Produire davantage, mais avec quelles terres et quelle eau ? C’est l’une des principales questions soulevées pendant l’examen du plan de souveraineté alimentaire à l’horizon 2036. Alors que certaines terres agricoles actuellement exploitées sont concernées par le projet du futur aéroport de Bouyouni et que l’accès à l’eau reste un enjeu majeur pour l’île.
« Nous ne pouvons pas d’un côté afficher l’ambition de renforcer notre souveraineté alimentaire et de l’autre artificialiser les terres agricoles sans mesurer précisément ce que nous perdons en capacité de production », a pointé Hélène Pollozec.
L’agriculture au cœur des priorités
Le plan de souveraineté alimentaire avait été adopté en 2023. Il a depuis été actualisé après les passages des cyclones Chido et Dikeledi. La nouvelle version, datant du 2 juillet dernier, fixe désormais une trajectoire jusqu’en 2036, avec plusieurs priorités : reconstruire les plantations agricoles, protéger le foncier agricole, mieux maîtriser la ressource en eau, structurer les filières végétales et renforcer l’accompagnement des professionnels.

Pour Hélène Pollozec, la question du foncier doit prendre en compte les conséquences du projet aéroportuaire. Le futur aéroport doit être construit sur un secteur où des terres agricoles sont actuellement exploitées. Si le projet se réalise, ces parcelles devront être libérées et ne pourront plus être utilisées pour la production agricole.
L’accès à l’eau est un autre point d’interrogation, pour les agriculteurs, l’augmentation de la production dépend directement de la possibilité d’arroser les cultures, sauf que la ressource est instable sur le territoire. « Nous ne pouvons pas fixer les objectifs de production que nous voulons sans sécurisation de la ressource en eau pour l’agriculture », a-t-elle souligné, en demandant quelles stratégies concrètes sont prévues pour garantir l’eau nécessaire au développement de la production agricole.
Des aides aux entreprises, mais quels résultats ?
Autre sujet économique examiné : l’attribution de subventions aux structures de développement économique, un rapport adopté à l’unanimité. Ces aides font suite à un appel à projets lancé après les observations de la Chambre régionale des comptes. Les structures retenues doivent donc accompagner les entreprises sur le terrain. Environ 10 millions d’euros sont consacrés chaque année à différentes actions en faveur des entreprises, avec notamment 300.000 euros par an pour la BGE.
La question du suivi des aides a toutefois occupé une place importante dans les débats. Pour Maymounati Ahamadi Moussa, conseillère de l’Assemblée de Mayotte, les structures financées doivent fournir davantage d’indicateurs afin de permettre à la collectivité de mesurer les effets réels des sommes engagées.

« Nous sommes justement dans ce travail de collecte de données, notamment avec l’ADIM qui aujourd’hui a cette mission. Pour les 10 ans de l’ADIM nous allons présenter tout un bilan global donc des actions sur l’ensemble des investissements qu’on a portés jusqu’à maintenant », explique Bibi Chanfi.
L’objectif est de mesurer les effets des aides sur l’emploi, la formation, l’accompagnement et la formalisation des entreprises. Sur les aides directes aux entreprises, 37 d’entre elles ont été retenues pour un montant d’environ 2,1 millions d’euros.
L’accise sur les carburants au cœur du débat
Ce rapport a également donné lieu aux échanges, dans un contexte de hausse des prix à la pompe. Le texte prévoit de fixer le tarif fiscal à 54 euros par hectolitre pour l’essence et à 34 euros pour le gasoil, soit 54 centimes et 34 centimes par litre. Autrement dit, ces montants correspondent aux taxes appliquées à chaque litre de carburant, et non au prix total payé à la station.
Un tarif réduit de 5 euros par hectolitre, soit 5 centimes par litre, est également prévu pour le gasoil non routier. Pour Bibi Chanfi, il s’agit avant tout de régulariser la situation juridique et de maintenir les niveaux de tarifs existants, sans augmenter la fiscalité.

« Que coûterait au budget de la collectivité une baisse de cinq à dix centimes par litre ? », a demandé Hélène Pollozec, en s’interrogeant également sur la possibilité de répercuter cette baisse sur le prix payé par les consommateurs. Pour rappel, le prix de l’essence est d’environ 2,05 euros le litre.
Cette fiscalité représente environ 34 millions d’euros de recettes pour la collectivité. Pour l’élue, il ne s’agit pas de supprimer cette recette, mais de réfléchir à la manière dont ce levier peut être utilisé pour réduire légerement le coût sur le porte-monnaie des mahorais.
Au-delà de ces débats sur les dépenses, les élus ont également examiné le rapport d’activité et financier 2025, qui permet de mesurer les moyens mobilisés par la collectivité. Le Département affiche un résultat de clôture excédentaire de près de 91 millions d’euros, pour 696 millions d’euros de dépenses. Les dépenses d’équipement atteignent de leur côté 231 millions d’euros, en hausse de 13 % par rapport à 2024.
Shanyce MATHIAS ALI.


