Il est 6 heures, lundi matin, devant le lycée de la Cité du Nord, à Mtsangadoua. Quelques gendarmes mobiles sont déjà sur place. Deux heures plus tard, quatre militaires de la brigade territoriale de Mtsamboro viennent renforcer le dispositif. Entre-temps, une vingtaine d’élèves est arrivée de Longoni en autocar pour reprendre les cours.
Ils trouvent pourtant le portail fermé, et restent à l’extérieur de l’établissement, certains attendant devant le lycée, d’autres se réfugiant dans les boutiques voisines. « Ils n’ont pas pu rentrer dans le lycée, ils errent devant le lycée et les boutiques, désœuvrés », commente alors une professeure. Vendredi dernier, pourtant, la rectrice de Mayotte, Valérie Debuchy, avait annoncé leur retour en classe dès ce lundi, écrivant que « tous les élèves pourront ainsi reprendre le chemin de l’école », tandis que l’APECSN et la FCPE Mayotte appelaient également à la réouverture du lycée ce week-end.
Le blocage se poursuit malgré les discussions

Le maintien du blocage avait été annoncé dès samedi 26 septembre par l’intersyndicale, les représentants des personnels et les représentants des parents d’élèves du collectif « La voix des sans-voix ». Dans un communiqué, ils demandaient aux familles de ne pas envoyer leurs enfants au lycée. « Nous demandons instamment aux parents de ne surtout pas envoyer leurs enfants au lycée pour l’instant », écrivaient-ils.
Dans ce même texte, les représentants précisaient que les enseignants ne sont pas en grève, mais qu’ils « soutiennent pleinement et activement le mouvement de grève et de blocage initié par les parents d’élèves » et réclament un protocole de sortie de crise « rigoureux, chiffré et calendarisé ».
Ces déclarations intervenaient après plusieurs jours d’échanges avec des représentants de l’académie. Une rencontre avait notamment eu lieu mercredi 23 septembre, avec le directeur académique adjoint des services de l’Education nationale, puis des réunions s’étaient tenues, jeudi 24 et vendredi 25 septembre, avec le proviseur et les représentants de la communauté éducative.
Les réponses du rectorat, entre mesures annoncées et dossiers encore ouverts

Dans une lettre datée du même jour, la rectrice Valérie Debuchy annonce finalement que « dès lundi 28 septembre, tous les élèves pourront ainsi reprendre le chemin de l’école, selon l’organisation définie par l’établissement ». La rectrice y détaille également les mesures annoncées au cours de la semaine pour répondre aux demandes formulées par la communauté éducative.
Sur les moyens d’enseignement, elle rappelle que le lycée bénéficie déjà d’une « allocation complémentaire de 69 heures ». D’autres moyens restent « à l’étude », en fonction des besoins identifiés par les équipes et les corps d’inspection.
Les deux journées banalisées ont, écrit-elle, permis aux équipes « d’analyser les besoins des élèves, d’identifier les organisations pédagogiques pertinentes, et les situations dans lesquelles des groupes réduits ou des classes dédoublées apportent une plus-value pédagogique ». Dans l’attente de l’installation de quatre nouvelles salles, certains enseignements pourront donc être organisés en groupes réduits ou avec des dédoublements. Les autres cours resteront en classe entière. La rectrice précise que cette période transitoire doit permettre de « préparer le retour au fonctionnement en classe entière ».
Sur les infrastructures, quatre salles supplémentaires doivent être installées d’ici la fin de l’année civile, soit en décembre 2026. Deux blocs sanitaires, comprenant chacun six toilettes, sont également prévus. Pour la future rentrée scolaire de 2027-2028, le rectorat annonce « 8 à 11 salles modulaires et 40 toilettes », ainsi qu’un projet accompagné par la CARDIE doit par ailleurs permettre de construire « une réponse pédagogique différenciée ». Il pourra également être envisagé de « réduire les effectifs dans plusieurs classes », en fonction des besoins, avec un accompagnement pluriannuel des corps d’inspection.
Sur les personnels, deux emplois « PEC » ont déjà été accordés et deux autres peuvent être mobilisés. Pour les cours d’éducation physique et sportive, le rectorat indique travailler avec les équipes mobiles de sécurité, les forces de l’ordre et la collectivité territoriale pour renforcer la sécurité.
Deux dossiers restent toutefois particulièrement ouverts. Le premier concerne le plateau technique de la voie professionnelle. La rectrice indique que plusieurs solutions sont étudiées pour assurer la continuité des enseignements pratiques et des certifications, parmi lesquelles « une plateforme extérieure », une « possible mobilisation d’Erasmus+ » ou encore l’étude d’une « période de certification dans l’académie de Lille ». Les possibilités de restaurer la plateforme du lycée du Nord sont également examinées. Un point doit être fait avant les vacances d’octobre 2026, après un « inventaire exhaustif des installations ante/post Chido ».
Le second concerne la restauration scolaire. Le projet de réfectoire doit être inscrit dans le prochain « contrat de convergence et de transformation ». En attendant, le rectorat étudie la possibilité de faciliter, « dans des conditions sécurisées », l’accès des élèves aux points de vente situés à proximité. Une équipe doit se rendre sur place avant les vacances d’octobre, pour évaluer la faisabilité de cette solution et les aménagements nécessaires.
Dans son courrier, la rectrice reconnaît d’ailleurs que « ces avancées ne signifient pas que toutes les difficultés rencontrées par le lycée du Nord sont aujourd’hui résolues ». Elle cite notamment « la plateforme technique, les besoins supplémentaires en AED, la restauration ». Un comité de suivi mensuel doit permettre de suivre les engagements pris.
« Jusqu’à cet accord, la mobilisation reste totale »
Ces annonces n’ont pas conduit à la levée du blocage puisque l’établissement scolaire est resté fermé toute la journée, y compris pour les élèves de Longoni, qui avaient fait le déplacement en vain.
Dans un communiqué du 26 septembre, les représentants de l’intersyndicale, des personnels et des parents estiment que les réponses apportées « demeurent superficielles » et ne résolvent pas, selon eux, les problèmes qu’ils dénoncent en matière de sécurité, de mise aux normes, de restauration et d’infrastructures.
Désormais, si le blocage se poursuit jusqu’aux vacances d’octobre prochain, les élèves pourraient alors connaître une situation similaire à celle vécue après le passage du cyclone Chido, avec une durée d’interruption des cours comparable. Se posera alors la question du rattrapage des heures d’enseignement perdues et des compensations nécessaires pour les élèves qui passent notamment des examens cette année.
Mathilde Hangard


