Dans la salle, les échanges ont rapidement dépassé la question technique. Derrière le débat sur l’électricité, c’est plus largement celui du développement de Mayotte qui s’est invité dans les discussions. Reconstruction post-Chido, croissance démographique, besoins des entreprises… Pour plusieurs intervenants, le système énergétique actuel ne suit plus.
Cette réunion publique avait donc pour objectif de présenter les conclusions d’une expertise réalisée pendant neuf mois par le cabinet Proneos pour le compte du Comité social et économique central d’Electricité de France (EDF). Une étude lancée à la demande de représentants syndicaux et de salariés d’Électricité de Mayotte (EDM), alors que la question de l’avenir de l’entreprise revient régulièrement dans le débat local.
« Tout passe par l’électricité »
« L’avenir de Mayotte ne peut pas se faire sans électricité fiable », a insisté Salim Nahouda, représentant syndical CGT à EDM et à l’initiative de cette rencontre. Engagé depuis trente ans sur l’énergétique à Mayotte, il estime que l’électricité dépasse largement la seule question des coupures. Selon lui, le développement économique, l’accès à l’eau, la santé ou encore l’éducation dépendent directement de la capacité du territoire à disposer d’un réseau stable et suffisamment puissant. « Tout passe par l’électricité », résume-t-il.

Salim Nahouda évoque notamment les difficultés à développer localement certaines activités faute d’infrastructures suffisantes. « La majorité de la pêche faite dans la zone part ailleurs. Si on avait suffisamment de moyens de production d’électricité, on développerait les structures industrielles et ça permettrait de créer de l’emploi », explique-t-il.
Mais au-delà des investissements, le représentant syndical défend surtout une idée : mettre fin à ce qu’il considère comme une exception mahoraise. Aujourd’hui, contrairement aux autres départements d’Outre-mer, l’électricité de Mayotte est la seule à ne pas faire partie du groupement EDF. « On ne peut pas rester à part », insiste-t-il, appelant les responsables politiques locaux à porter une position commune auprès de l’État.
Près d’un milliard d’euros d’investissements
Pendant la réunion, la question du coût pour les habitants a été abordée à plusieurs reprises. Les intervenants, favorables à l’intégration, assurent que le tarif de l’électricité ne changerait pas pour les usagers mahorais. Ils rappellent que les prix sont déjà encadrés par l’État à travers le système de péréquation tarifaire appliqué sur l’ensemble du territoire français. « Ça sera du gain pour les usagers ! On ne comptera pas le même temps de coupure qu’aujourd’hui », explique Salim Nahouda.

L’enjeu financier a aussi occupé une grande partie des discussions. D’après les chiffres présentés lors de la rencontre, près d’un milliard d’euros seraient nécessaires dans les années à venir pour moderniser le réseau local. Pour Kevin Guillas, expert du cabinet Proneos, EDM ne dispose pas aujourd’hui de la capacité financière suffisante pour porter seule cet investissement. « EDF peut mettre cet argent sur la table », affirme-t-il, rappelant que le groupe investit déjà massivement dans d’autres territoires ultramarins.
Un discours partagé par Gwenaël Pagne, secrétaire du Comité social et économique central d’Electricité de France. « Que ce soit le rachat des parts du Département, du fonds privé, ce n’est pas une difficulté. C’est estimé autour de 50 millions d’euros, on est prêt à discuter des chiffres ».
Gouvernance et garanties en discussion

En effet, le sujet de la gouvernance reste toutefois sensible, le Département-Région de Mayotte, actionnaire majoritaire d’EDM avec 50%, devra jouer un rôle important dans les négociations.
Présent lors de la rencontre Ali Omar, 3e vice-président en charge du Transport et de la Transition écologique, a rappelé que la collectivité n’était pas opposée au principe d’une intégration à Electricité de France, mais souhaite obtenir des garanties sur les futurs investissements énergétiques dans le territoire. « Nous souhaitons garantir l’énergie dans tous les foyers de Mayotte », a-t-il déclaré.
Malgré un accueil globalement favorable dans la salle, certaines inquiétudes restent présentes parmi quelques agents et participants. Certains disent ne pas encore voir ce que cette intégration changerait concrètement pour eux en tant que salariés. D’autres craignent une perte de gestion locale au profit d’une organisation davantage pilotée depuis La Réunion, comme cela existe déjà dans certains services publics. Même si aucune décision n’a été prise à l’issue de cette réunion, le débat sur l’avenir énergétique de l’île semble désormais pleinement relancé.
Shanyce MATHIAS ALI.


