À Mamoudzou, dans les quartiers de Cavani et de Mtsapéré, les équipes de la CADEMA interviennent régulièrement au milieu de dépôts sauvages qui réapparaissent parfois quelques minutes après leur passage. Malgré des opérations de nettoyage répétées, les agents décrivent une situation qu’ils peinent à enrayer. Un phénomène qui, au-delà des nuisances visuelles et olfactives, soulève surtout des enjeux de salubrité publique dans un contexte sanitaire déjà fragile sur l'île, confrontée au chikungunya et au paludisme.

« Parfois dix minutes après notre passage, les déchets sont de nouveau là ! »

À Mamoudzou, dans les quartiers de Cavani et de Mtsapéré, les équipes de la CADEMA interviennent régulièrement au milieu de dépôts sauvages qui réapparaissent parfois quelques minutes après leur passage. Malgré des opérations de nettoyage répétées, les agents décrivent une situation qu’ils peinent à enrayer. Un phénomène qui, au-delà des nuisances visuelles et olfactives, soulève surtout des enjeux de salubrité publique dans un contexte sanitaire déjà fragile sur l'île, confrontée au chikungunya et au paludisme.

Dans les ruelles de Cavani, comme de Mtsapéré, l’odeur de déchets ménagers se mêle à la chaleur humide de la journée. Des sacs éventrés, des gravats, des cartons détrempés et des plastiques enchevêtrés s’étalent au bord des routes et au pied des murs, parfois à quelques mètres seulement d’un site qui venait d’être nettoyé. Les équipes de la Communauté d’Agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA) y repassent une nouvelle fois, comme dans une boucle sans fin.

Des interventions sans fin face à des dépôts qui réapparaissent en quelques minutes

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Avec des gants, des casquettes et des vêtements couvrants pour se protéger de la chaleur intense, les agents interviennent sur un tas de déchets déposés illégalement à Mtsapéré, visiblement un peu lassés par la répétition de ces comportements.

« On revient toujours au même endroit », souffle un agent, gants aux mains, en charge du ramassage. « Il y a vraiment beaucoup de dépôts sauvages », ajoute-t-il, en observant la quantité de sacs déposés, entremêlés à des bâches. À ses côtés, un collègue ne cache pas son exaspération : « Ce n’est pas normal. Normalement, ce n’est pas à nous de ramasser ça tous les jours. Il faut que la population soit sensibilisée ». 

Car ces interventions répétées ne relèvent pas du fonctionnement habituel du service public de collecte, mais d’une réponse d’urgence à des dépôts illégaux. En France, le dépôt ou l’abandon de déchets sur la voie publique est interdit par le code de l’environnement et peut être sanctionné par des amendes pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, notamment en cas d’infraction constatée ou de récidive.

À Mayotte, si le cadre réglementaire est le même sur le papier, les acteurs locaux soulignent que la réponse repose davantage sur la prévention et la sensibilisation que sur la sanction. Dans plusieurs quartiers, les dispositifs de signalisation ou de rappel à la loi restent encore limités, et les panneaux rappelant l’interdiction des dépôts sauvages sont rares voire inexistants sur certains sites régulièrement touchés. Dans ce contexte, les collectivités privilégient des interventions de nettoyage lorsqu’elles sont possible, et des campagnes de sensibilisation, lorsque les équipes sur le terrain constatent surtout une difficulté à enrayer durablement les comportements imprévisibles d’abandon de déchets.

Sur le terrain, la réalité est rude. À Mtsapéré, mais aussi à Cavani ou aux Hauts-Vallons, la CADEMA décrit une multiplication des points noirs. Autour des bornes enterrées, censées faciliter la collecte, des tas de sacs s’amoncellent, parfois en dehors de tout dispositif prévu. « Les gens au lieu de garder leurs déchets jusqu’au passage des bennes, les déposent autour des points de collecte », explique un agent de la collectivité. « Et parfois, dix minutes après notre passage, les déchets sont de nouveau là ». 

Des déchets à ciel ouvert dans un contexte de maladies vectorielles en circulation

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Face à l’accumulation de déchets collectés, les agents de la CADEMA s’interrogent même sur la capacité du camion à tout contenir lors de cette opération de ramassage.

Pour les équipes, la situation dépasse désormais le simple problème de civisme. Elle pose notamment une question de santé publique dans un territoire déjà confronté à des fragilités sanitaires persistantes. Les déchets laissés à l’air libre attirent rats, insectes et animaux errants, favorisant la prolifération de maladies vectorielles et hydriques.

À Mayotte, où circulent régulièrement des pathologies comme la leptospirose, et où une épidémie de chikungunya et de paludisme sont encore en cours, ces accumulations de déchets constituent un facteur aggravant. Les eaux stagnantes et les déchets organiques peuvent en effet offrir des conditions propices à la reproduction des moustiques et à la dégradation de l’hygiène environnementale.

« On ne peut pas laisser ça comme ça, c’est un risque pour tout le monde », confie un agent de la CADEMA mobilisé sur une opération de nettoyage. « Mais à force de revenir, on a l’impression que ça ne s’arrête jamais (…) Les gens reviennent déposer des déchets en permanence », ajoute un autre, évoquant un site situé à une centaine de mètres seulement d’un point de regroupement de bacs au rond-point de Cavani.

Selon l’intercommunalité, les signalements de dépôts sauvages sont devenus quotidiens sur l’ensemble du territoire. Les équipes, appuyées par les prestataires MAP et Enzo Recyclage, interviennent régulièrement, mais peinent à absorber l’ampleur du phénomène. Dans certains secteurs, les opérations de nettoyage sont suivies quasi immédiatement de nouveaux abandons de déchets.

La CADEMA évoque une situation de saturation et reconnaît une difficulté à anticiper l’ampleur du phénomène. « C’est tellement soudain qu’on n’était pas forcément préparé à cela », admet la collectivité, qui dit travailler à un plan de sensibilisation renforcé et à une stratégie d’intervention plus structurée, qui sera prête prochainement. Mais sur le terrain, les agents, eux, continuent de ramasser. Encore et encore. Dans l’espoir fragile de maintenir les quartiers habitables, face à une pollution qui, elle, ne cesse de proliférer.

Mathilde Hangard

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