Reçus le 3 novembre à 10 heures par le président du Département-Région de Mayotte, Ben Issa Ousseni, et plusieurs responsables de la collectivité, les professionnels ont pu obtenir des précisions sur les travaux envisagés. Si des pistes ont été évoquées, leur mise en œuvre reste toutefois soumise aux procédures d'appels d’offres, aux contraintes techniques et aux délais administratifs. Le retour à des conditions de travail normales n'est pas tout à fait pour demain.
Des ports de plaisance passés après les infrastructures vitales

Au lendemain de la mobilisation, le Département-Région a voulu expliquer pourquoi les installations nautiques avaient attendu si longtemps. Pour Olivier Solari, directeur général adjoint à l’Aménagement, qui a accepté de nous parler du dossier, la collectivité a d’abord dû s’occuper des infrastructures indispensables au fonctionnement de l’île, lourdement touchées par Chido.
« Ce n’est pas de dire qu’il n’y a pas eu de priorité pour les prestataires nautiques mais le territoire a été dévasté et le département a été extrêmement touché avec des points vitaux pour le territoire », fait-il valoir. Il cite notamment le terminal pétro-gazier, pour l’approvisionnement de Mayotte en hydrocarbures, ainsi que le « quai 2 », par lequel arrivent les conteneurs. « On a d’abord procédé avec un bureau d’études à sécuriser ces lieux », précise-t-il. Une tâche qui aurait pris du temps, d’autant que le territoire dispose de peu de bureaux d'études spécialisés dans les travaux maritimes. « Le bureau d’études a commencé par la priorité des priorités en sécurisant d’abord ces deux sites », poursuit-il.
Les ports de plaisance de Mamoudzou et de Dzaoudzi ont donc été traités dans un second temps. Une succession d’étapes que le responsable présente comme indispensable à la bonne préparation des chantiers. « Un bureau d’études ne peut pas préparer un dossier de consultation à la va-vite, il faut d’abord faire des études, pour pouvoir après présenter un dossier qui tienne la route », insiste-t-il.
La collectivité doit par ailleurs gérer un volume important de réparations. Olivier Solari évoque « cent millions d'euros de travaux » et « soixante dossiers de réparation lourdes en plus des destructions causées par Chido ». Les dégâts concernent les infrastructures portuaires, mais aussi les bâtiments administratifs du département, les centres de protection maternelle et infantile (PMI) et les centres médico-sociaux (CMS). À cette charge s’ajoute un manque de personnel technique pour piloter les opérations. « La difficulté qu’on a, à Mayotte, c’est qu’on n’a pas assez de maîtres d’œuvre, la plupart ont perdu des agents, comme des techniciens, et donc ont moins de capacité de réponse », souligne-t-il. Autrement dit, même lorsque les besoins sont identifiés, les moyens humains et l’ingénierie disponibles ne permettent pas toujours d’avancer au rythme attendu.
Des réparations annoncées, mais pas avant 2027

Pour les ports de plaisance, plusieurs procédures ont été engagées. Et c’est là que les dossiers peuvent facilement se confondre. Le Département distingue les réparations des quais et des enrochements de celles des pontons, qui font l’objet de marchés séparés.
Un premier appel d’offres concerne les enrochements et les quais, notamment celui situé près du restaurant Le Camion Blanc, le quai dit de « la Croisette » à Mamoudzou et celui du port de plaisance de Dzaoudzi. Les offres des entreprises sont attendues à la mi-novembre. Elles devront ensuite être examinées avant le choix d’un prestataire. « On envisage d’avoir un début de réparation des quais début 2027 », annonce Olivier Solari.
Un deuxième marché porte sur la réparation des pontons du quai du Camion Blanc, de celui de « la Croisette » et du port de plaisance de Dzaoudzi. La consultation doit se poursuivre jusqu'à la fin novembre. « On pense que début 2027, l'entreprise sera désignée pour la réalisation de ces travaux », indique le responsable.
À ces deux procédures s'ajoute un troisième dossier, consacré à la mise en place d'un ponton d’urgence à Dzaoudzi. Le marché est validé, assure Olivier Solari, qui souhaite accélérer son installation. Il justifie les délais par l’état des équipements actuellement présents dans le lagon. « Les pontons qui sont actuellement dans le lagon sont des pontons non sécurisés, il y a des réparations très lourdes à faire dessus. C’est pour ça que cela a pris du temps pour valider l’entreprise qui allait réaliser ces pontons d’urgence », explique-t-il.
Des mesures immédiates pour calmer le jeu
En attendant les chantiers, les professionnels ont également obtenu des engagements sur le ponton provisoire de Mamoudzou. Installé quelques mois après Chido pour permettre aux prestataires de poursuivre leur activité, il reste aujourd'hui l’un des principaux points de friction. Instable, exposé à la houle et aux mouvements des barges, il ne répond pas aux exigences de sécurité réclamées par les utilisateurs. « On a bien conscience que ce n’est pas satisfaisant mais on n’a pas d’autres lieux pour l’instant car les quais ne sont pas réparés », reconnaît Olivier Solari.

La collectivité prévoit d'améliorer les conditions d'arrivée sur cette installation, de renforcer ses défenses et de revoir les systèmes d'amarrage afin de faciliter les manœuvres des professionnels. Sa sécurisation doit également être renforcée pour empêcher les intrusions, notamment de jeunes qui viennent s'y baigner. Le Département prévoit par ailleurs un nettoyage complet de l'ancienne zone du port de plaisance de Mamoudzou, près du quai du Camion Blanc. L'objectif est de rendre cet espace plus facilement utilisable par les prestataires dans l'attente du lancement des travaux définitifs.
Du côté des professionnels, Denis Fabre, de Mayotte Explo, se montre prudemment optimiste après la réunion. « Cela devrait aller », confie-t-il à notre rédaction, tout en rappelant que les représentants du Département ont tout de même « traîné à lancer les projets ». Il estime néanmoins que les interventions les plus simples pourraient avancer rapidement. « On ne peut pas avancer les échéances, ni les lois », tempère-t-il. « Les trucs simples et pas coûteux semblent en cours ».
Au-delà des quais et des pontons, la crise pose surtout la question de la préparation de Mayotte aux catastrophes naturelles et de sa capacité à s’en relever. Olivier Solari reconnaît qu’une partie des dégâts aurait pu être limitée si le territoire avait été mieux préparé. « Une grande part des dégâts sont liés aussi au fait que tout le monde ne s'est pas mis en alerte ici comme dans d'autres territoires qui ont l’habitude de ce genre d’événement », estime-t-il. Si les délais de reconstruction s’expliquent également par l’ampleur des chantiers, près de deux ans après Chido, ils interrogent tout de même sur la réactivité des pouvoirs publics.