« On ferme des classes mais on surcharge ailleurs », la colère des syndicats face au rectorat

Plusieurs organisations syndicales ont lancé un mouvement de grève de trois jours pour dénoncer une dégradation des conditions d’enseignement et un manque de moyens.

Mardi 21 avril au matin, devant le rectorat de Mayotte, environ 200 personnes se sont rassemblées à l’appel de plusieurs syndicats de l’Éducation nationale pour dénoncer des suppressions de classes, ainsi que des postes en moins dans le premier degré. Mais plus largement, une situation qu’ils jugent de plus en plus difficile sur le terrain dans un territoire où de nombreux enfants restent encore non scolarisés.

Sur les grilles de l’académie, les banderoles de la CFDT, de la FSU, de SUD et de l’UNSA donnent le ton. Dans la foule, des enseignants du premier degré, rejoints par des collègues du second. Tous partagent le même constat et le répètent tout au long de la matinée : la situation est « inadmissible ». Les manifestants dénoncent notamment la suppression d’environ 90 classes, alors même que les effectifs restent élevés dans de nombreux établissements.

Après un premier rassemblement devant le rectorat, les grévistes ont pris la direction du centre de Mamoudzou. Le cortège s’est d’abord arrêté au rond-point Zakia Madi, avant de rejoindre la mairie.

Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée

Sur place, les témoignages d’enseignants illustrent les difficultés évoquées. Haykale Abdou Ali, enseignant dans le premier degré à Mamoudzou, dit ne pas comprendre ces décisions. « Je trouve cette suppression de classe aberrante. Pour moi ce n’est pas la solution », explique-t-il.

Selon les syndicats, environ 15.000 enfants seraient non scolarisés sur l’île.

Dans sa pratique quotidienne, il décrit aussi un manque de moyens concrets : « Il m’arrive d’acheter du matériel à l’extérieur pour pouvoir mettre en place des activités avec les élèves ». Enseignant depuis 2014, le jeune homme affirme n’avoir constaté aucune évolution concernant les établissements sur le territoire, malgré tout, il continue de s’investir. « On s’investit comme on peut dans l’éducation des enfants, pour leur avenir. Je fais mon maximum pour qu’ils ne se rendent pas compte du manque de moyen », confie l’enseignant.

Pour lui, la mobilisation sur trois jours est aussi importante en tant que parent. « Je ne pourrais pas accepter qu’il arrive la même chose à mes enfants  », ajoute-t-il.

« 70% des élèves ne maîtrisent pas le français »

Rivomalala Rakotondravelo, secrétaire départemental de la FSU Mayotte, insiste sur les difficultés scolaires d’une grande partie des élèves. « 70 % des élèves ne maîtrisent pas le français. Il faut une politique qui tienne compte de cette situation », explique-t-il. Le syndicat dénonce des fermetures de classes décidées sur la base de moyennes nationales, sans prise en compte du contexte local. « On ferme des classes parce qu’on est à 20 ou 21 élèves, mais on les envoie dans d’autres classes surchargées ».

Initialement, une délégation syndicale devait être reçue par la rectrice.

Selon lui, les enseignants ne peuvent pas compenser seuls ces difficultés, notamment en l’absence de moyens spécialisés. La question de l’attractivité du territoire a également été posée : « 60 % des collègues du premier degré demandent à partir à La Réunion chaque année », souligne-t-il, appelant à des mesures pour stabiliser les équipes. Des revendications portées depuis plusieurs années par les syndicats, raison pour laquelle la mobilisation a été étendue à  trois jours, contre une seule journée habituellement.

Un manque de moyens dénoncé à tous les niveaux

Les manifestants sont aussi descendus dans les rues du chef-lieu pour montrer leur mécontentement.

Même constat du côté de la CGT Éduc’action, qui pointe des déséquilibres dans les effectifs selon les niveaux. « Pour la rentrée 2026, il faut un nombre conséquent de créations de classes en maternelle pour accueillir des élèves qui, la plupart du temps ne sont pas scolarisés à ce niveau-là », partage Bruno Dezile, secrétaire départemental de la CGT Éduc’action. Il évoque aussi des situations de « rotations », avec des classes où les élèves ne viennent que quelques jours par semaine. « Ce n’est pas acceptable », tranche-t-il, en soulignant les conséquences sur les parcours scolaires.

En plus des effectifs, les syndicats dénoncent un manque global de moyens matériels, à cela s’ajoutent des problèmes plus concrets dans certains établissements. « Ce qui est le plus alarmant, c’est l’hygiène et la sécurité dans les écoles, c’est vraiment déplorable d’apprendre dans ces conditions », dénonce Bruno Dezile.

Dans ce contexte de mobilisation, les échanges avec l’institution restent difficiles. Initialement, une réunion était prévue à 14h entre la rectrice de l’académie, Valérie Debuchy, et les syndicats, mais elle n’a finalement pas pu se tenir. D’après Rivomalala Rakotondravelo, la rectrice souhaitait limiter la délégation à cinq personnes, tandis que les syndicats en comptaient neuf. Aucun accord n’ayant été trouvé sur ce point, la rencontre a alors été annulée.

À propos de la réunion programmée jeudi avec le président du Département-Région, Ben Issa Ousseni, le préfet du département, François-Xavier Bieuville, ainsi que les élus locaux, les syndicats n’ont pas encore pris de décision. Ils hésitent entre y prendre part ou la boycotter.

Shanyce MATHIAS ALI.

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