l’habitude de le voir créer sur le sable. “Parfois, ils viennent m’aider à travailler, parfois ils viennent s’asseoir à côté et regardent, ils aiment bien regarder les images tournées par le drone.” En effet, depuis le sol on ne voit pas bien le rendu du dessin.. Une fois ses œuvres réalisées, le trentenaire les immortalise grâce à son drone avant de les poster sur ces réseaux sociaux. L’inscription “Gims” qu’il avait dessinée a notamment été partagée par le chanteur.
Organiser un festival de « beach art » ?

Selon Paterson Koffi, cette pratique offre aussi des vertus sociales. “Avec l’appui d’une mairie par exemple, on peut faire du « beach art » un espace de sensibilisation et de cohésion, parce que vu que ce sont des grandes surfaces sur lesquelles on peut dessiner, on peut inviter des associations”, estime-t-il. Il pense aussi que Mayotte présente “un potentiel” pour développer cette activité puisque chaque village ou presque possède une plage. “A l’instar de la course de pirogues, de la course de pneus, il pourrait y avoir un festival de beach art”, propose l’artiste qui se porte volontaire pour accompagner des collectivités pour organiser ce genre d’événements.
Une fois ses œuvres réalisées, le trentenaire les immortalise grâce à son drone avant de les poster sur ces réseaux sociaux. L’inscription “Gims” qu’il avait dessinée a notamment été partagée par le chanteur.
Pour suivre ses créations, son Facebook et son profil Instagram : @paterson_koffi_k88
Lisa Morisseau


