
Vêtues de leurs plus beaux salouvas roses, parées de leurs bijoux en or et le sourire aux lèvres, les femmes de Petite-Terre sont venues participer mercredi matin au Village santé placé sous le signe d’Octobre Rose. Mais derrière la bonne humeur et la musique, il y avait aussi quelques appréhensions.
Tout au long du parcours, les participantes ont échangé avec les différents professionnels présents, posé leurs questions, avant d’arriver à l’étape tant redoutée : le bus du Centre Régional de Coordination des Dépistages des cancers (CRCDC), où elles ont pu notamment bénéficier d’une palpation pour le cancer du sein, mais aussi d’un frottis réalisé avec une sage-femme.
« Ça crée un mouvement de solidarité »
Pour Leila Tava, vice-présidente du CCAS de Dzaoudzi-Labattoir, l’objectif de cette matinée était justement de faciliter l’accès à la prévention et au dépistage. Sur place, plusieurs partenaires étaient réunis : le CRCDC, Nariké M’sada, Endo Mayotte ou encore le CCAS de Pamandzi, notamment autour des addictions au tabac. Le cancer du sein reste au centre de la matinée, mais les participantes peuvent aussi parler de diabète, de santé sexuelle, ou encore d’endométriose.

Le fait de réunir tous ces professionnels au même endroit est aussi un moyen d’aider les femmes qui hésitent à faire le pas. « Ça crée un mouvement de solidarité parce qu’elles viennent entre elles, elles sont accompagnées », souligne-t-elle.
Elles savent aussi qu’en venant à l’ACL de Dzaoudzi-Labattoir, elles vont pouvoir trouver plusieurs professionnels de santé au même endroit et obtenir directement des réponses à leurs questions. C’est notamment ce qui a poussé Samira Baco, habitante de Labattoir, à venir. Elle a vu passer la communication sur les réseaux sociaux et a profité de l’occasion. « Ça fait un moment que je veux passer le cap et là tous les ingrédients sont réunis », raconte-t-elle.
Le dépistage malgré tout
Au CRCDC, les équipes prennent le temps d’expliquer aux femmes comment fonctionne le dépistage du cancer du sein, ainsi que le frottis. Faïzati Ali M’lamali, médiatrice santé, explique que toutes ne connaissent pas forcément le sujet, notamment celles qui viennent pour la première fois. « Il y en a qui ne connaissent pas du tout. Du coup, c’est notre rôle justement, nous les médiatrices, de les informer, de répondre à leurs questions et de les sensibiliser ».

Durant toute la matinée, elle a observé des femmes intéressées, mais qui pouvaient aussi avoir une certaine appréhension : la peur du dépistage, mais surtout celle du résultat, revenait dans les échanges, et ce peu importe l’âge. « Elles ont peur du résultat, elles ont peur du dépistage, mais elles finissent quand même par le faire », raconte-t-elle.
Pour la médiatrice, le fait d’aller directement vers les habitantes facilite aussi les choses. Elles peuvent être rassurées et comprendre que le dépistage permet justement de détecter une éventuelle anomalie afin de pouvoir être prise en charge le plus rapidement possible. Le parcours permet ainsi de franchir progressivement cette étape, dans une ambiance moins intimidante.
L’endométriose, un sujet dont on parle davantage
À quelques mètres, l’association Endo Mayotte profite également de cette matinée pour parler d’une autre maladie : l’endométriose.

Ce matin, plusieurs mamans sont venues se renseigner pour leurs filles. Une mère raconte que sa fille souffre de règles très douloureuses mais qu’elle n’a jamais consulté. Pour la responsable associative, ce type de situation doit justement pousser à demander un avis médical.
Des douleurs qui empêchent de se lever, d’aller à l’école ou au travail, des règles très abondantes ou des symptômes inhabituels qui reviennent régulièrement ne doivent pas être considérés comme quelque chose qu’il faut simplement supporter. « Il s’avère que si on ne soigne pas une endométriose très très profonde, on peut attraper le cancer du col de l’utérus », rappelle Abouchirou Moussa, directrice d’Endo Mayotte.
Pour faire passer le message, l’association a même préparé un jeu autour du « Mraha wa tso ». La participante doit trouver une stratégie pour « battre » la maladie. « Ne vous négligez pas, avoir une maladie ce n’est pas une honte », insiste-t-elle.
« Les maladies n’ont pas d’âge »

Fatima Boto, miss Koko Dzaoudzi-Labattoir 2026, est venue donner l’exemple. « On n’attend pas d’avoir mal, on vient, on fait les tests pour justement prévenir et éviter que ça soit pire ». Et comme le rappelle l’ambassadrice : « les maladies n’ont pas d’âge. La maladie ne choisit pas si c’est un noir ou un blanc, riche ou pauvre ».
Même si Octobre Rose met principalement l’accent sur le cancer du sein, ce Village santé aura donc permis d’aborder beaucoup plus largement la santé des femmes.
Shanyce MATHIAS ALI.


