Choléra à Mayotte : pourquoi les autorités restent en alerte malgré l’absence de cas

Un cas importé début 2025, aucun autre depuis. Alors que la maladie a disparu du territoire, les autorités sanitaires refusent de baisser la garde et redessinent la stratégie à suivre.

Depuis près d’un an, à Mayotte, le choléra ne circule plus. Aucun cas autochtone depuis l’été 2024, aucun nouveau signal depuis un épisode importé début 2025. Et pourtant, la vigilance reste maximale. Dans un avis rendu public il y a quelques jours, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) explique pourquoi la maladie continue de peser sur l’île : fragilités structurelles, pénuries d’eau, circulation régionale du vibrion cholérique. Pas de vaccination préventive, mais une préparation méthodique à une possible résurgence.

Un silence épidémiologique… fragile

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Le Centre hospitalier de Mayotte, seul établissement hospitalier de l’île, illustre la fragilité des infrastructures sanitaires à Mayotte, où la vigilance reste élevée malgré l’arrêt de la transmission locale du choléra.

« À date, le choléra ne sévit plus à Mayotte ». Le constat du HCSP est net. Le dernier cas contracté localement remonte au 12 juillet 2024. L’épidémie, survenue entre mars et juillet de cette année-là, avait touché 221 personnes et causé cinq décès. Depuis, la transmission autochtone s’est interrompue.

Mais ce silence n’est pas synonyme d’oubli. Santé publique France rappelle qu’« en 2025-S03, un cas importé de choléra, confirmé biologiquement, a été rapporté ». Les autorités ont immédiatement déclenché « les investigations et les mesures de prophylaxie », incluant vaccination et traitement antibiotique. « À date, il n’est pas rapporté de nouveau cas de choléra à Mayotte », précise l’agence.

Cet épisode isolé dit beaucoup de la situation actuelle : une maladie absente, mais jamais vraiment lointaine. Le HCSP insiste sur la vulnérabilité persistante du territoire, marqué par « de nombreux quartiers d’habitat informel » et des « pénuries en eau potable itératives ». À cela s’ajoute une exposition régionale constante, liée aux mouvements de population avec les Comores et l’Afrique continentale, alors même que la 7ème pandémie mondiale continue de se propager en Afrique de l’Est.

L’eau avant le vaccin

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Les vaccins contre le choléra sont prêts à être utilisés si nécessaire à Mayotte, mais la priorité reste l’accès à l’eau potable et l’hygiène pour prévenir la maladie, préconise le HCSP (photographie/DR/illustration)

Face à ce risque diffus mais réel, le message des experts est sans détour : « la mise en œuvre de la stratégie d’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (…) demeure la pierre angulaire de la lutte contre le choléra ».

Le HCSP rappelle que le renfort temporaire de l’accès à l’eau à la mi-2024 a joué un rôle déterminant dans le contrôle de l’épidémie, au même titre que la campagne vaccinale. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’agir dans l’urgence, mais de consolider ces acquis. Les autorités recommandent « d’amplifier les actions de communication en français et en langue vernaculaire », même en l’absence de cas.

Car le bénéfice dépasse largement le seul choléra. Les mesures dites « WASH » pour l’accès à l’eau, l’assainissement, et l’hygiène contribuent à prévenir « l’ensemble des infections liées au péril fécal », dont plusieurs restent endémiques à Mayotte : gastro-entérites virales, fièvre typhoïde, hépatite A. Dans ce contexte, le HCSP tranche clairement : il faut « s’abstenir de toute vaccination préventive, y compris pour les intervenants de 1ère ligne », tant que le choléra ne circule pas.

Se préparer à vacciner, sans vacciner à l’aveugle

Ainsi, la vaccination n’est pas écartée. Elle est simplement replacée à sa juste place : celle d’un outil de réponse, non de prévention systématique. En cas de résurgence, le HCSP recommande de s’appuyer sur les stratégies définies en avril et juin 2024, en ciblant prioritairement les intervenants exposés, les contacts de cas et les habitants des quartiers touchés.

A l’été 2024, l’ARS avait mené une campagne de vaccination dans plusieurs bidonvilles de l’île.

Le retour d’expérience de la campagne de 2024 a laissé des enseignements clairs. Sur les 35.810 personnes vaccinées, environ 70 % de la population cible, 85 % ont reçu le vaccin vivant atténué Vaxchora. Le vaccin inactivé Dukoral, plus contraignant, n’a presque jamais pu être administré selon son schéma complet. Or, « aucune donnée publiée ne permet de préciser la durée d’efficacité d’un schéma de Dukoral à une seule dose », efficacité jugée « nulle ou négligeable » au-delà de douze mois.

Quant à Vaxchora, les données disponibles restent limitées et le résumé des caractéristiques du produit indique qu’« aucune donnée n’est disponible sur l’intervalle de rappel ». Résultat : si le choléra réapparaissait, « les sujets antérieurement vaccinés devraient être vaccinés de nouveau », dans le cadre d’une revaccination, et non d’un simple rappel. Le HCSP appelle enfin à anticiper : constituer des stocks locaux de vaccins, assurer leur rotation, améliorer la traçabilité des vaccinations, mise à mal lors de la campagne de 2024 par les conditions de terrain et la fragilité des supports papier.

Mathilde Hangard

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