Des cicatrices visibles sur le bras suite à des coups de ciseaux reçus par des élèves il y a plusieurs années Saïd*, surveillant dans le collège de Ouangani, a décidé, conjointement avec les autres assistants d’éducation (AED), d’exercer son droit de retrait le 14 avril 2026 afin d’alerter sur l’insécurité à l’intérieur de l’établissement.

Léo Vignal / JDM.
Depuis trois semaines, selon lui, les tensions et les affrontements entre les collégiens provenant de différents villages, Barakani, Hapendzo, Coconi, Kahani ou encore Chiconi, se sont multipliés, poussant les AED à suspendre leurs fonctions pour leur propre sécurité.
« Quand on essaye de désamorcer les conflits les élèves nous tapent. Un collègue a reçu un coup récemment et on a dit stop. Les professeurs nous ont suivi, la direction a été débordée, et depuis le 14, il n’y a plus cours », explique Saïd. Surveillant dans l’établissement depuis cinq ans, il n’avait jamais vu un tel niveau de violences.
Ce vendredi 17 avril, une réunion a été organisée dans la salle polyvalente située à l’extérieur de l’enceinte du collège, par la direction de l’établissement, avec les AED, les parents d’élèves, la gendarmerie et la police municipale, afin de faire un point sur la situation. Des centaines de parents de la commune se sont déplacés pour y assister.
En parallèle, une seconde réunion a également été organisée, cette fois-ci à l’intérieur de l’établissement, en présence du rectorat, de la préfecture et des AED. Les représentants des parents d’élèves, l’association Les Petits Cartables 976 ainsi que la Fédération des Conseils des Parents d’Élèves sont toutefois restés à l’extérieur, une situation qui a engendré des tensions devant le portail. Deux réunions, interdites à la presse.
Plus de moyens et des sanctions exemplaires

« C’est un mal pour un bien de bloquer le collège », continue Saïd à l’extérieur de la salle polyvalente, à l’ombre d’un arbuste. « Nous demandons la mise en place de sanctions fermes pour les élèves violents et aussi la mise en place de plus de moyens, plus d’AED, plus d’EMS. Nous avons 11 AED pour 1.375 élèves, soit 1 pour 125 élèves alors qu’en France métropolitaine c’est plutôt 1 pour 80. Il faut également responsabiliser les parents d’élèves, et travailler en collaboration avec la mairie, les associations, la PJJ, la police, la préfecture, les CCAS, pour mettre en place des sanctions envers les jeunes qui se battent, et envers les parents qui sont laxistes et jouer sur les titres de séjour, l’obtention de la CAF. Il faut responsabiliser les parents et avoir zéro tolérance », lance-t-il.
Concernant la mise en place de fouilles des cartables, Saïd estime qu’il faut en faire spontanément pour surprendre les élèves qui amènent des objets dangereux voire des armes. « On doit aussi interdire aux jeunes de venir habillés en survêtement, sans chaussures, et avec les cheveux colorés et demander aux parents de venir les chercher !.
La réunion dans la salle polyvalente terminée, les parents d’élèves se regroupent devant l’établissement. Entourée des autres parents, Fatima*, avoue être inquiète de la situation, notamment pour son fils, qui vient de rentrer en 6ème. « Il n’y a pas de sécurité, dans le village et aux collèges il y a des bagarres. Avant même de faire sa rentrée dans l’établissement mon fils entendait les histoires d’affrontements et ça lui faisait peur. Aujourd’hui c’est la réalité », déplore-t-elle. « On a la boule au ventre constamment quand on ramène notre enfant à l’école ».

Suite à l’appel à la responsabilité des parents, elle acquiesce. « Il faut que nous parlions plus avec nos enfants pour prévenir les bagarres. Avant quand nous on était à leur place c’était le calme. Il faut trouver une solution ».
Mais vendredi, la présence des parents d’élèves n’était pas vraiment souhaitée pour certains membres, à commencer par les AED et le CPE, qui ont refusé leur présence à la réunion avec la préfecture dans l’enceinte directe du collège, notamment par soucis de ne pas s’éparpiller dans les revendications face aux pouvoirs publics, mais d’insister sur la mise en place de plus de moyens.
Des parents d’élèves pointés du doigt mais écartés des discussions
« Le principal nous avait pourtant invités, il voulait travailler avec nous les parents pour trouver des solutions concrètes », s’exacerbe Chanfi Asma, présidente de l’association de parents d’élèves Les Petits Cartables 976. « On a été évincés et on trouve ça scandaleux, très méprisant, et surtout on nous pointe du doigt comme quoi nous n’avons rien fait pendant tout ce temps pour calmer les collégiens. Nous pourtant nous sommes là pour travailler pour trouver des solutions concrètes. Pour une fois qu’on arrive à réunir autant de personnes de plusieurs villages, c’est compliqué de voir que cela tombe à l’eau ».

La présidente de l’association assure désormais attendre les comptes rendus des réunions pour décider de la suite du mouvement.
« Mais les violences on les vit très difficilement au quotidien, ça nous impacte tous au niveau des barrages qui sont dressés tous les jours, des enfants qui ne peuvent pas aller à l’école tous les jours », ajoute-t-elle. « Les collégiens sont d’ailleurs assez divisés, il y a ceux qui sont contents car ils ne veulent pas aller à l’école et ceux qui ne comprennent pas ce qui se passe et qui veulent retourner à l’école pour préparer le brevet, certains sont tristes. On essaye de les rassurer pour leur dire qu’on va se battre avec eux, pour eux, pour qu’ils puissent avoir une scolarité digne ».
Des collégiens inquiets et pessimistes sur des conflits qui vont perdurer au lycée

Aux abords du plateau de Barakani, les cours suspendus, un groupe de collégiens s’est retrouvé pour jouer aux cartes.
« Si on nous frappe on est obligé de se défendre. On doit répondre », souligne l’un d’entre eux, 15 ans, signe de la tension qui règne actuellement. « Les surveillants ils se retrouvent au milieu, mais personne ne nous écoute, personne ne nous comprend. Les jeunes des autres villages nous provoquent et après il y a des bagarres. Et à chaque fois on dit que ce sont les jeunes de Barakani », ajoute un autre, dans l’approbation générale.
« Demain il est prévu que les jeunes de Barakani et de Chiconi fassent la paix, en passant par les grands, c’est la seule solution. Mais après les autres villages essayent de casser la paix. On a même des jeunes de Kahani qui viennent avec les bus de la 3CO dans Barakani pour nous combattre », poursuit-il. « On est inquiets pour nos cours parce qu’on veut avoir le brevet », remarque un élève de 3ème dans le groupe. « Mais on sait aussi qu’une fois qu’on devra aller au lycée à Sada ou à Kahani, nos bus vont se faire caillasser et tout recommencera ».
Samedi, les élèves de 4èmes se rendront dans l’établissement pour suivre une journée de sensibilisation aux violences, lundi 20 avril, ce sera au tour des 3èmes et des 5èmes. Les cours « habituels » devraient reprendre mardi prochain, au collège de Ouangani.
Victor Diwisch
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.


