À plusieurs dizaines de mètres du large, au tombant corallien de Tahiti Plage, palmes aux pieds, masque et tuba sur le visage, le regard tourné vers les coraux, Youmna, étudiante en BTS Gestion et Protection de la Nature (GPN) au CFA–CFPPA de Coconi, note sur une plaquette en plastique les différents poissons qu’elle observe, parmi six familles distinctes : les gaterins, les perroquets, les mérous, les murènes, les lutjans et les napoléons.
Poissons, invertébrés et benthos

Ce mardi 21 avril, en début d’après-midi, la luminosité fait ressortir les couleurs des coraux et révèle les moindres recoins du récif, où se dissimulent de nombreux poissons. Certains, par curiosité ou pour se défendre, n’hésitent pas à s’approcher au plus près de l’étudiante, qui évolue à faible profondeur à marée basse.
Avant de passer le relais à l’un de ses camarades, elle doit parcourir 25 mètres le long d’un transect de 100 mètres : une ligne de référence matérialisée ici par un long et fin mètre blanc, utilisée pour échantillonner de manière rigoureuse la faune et la flore marines dans une zone donnée.

Un peu plus loin, derrière elle, Dieuveut se concentre sur le benthos, autrement dit les substrats marins qui tapissent le fond du lagon. Muni lui aussi d’une plaquette, il consigne ses relevés : zones sableuses ou vaseuses, terrains colonisés par les algues, mais aussi présence de coraux morts ou de déchets en tout genre. Enfin, un troisième étudiant se consacre aux invertébrés, comme les oursins, les langoustes ou encore les holothuries, couramment appelées concombres de mer.
En croisant ces trois composantes de l’écosystème récifal – poissons, benthos, invertébrés – il s’agit d’obtenir une photographie du milieu à un endroit donné, à l’instant T, afin d’en évaluer le niveau de santé écologique. Une démarche qui exige concentration, coordination et équilibre pour maîtriser à la fois la nage, le repérage et la prise de notes, ainsi que de solides connaissances scientifiques sur la faune et la flore.
Un encadrement par des professionnels du Parc naturel marin

Un exercice grandeur nature et une surveillance du récif corallien inédite pour les dix étudiants en BTS présents ce matin, qui s’inscrit dans le cadre du programme Reef Check, un dispositif mondial d’étude participative des récifs coralliens, géré par l’association Service de Plongée Scientifique (SPS) à Mayotte et piloté par le Parc naturel marin sur le volet sensibilisation. À Mayotte, quinze stations réparties sur l’ensemble du territoire sont suivies chaque année dans le cadre de ce programme, actuellement en cours de restructuration.
Tout au long de la journée, les étudiants ont été encadrés par des agents du Parc naturel marin de Mayotte, un maître-nageur et un moniteur de plongée. La matinée a débuté par une prise en main du matériel — palmes, masque et tuba — ainsi que des équipements de suivi.

Certains ont rencontré des difficultés, notamment une des étudiantes qui ne sait pas nager. Mais l’activité, pensée de manière non stigmatisante, a permis à tous d’oser se jeter à l’eau et de découvrir la vie sous-marine à proximité du rivage. Une expérience qui a suscité l’envie de progresser en natation.
Après un repas partagé, ils ont été briefés sur le protocole d’observation à respecter et les différentes espèces à trouver parmi les coraux.
« En notant les différentes espèces de poissons, le substrat, le corail, la roche ou les crustacés, on peut avoir une idée de l’état de santé du corail. Si par exemple, on remarque trois espèces de poisson à un endroit, on le compare avec les données précédentes pour voir son évolution et observer les tendances », souligne Louise Deshayes, chargée des publics adultes dans le cadre de la mobilisation citoyenne au sein du Parc naturel marin.
De la découverte du milieu à l’apprentissage du suivi scientifique, jusqu’à la sensibilisation

Les données récoltées ce mardi seront regroupées puis analysées avec les étudiants ce jeudi. Collectées dans un but exclusivement d’apprentissage, elles ne seront toutefois pas intégrées au relevé scientifique final de Reef Check.
« C’est la première fois que je vais voir le tombant dans le cadre d’un projet scientifique », remarque Dieuveut. « C’est important de savoir faire cela et très intéressant dans le cadre de ma formation, c’est un réel plus. À Mayotte, savoir protéger le corail, c’est la base et ça m’intéresse beaucoup ».

« J’ai déjà fait de la plongée dans le cadre de sorties scolaires mais là, c’est un tout autre exercice », ajoute Youmna. « Je suis ravie de participer à cet exercice et ça me donne envie de faire de l’animation auprès du grand public afin de faire connaître le récif et ses secrets au plus grand nombre. Je me dis que plus la population va connaître le lagon, plus elle va le protéger, et peut-être même que d’autres personnes l’aimeront », observe-t-elle. « Les coraux, c’est emblématique pour nous à Mayotte ».
Victor Diwisch


