Pesticides dans l’air, ce que révèlent les mesures effectuées à Mayotte

La nouvelle plateforme PhytAtmo Dataviz permet de visualiser les concentrations de pesticides dans l’air mesurées sur le territoire et d’éclairer le débat public sur l’exposition aux risques.

Depuis le 31 mars dernier, Atmo France, fédération de 19 Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) réparties sur l’ensemble du territoire (une par région) et acteur de référence pour la mesure, l’analyse et l’information du public sur l’air, a lancé un nouvel outil national dédié à la visualisation des concentrations de pesticides dans l’air : PhytAtmo Dataviz.

Une plateforme pour la démocratisation des données

Fongicides, herbicides, insecticides, la plateforme permet de visualiser les différents pesticides présents à Mayotte. (Capture d’écran, PhytAtmo DataViz.)

Cette datavisualisation met à disposition, de manière claire et simplifiée, les concentrations en pesticides mesurées par les associations, couvrant l’ensemble du territoire national, y compris à Mayotte, via l’association agréée Hawa Air – l’Observatoire de la Qualité de l’Air de Mayotte, où les mesures existent depuis 2018, grâce à un appareil — un Partisol — qui réalise des prélèvements sur un site de Combani.

Cette première version de PhytAtmo Dataviz présente les chiffres de 2022 à 2023. Les données 2024 seront intégrées au premier semestre 2026, puis la datavisualisation sera mise à jour chaque année.

La présence de pesticides dans l’air soulève de nombreuses questions environnementales et sanitaires. Même à de très faibles concentrations, ces substances peuvent contribuer à une exposition diffuse et répétée, alimentant les inquiétudes de la population quant à leurs effets potentiels sur la santé.

« A Mayotte nous sommes sur un terrain que l’on peut qualifier de « bassin maraîcher », et le but est de mesurer quelles substances sont présentes dans l’air sur les 72 pesticides référencés au niveau national comme des herbicides, des fongicides ou des insecticides. Pour savoir lesquelles sont utilisées, qu’elles soient autorisées ou non », explique Nils Paragot, ingénieur d’études responsable pôle études et réglementaire chez Hawa Mayotte.

« Pas de risques » à l’heure actuelle

Hawa Mayotte, qualité de l'air, PhytAtmo, Data, pesticides, agriculture, Combani, Mayotte
Interdit en France, le lindane continue d’apparaître en faible quantité dans les prélèvements réalisés à Mayotte. (Capture d’écran PhytAtmo Dataviz.)

« Chaque année on réalise 18 prélèvements sur place à Combani, soit entre 1 et 2 par mois, puis les molécules sont analysées en laboratoire dans l’Hexagone », ajoute-t-il, précisant que chaque « cartouche » de prélèvement coûte entre 100 et 200 euros, et que le Partisol coûte plus de 20.000 euros.

« Sur les 3 dernières années, nous avons détecté entre 2 et 7 substances différentes sur 72 à Mayotte. C’est faible ». Parmi ces substances, on retrouve du lindane en faible quantité (0,01 ng/m3), un insecticide pulvérisé interdit en France et dans plus de 50 pays. « Ce pesticide est très résistant, on ne sait pas s’il est encore utilisé ou s’il s’agit de traces persistantes des années précédentes”, détaille l’ingénieur. En 2023, les prélèvements ont mis en évidence la présence de glyphosate et de glufosinate, des herbicides systémiques à action foliaire, à faible quantité.

À travers ses mesures, Hawa Mayotte cherche à identifier les pesticides présents dans l’air et à mieux comprendre les niveaux d’exposition. (Illustration).

« Si la présence de la substance dépasse les 2 nanogrammes par mètre cube, on considère que l’exposition n’est pas négligeable. À Mayotte, ce seuil a été ponctuellement dépassé en 2018, avec une mesure de chlorprophame (herbicide) et en 2021 concernant du deltaméthrine (insecticide). L’équivalent en gros de 2 semaines d’exposition sur 5 ans”, relève Nils Paragot.

Les informations du PhytAtmo Dataviz ne constituent pas une évaluation sanitaire, mais apportent des repères pour éclairer les enjeux d’exposition, la prévention et la décision publique.

