Aussitôt votée, la création de l’EPIC est saluée par les salariés du port de Longoni, qui alertent néanmoins sur l’état actuel du site, marqué par des infrastructures dégradées et de nombreux engins en panne.

« On retrouve notre port », la satisfaction des salariés de Longoni après le vote en faveur de l’EPIC

Aussitôt votée, la création de l’EPIC est saluée par les salariés du port de Longoni, qui alertent néanmoins sur l’état actuel du site, marqué par des infrastructures dégradées et de nombreux engins en panne.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la nouvelle parvienne aux salariés du port de Longoni, qui, dans une ambiance musicale et avec des sourires sur les visages, ont célébré, peu avant 12 h, l’adoption par le Département-Région de Mayotte de la création d’un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), appelé à succéder à la délégation de service public de Mayotte Channel Gateway.

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Un salarié célèbre la décision des élus du Département-Région d’acter la création de l’EPIC. Victor Diwisch / JDM.

Quelques heures plus tôt les salariés avaient pourtant installé des engins de manutention entre les quais afin de bloquer totalement les entrées et sorties de marchandises au port de Longoni, dans le cadre d’un préavis de grève de 24 heures, reconductible, déposé par le Syndicat général des travailleurs des ports de Mayotte – CGT Mayotte, afin de faire pression sur les élus pour qu’ils votent en faveur de la création de cet établissement public, appelé à terme à faire évoluer le port de Mayotte vers le statut de grand port maritime.

« C’est une victoire ! On a gagné ! Nous allons débloquer le port, la grève est terminée ! », lance un salarié, gilet fluorescent sur le dos, au sein de la société Smart, spécialisée dans la manutention et la logistique portuaire. « On a le sentiment de retrouver notre port ».

À leur retour de l’hémicycle Younoussa Bamana, représentants syndicaux et salariés ont été accueillis sous le préau du siège de l’entreprise. Certains sont venus en voiture depuis le port, d’autres en scooter, tous tenus de ne pas manquer ce moment qu’ils qualifient d’historique.

« Une grande décision pour nous »

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Madi Malidi, secrétaire du CSE Terminal Mayotte, représentant des salariés de la zone de manutention et d’exploitation du port. Victor Diwisch / JDM.

Si l’ordre du jour de la séance portait sur la création de l’établissement public du port de Mayotte, et non sur le maintien de la délégation de service public assurée par Mayotte Channel Gateway et sa directrice Ida Nel, de nombreux salariés y ont vu la fin actée de la gestion par MCG. Une interprétation qui reste toutefois suspendue, la société ayant fait appel de la décision.

« C’est une grande décision pour nous qui avons vu au fil des années les manquements au port de Mayotte », insiste Madi Malidi, secrétaire du CSE Terminal Mayotte, représentant des salariés de la zone de manutention et d’exploitation du port. « Les dividendes ne seront plus reversés à des tiers, il y aura, je l’espère, plus de transparence », ajoute un salarié, estimant qu’auparavant « Ida Nel fixait les prix » et que les agents n’avaient pas accès à certains équipements depuis des années.

D’autres salariés dénoncent également le fonctionnement du site sur la durée de la délégation. « On ne s’occupait que de décharger les conteneurs des bateaux, puis c’est tout. La prise en charge du contenu et la livraison passaient jusqu’à présent par MCG. Une gestion qui n’existe nulle part ailleurs », souligne un représentant.

Mais si tous se disent satisfaits de voir s’ouvrir une nouvelle étape, les salariés alertent aussi sur l’état du port. « Tous les biens de retour sont caducs. Elle a fait en sorte que, dès que la délégation de service public se termine, le port soit ingérable », estime Madi Malidi, évoquant des engins en panne et des grues endommagées.

« Le port n’est pas en état, rien n’est aux normes »

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Des rochers sur le terre-plein du port de Longoni. Victor Diwisch / JDM.

« Actuellement, le port n’est pas en état, il faut insister là-dessus. Rien n’est aux normes », ajoute un salarié. Il cite notamment des zones de stockage utilisées pour des véhicules neufs et des matériaux laissés à l’abandon, comme des rochers, ainsi que des aménagements récents réalisés sans explications claires.

Sur le plan social, les représentants du personnel pointent également des lacunes anciennes, notamment l’absence de véritables négociations annuelles sur les salaires et les conditions de travail. « Les collègues n’ont jamais eu de discussions annuelles sur ces sujets », rappelle Madi Malidi. Malgré ces difficultés, les salariés affichent leur volonté d’accompagner la transition. « L’EPIC va reprendre le port avec des difficultés, mais nous, Mahorais présents, sommes prêts à relever le défi. Un grand port maritime, c’est un avenir serein pour Mayotte ».

La déception vis à vis des Femmes Leaders

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Selon plusieurs salariés, la période de gestion de Mayotte Channel Gateway s’est accompagnée d’un recours important à une main-d’œuvre extérieure. Victor Diwisch / JDM.

Syndicats et salariés font également part de leur déception face à la posture des Femmes Leaders, opposées au projet de grand port maritime. « Avant l’arrivée d’Ida Nel, elles étaient à nos côtés pour que les Mahorais gardent la main sur le port », remarque un syndicaliste. Il évoque des mobilisations passées menées ensemble, parfois très symboliques. « C’est elles qui nous ont conseillé d’acheter trois bœufs et de les tuer pour faire une opération choc, on a aussi fait des maoulida shengué avec elles. Comment se fait-il que ces personnes qui étaient là avec nous soient contre l’EPIC ? ».

Face à l’argument des Femmes Leaders, qui défendent une gouvernance du port davantage maîtrisée localement et dénoncent une reprise progressive de l’infrastructure par l’État, qu’elles estiment contraire aux intérêts mahorais, les salariés expriment leur exaspération. Certains rappellent notamment que, selon eux, la période de gestion de Mayotte Channel Gateway s’est accompagnée d’un recours important à une main-d’œuvre extérieure, notamment comorienne, plutôt qu’à l’emploi local.

Au-delà des débats sur la création de l’EPIC et l’avenir de la gouvernance du port de Longoni, une mobilisation interne se poursuit également sur les questions salariales. Les salariés évoquent notamment la remise en cause d’une prime dite « Macron », ou prime de partage de la valeur, habituellement versée autour de 1.500 euros. Une baisse du montant proposé suscite l’incompréhension et le mécontentement. Une mobilisation est prévue en interne, « qui n’aura pas d’impact sur le fonctionnement du port », assure un salarié.

Victor Diwisch

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