12 mineurs pour 10.000 habitants : c’est le taux estimé de jeunes concernés par la prostitution à Mayotte, soit deux fois plus qu’à La Réunion. Ce chiffre ressort d’un bilan récent consacré à la prostitution des mineurs et des jeunes majeurs. C’est dans ce contexte que les élus du Département-Région ont adopté, lors de la séance plénière ce vendredi, le rapport relatif à la stratégie départementale de prévention et de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.
Pour Madi Moussa Velou, vice-président de l’Assemblée de Mayotte chargé de l’action sociale, cette adoption vient surtout renforcer un travail qui existe déjà. « Depuis des années, on prend en charge la question de la prostitution et la question surtout des grossesses précoces avec des politiques d’aide à l’enfance », rappelle-t-il.
Prévenir avant de signaler

Pour le vice-président, la prévention reste l’un des principaux moyens d’action. Elle passe notamment par la PMI et son service d’éducation à la sexualité et à la santé, qui existe depuis plus d’une dizaine d’années. « On fait beaucoup, beaucoup de prévention, et ‘d’aller vers’ dans nos différents quartiers », explique-t-il.
Les équipes interviennent dans les écoles, les madrasas, sur les places publiques, mais aussi directement dans les PMI. L’objectif est de toucher les jeunes et les familles directement sur leurs lieux de vie, avec des actions de prévention autour de la sexualité et de la santé. Le Département veut aussi mieux s’appuyer sur les informations dont disposent ses services. L’Observatoire départemental de la protection de l’enfance possède notamment des données qui ont participé à l’évolution des politiques menées sur ces questions.
« Ces données nous ont beaucoup aidés pour réorienter et travailler notre politique sur la question de sexualité, de prévention et surtout de protection des mineurs ».
« La répression » aussi
La prévention n’est pas le seul volet de la stratégie, la collectivité veut pouvoir agir lorsqu’un agent est mis en cause pour des faits de violences ou de harcèlement sexuels. Depuis deux ans, elle dispose notamment d’une direction consacrée à la qualité de vie au travail, avec un psychologue, des spécialistes et des juristes pour accompagner ses agents.
« Nos agents se sont vraiment appropriés cette direction de qualité de vie au travail », explique Madi Moussa Velou.
Il cite notamment un cas traité par le Département : celui d’un agent qui avait reconnu avoir eu des rapports sexuels avec une mineure de 16 ans. « On a dû le radier de la fonction publique territoriale alors qu’il avait fait une quinzaine d’années d’exercice », raconte-t-il. Pour le vice-président, la réponse doit donc se faire sur plusieurs niveaux. « La prévention, c’est l’arme la plus importante et bien entendu, la répression ».
Des kits pour les familles les plus précaires
L’autre dossier social adopté pendant cette séance concerne cette fois l’aide matérielle aux personnes les plus démunies. Les élus ont approuvé à l’unanimité la demande de co-financement auprès du Fonds social européen Plus (FSE+) pour mettre en place ce programme au sein des PMI de l’île.
Là encore, le projet part d’une réalité observée directement par les équipes : « nous recevons un peu plus de 15.000 personnes dans nos PMI et nous avons aujourd’hui constaté que beaucoup ont des situations sociales, économiques très précaires », confie Madi Moussa Velou.
L’objectif est de proposer différents kits en fonction de l’âge des enfants, mais aussi pour les femmes et les nourrissons. En 2025, selon les chiffres avancés par le vice-président, un peu plus de 9.000 enfants de 0 à 6 ans ont été suivis, ainsi que 5.500 femmes et 7.000 nouveau-nés.

« L’équipe qui gère les nouveau-nés et nourrissons pourra proposer un kit hygiène enfants de 2 à 4 ans et plus de 4 à 6 ans, et un kit hygiène femme ».
Dans ces kits, le Département prévoit notamment des produits de base pour l’hygiène, une brosse à dents pourra par exemple être fournie aux enfants. « Beaucoup d’enfants n’ont pas la possibilité juste de se brosser correctement les dents », explique-t-il.
Mais les besoins rencontrés dans les PMI vont parfois au-delà de l’hygiène. « Malheureusement, on a des gens qui viennent nous demander des serviettes hygiéniques. On a aussi des personnes qui viennent des fois dans des situations très compliquées avec des enfants mal nourris, qui demandent du lait, des couches », raconte le vice-président.
Pour financer ce dispositif, la collectivité va bénéficier d’une aide représentant 85 % du projet auprès du FSE+.
Shanyce MATHIAS ALI.