« Aujourd’hui on ne peut pas dire que si telle ou telle substance pesticide dépasse un certain seuil dans l’air, elle est dangereuse pour la santé. Il n’y a d’ailleurs pas de valeurs réglementaires à ce sujet. On peut dire tout de même qu’il n’y a pas de risques à l’heure actuelle à la vue des mesures ».

Un rapport sur l’exposition de la population aux pesticides

INSEE, inflation, Mayotte
En 2025, les contrôles de la DAAF ont révélé un taux de non-conformité de 70 % dans la vente de fruits et légumes, avec la présence de pesticides interdits. (Archives).

Au-delà des données récoltées dans l’air, l’usage des pesticides à Mayotte n’est plus à démontré. Les contrôles de la DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Mayotte) révèlent jusqu’à 70 % de non-conformité dans la vente de fruits et légumes, avec la présence de pesticides interdits. « Cela part souvent d’un mauvais usage du pesticide. Même s’il est autorisé, il est utilisé en grande quantité, jusqu’à la veille de la vente du produit”, note Nils Paragot.

« Un rapport mené par l’ARS devrait sortir dans les prochaines semaines sur l’exposition aux pesticides de la population mahoraise avec des études menées auprès de 3.000 personnes. Il exposera des données récoltées dans la nourriture, via les urines, mais aussi directement dans les fruits et légumes vendus en bord de route notamment, l’eau et donc l’air”, annonce-t-il. Le rapport s’inscrit également dans la volonté, avec l’ensemble des acteurs, de dresser une liste des pesticides et des polluants propres à Mayotte.

Préserver la santé et mettre en place des mesures préventives

Les poussières participent à la dégradation de la qualité de l’air.

En plus des pesticides, Nils Paragot, Hawa Mayotte et Atmo France travaillent sur la qualité de l’air de manière globale sur le territoire, en s’intéressant aux facteurs pouvant la dégrader, voire présenter des risques pour la santé, notamment les poussières, via des stations situées à Kawéni, Koungou et Mamoudzou.

Toutefois, depuis le passage du cyclone Chido, l’indice ATMO et la carte interactive de Mayotte n’affichent plus de données. « Lorsqu’on retrouvera les moyens notamment matériels pour proposer ces informations, elles seront de retour”, assure Nils Paragot.

Hawa Mayotte a également validé l’extension de son réseau de mesures afin de couvrir l’ensemble de Mayotte, et non plus uniquement la zone la plus exposée autour du Grand Mamoudzou.

En attendant il est possible d’utiliser la plateforme nationale de prévision de la qualité de l’air : « PREV’AIR », pour connaître les polluants et les différents types de particules qui se trouvent dans l’air de Mayotte, mais aussi de l’océan Indien.

Victor Diwisch

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Comores : Hausse du prix des produits pétroliers et huit mesures d’accompagnement

Les prix des trois produits (pétrole lampant, essence et gasoil) ont connu un relèvement qui varie entre 28 et 46% sur fond d’une inflation qui étrangle la population. Les autorités, reconnaissant le caractère inévitable de la hausse, ont annoncé des mesures pour limiter le choc des ménages dont l’abattement de 40% sur les taxes des produits de première nécessité (PPN).

Agriculture et pêche : le Gouvernement actualise le code rural et de la pêche maritime applicable dans les Outre-mer

Le Conseil des ministres, qui s'est tenu le mercredi 6 mai, a adopté un projet de loi ratifiant une ordonnance qui visait à moderniser les dispositions du code rural et de la pêche maritime dans les territoires ultramarins.

Aéro Run Training et Aéro Pyrénées s’associent pour lancer la première formation pilote de ligne

Aéro Run Training, filiale formation de la compagnie Air Austral, et Aéro Pyrénées annoncent la signature d’un partenariat afin d’ouvrir la toute première formation ATPL théorique dédiée à la préparation au métier de pilote de ligne.

Le paquebot de croisière MS VISTA en escale à Mayotte ce lundi

L'escale du paquebot MS VISTA aura lieu ce lundi...