Inauguré en juillet 2025 pour sécuriser l'une des plages les plus fréquentées de l'île, le premier poste de secours de Mayotte n'est toujours pas pleinement opérationnel près d'un an plus tard. Derrière ce retard, experts et professionnels du sauvetage pointent des blocages réglementaires mais aussi un déficit de formation qui dépasse largement le seul cas de Sakouli.

À Sakouli, le premier poste de secours de Mayotte attend toujours ses sauveteurs

Inauguré en juillet 2025 pour sécuriser l'une des plages les plus fréquentées de l'île, le premier poste de secours de Mayotte n'est toujours pas pleinement opérationnel près d'un an plus tard. Derrière ce retard, experts et professionnels du sauvetage pointent des blocages réglementaires mais aussi un déficit de formation qui dépasse largement le seul cas de Sakouli.

Face au lagon, sur la plage de sable noir, le poste de secours de Sakouli domine toujours. Inauguré le 4 juillet 2025, le bâtiment devait incarner un tournant dans la sécurisation des baignades sur l’île. Près d’un an plus tard, les lieux donnent pourtant une impression d’abandon. La végétation a progressivement repris ses droits autour de la structure et aucun maître-nageur n’y assure de surveillance régulière.

Le contraste est saisissant. Pensé comme le premier poste de secours de maîtres-nageurs-sauveteurs du territoire, l’équipement devait devenir une vitrine de la sécurité balnéaire de Mayotte. Aujourd’hui, malgré une architecture encore valorisante et une vue imprenable face à l’îlot Bandrélé, le site reste inoccupé et le projet d’ouverture semble au point mort.

Un blocage réglementaire en suspens

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Le poste de secours de Sakouli sur la plage de Bandrélé, conçu pour surveiller les baigneurs, est toujours sans activité de surveillance effective, début juin 2026.

D’après plusieurs experts du secours aquatique et maîtres-nageurs impliqués dans les réflexions autour du dossier, l’un des principaux freins concerne l’absence de réglementation complète de la zone de baignade. Pour qu’un poste de secours puisse fonctionner dans des conditions conformes, encore faut-il que les espaces soient clairement définis. Des arrêtés municipaux doivent notamment préciser les secteurs réservés à la baignade et organiser leur cohabitation avec les autres usages du lagon.

Car à Sakouli, les activités sont nombreuses : baigneurs, canoë-kayak, paddle, kite-surf, embarcations de plaisance ou encore bateaux à moteur se partagent un même espace maritime. « Avant de surveiller efficacement une zone, il faut savoir précisément où les baigneurs sont autorisés à évoluer et comment les différents usages sont organisés », explique un professionnel du sauvetage ayant suivi le dossier. Selon plusieurs sources interrogées, ce travail réglementaire n’aurait toujours pas été finalisé, empêchant le déploiement complet du dispositif imaginé lors de l’inauguration.

« Le projet a été pris à l’envers »

Mayotte, poste de secours à Sakouli,
Laissé à l’abandon depuis un an, le poste de secours se recouvre progressivement de tags.

Mais pour certains spécialistes, les difficultés ne sont pas uniquement administratives. Plusieurs professionnels du secours aquatique estiment que la politique adoptée dès le départ s’est construite dans le sens inverse de la bonne conduite du projet. Les élus ont misé sur la construction de l’infrastructure avant de disposer des effectifs nécessaires pour la faire fonctionner. « Le projet a été pris à l’envers », commente un membre de la formation de maîtres-nageurs. « Il aurait fallu commencer par former des jeunes au BNSSA (ndlr, Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique), puis ouvrir progressivement les postes de secours », estime l’expert de sauvetage en mer.

« Aujourd’hui, on a un bâtiment, mais le nombre de sauveteurs reste insuffisant ». Le Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique constitue en effet le diplôme minimal permettant d’assurer la surveillance des plages. Or, Mayotte souffre depuis plusieurs années d’un manque important de personnels qualifiés dans ce domaine.

Lors de l’inauguration du poste en juillet dernier, les acteurs du secteur soulignaient déjà cette difficulté. À l’époque, seule une poignée de Mahorais disposaient des qualifications nécessaires pour exercer comme nageurs-sauveteurs. Et pourtant, pour assurer une surveillance régulière d’un site comme Sakouli, plusieurs professionnels sont pourtant nécessaires, notamment pendant les périodes de forte fréquentation, comme les week-ends ou les vacances scolaires.

Une difficulté qui commence dès l’apprentissage de la natation

Mayotte, poste de secours à Sakouli,
Les déchets s’accumulent sur le site du poste de secours dans des endroits inadaptés, alors que certaines zones ou constructions en bois, avaient été spécifiquement conçues et réservées au stockage des déchets provenant de la plage ou apportés par les courants marins.

Au-delà de la formation professionnelle, certains acteurs évoquent un problème plus profond encore : celui de l’apprentissage de la natation. Selon plusieurs maîtres-nageurs interrogés, de nombreux jeunes Mahorais arrivent à l’âge adulte sans maîtriser suffisamment la nage pour envisager par la suite une formation de sauveteur. « On ne peut pas former un BNSSA sans bases solides », explique un professionnel du secteur.

« Le sauvetage, ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Il faut être très à l’aise dans l’eau, avoir une bonne condition physique et maîtriser beaucoup de techniques. Quand on n’a pas appris à nager correctement quand on était enfant, c’est forcément plus compliqué de devenir maître-nageur plus tard. C’est une situation que l’on retrouve chez beaucoup de jeunes adultes à Mayotte », confie-t-il.

Une urgence face au risque de noyade dans un territoire tourné vers la mer

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Chaque année, la plage de Sakouli, très fréquentée, est le théâtre d’accidents et de noyades.

Le retard pris par le projet de Sakouli interroge d’autant plus que Mayotte est une île où la mer est omniprésente. Sur un territoire de seulement 374 km², le territoire compte 55 lieux de baignade recensés par l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte. Du nord au sud, la quasi-totalité des communes entretient un lien direct avec le littoral et le lagon, l’un des plus vastes et des plus remarquables au monde.

Ici, la mer n’est pas un décor : elle structure les déplacements, les loisirs, les habitudes. Mais cette familiarité s’accompagne d’un revers bien connu des acteurs du secours : les noyades restent un risque constant, presque banal dans le paysage local. Mayotte se distingue aussi par la jeunesse de sa population. Une donnée qui, selon les professionnels du sauvetage, augmente mécaniquement l’exposition aux accidents de baignade, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, très présents sur les plages.

Dans ce contexte, les carences s’additionnent. Apprentissage de la natation encore insuffisant auprès des jeunes, manque de structures adaptées, surveillance très inégale selon les sites… autant de failles qui, pour les spécialistes, rendent la question de la sécurité littorale difficile à traiter de manière globale.

C’est précisément là que le cas de Sakouli devient emblématique. Le poste de secours, présenté comme une première pierre à l’organisation de la surveillance des baignades dans le sud-est de l’île, reste aujourd’hui à l’arrêt. Et avec lui, l’idée même d’un encadrement structuré de ce littoral très fréquenté. Le projet est porté par la Communauté de communes du Sud de Mayotte (CCSud), en charge de l’aménagement et de la gestion des équipements littoraux, en lien avec la mairie de Bandrélé pour la réglementation et la délimitation des zones de baignade. Pourtant contactées par notre rédaction, la mairie renvoie vers la CC Sud, qui elle, à ce stade, n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

Mathilde Hangard

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