L’accès aux soins, la scolarisation, l’accompagnement des familles, l’insertion professionnelle ou encore le manque de structures adaptées : les sujets n’ont pas manqué lors de la première Conférence territoriale du handicap.
Les chiffres présentés au cours de la matinée donnent une idée de l’ampleur des enjeux. À Mayotte, 20,6 enfants sur 1.000 seraient identifiés en situation de handicap, contre 4,3 à l’Hexagone. En 2025, 1.357 dossiers ont été déposés auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), qui enregistre aujourd’hui près de 30 nouvelles demandes chaque semaine.
Des enfants encore sans solutions adaptées
La situation des enfants sans solutions adaptées a également occupé une large place dans les échanges. Selon le président de l’Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousséni, 56 enfants en situation de handicap sont accueillis dans le cadre de la protection de l’enfance, dont 46 placés faute de structures spécialisées disponibles. Ces jeunes présentent des profils très différents, allant des troubles du spectre de l’autisme aux déficiences intellectuelles en passant par des troubles du comportement. Parmi eux, 24 sont toujours en attente d’un diagnostic.

Autre difficulté : le manque de formation des familles d’accueil. Sur les 50 assistants familiaux mobilisés sur l’île, seuls sept auraient bénéficié d’une formation spécifique au handicap, alors qu’ils accompagnent parfois des jeunes ayant des besoins particulièrement lourds.
« Cette situation n’est pas satisfaisante pour les enfants concernés », ont rappelé plusieurs intervenants.
Le Directeur général de l’ARS Mayotte, Étienne Billot, a souligné que de nombreuses actions avaient été engagées sur le territoire, même si les besoins demeurent importants. « Les familles sont la première réponse de proximité pour accompagner les personnes en situation de handicap. Il faut absolument les soutenir », évoquant plusieurs pistes comme les accueils de jour, les familles relais, la formation ou encore l’accompagnement psychologique.
Des besoins qui restent importants
Dans les écoles aussi, les difficultés sont visibles. Une enseignante de Koungou a partagé son quotidien. L’année dernière, elle s’est retrouvée avec cinq élèves présentant des signes d’handicap mental. Certains avaient déjà été signalés depuis plusieurs années mais restaient toujours en attente de notification.
L’enseignante a également alerté sur le manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et sur les conséquences pour les équipes pédagogiques. Dans des classes pouvant compter jusqu’à trente élèves, la gestion quotidienne devient parfois très difficile lorsqu’un ou plusieurs enfants nécessitent une attention constante. « On fait de notre mieux, mais nous avons aussi besoin d’aide », a-t-elle confié.

Autre point important, l’insertion professionnelle des adulte. Sur l’île, les dispositifs dédiés se développent progressivement. Bibi Échati Moussa, directrice des établissements et services de la fédération Apajh (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés) à Mayotte, rappelle que la première entreprise adaptée du territoire n’a vu le jour qu’en 2022.
Un établissement et service d’aide par le travail (ESAT) est actuellement en cours de déploiement afin de permettre à des personnes en situation de handicap d’accéder à une activité professionnelle adaptée. Mais là encore, les défis restent nombreux : « c’est des personnes qui souvent n’ont pas été scolarisées. Donc il faut reprendre beaucoup de choses comme l’alphabétisation ».
Des investissements attendus
Cette conférence a aussi permis de rappeler les moyens financiers mobilisés ces dernières années. Le 19 février 2025, l’État, l’Agence régionale de santé et l’Assemblée de Mayotte ont signé une convention prévoyant un investissement de 70 millions d’euros sur la période 2024-2030. Plus de 43 millions d’euros seront consacrés spécifiquement au développement de nouvelles solutions pour les personnes en situation de handicap.

Ces financements doivent permettre la création de nouvelles structures médico-sociales, le renforcement des équipes professionnelles ainsi que le soutien aux aidants.
Dans les prochains mois, le Département prévoit également le lancement du Service public départemental de l’autonomie et de la future Maison départementale de l’autonomie. « Le but est d’améliorer la coordination entre les différents acteurs et de simplifier les démarches pour les familles », explique Bibi-Hadidja Toumbou, chargée de la mise en œuvre du schéma départemental de l’autonomie.
À l’issue de cette matinée, plusieurs thèmes semblent déjà se dégager : le soutien aux aidants, la prise en charge des enfants, l’accessibilité et l’insertion des adultes. Les contributions recueillies vont être synthétisées afin de faire émerger les trois priorités que Mayotte portera lors de la Conférence nationale du handicap prévue à la fin du mois de juin.
Shanyce MATHIAS ALI.


