« On ne devrait même pas avoir à descendre dans la rue pour réclamer de l’eau. On est dans un territoire français, avoir accès à l’eau, c’est quand même quelque chose de basique ». C’est le sentiment exprimé par Zakaria Souleymane, restaurateur aux Badamiers, alors que Mayotte connaît une nouvelle journée de mobilisation ce jeudi 5 novembre, jour de grève nationale. En Petite-Terre, aucun barrage n’est venu bloquer la circulation de la barge, mais pour les habitants le sentiment de mécontentement est bien là.
Encore la crise de l’eau
Depuis 2022, les coupures d’eau rythment le quotidien des habitants de Mayotte. En Petite-Terre, le calendrier prévoit 30 heures d’eau en continu, suivies de 42 heures de coupure. Mais sur le terrain, les horaires annoncés sont rarement une garantie. Une remise en eau prévue à 10 heures peut finalement arriver à midi, à 17 heures, voire plus tard et parfois, l’eau est coupée bien avant l’heure prévue. « On fait comme on peut avec les moyens du bord », explique Zakaria Souleymane.

Dans son établissement, l’eau est indispensable pour préparer les aliments, nettoyer et respecter les règles d’hygiène. Pourtant, certaines remises en eau ne durent que quelques minutes. « Des fois, l’eau est à peine ouverte, quelques minutes puis ils la coupent et elle revient tard le soir ». Impossible pour lui de fermer son restaurant à chaque coupure trop longue. Il doit donc anticiper, remplir des réserves et s’adapter comme il peut. « Je ne peux pas me permettre de fermer parce que c’est mon gagne-pain. Je fais comme tout le monde, stocker de l’eau, m’habituer à vivre avec, mais ce n’est pas une chose à laquelle on est censé s’habituer ».
C’est aussi pour cette raison que les revendications autour de l’eau prennent une place importante dans cette journée de mobilisation. Les habitants attendent des solutions concrètes, notamment avec la future usine de dessalement, dont la mise en service est annoncée pour 2028. Mais cette date paraît encore lointaine pour les Mahorais.
Les jeunes dans la rue pour défendre leur avenir

Autre sujet au cœur des revendications du 5 novembre : l’éducation et l’avenir de la jeunesse mahoraise. Alors que des lycéens se mobilisent, les difficultés dans les établissements scolaires continuent de faire parler. « J’envoie tout mon soutien aux jeunes qui manifestent actuellement, que ce soit ici ou en France », affirme Kylian, jeune actuellement au chômage. Pour rappel, sur l’île environ 55 % des jeunes de 15 à 29 ans sont au chômage.
Pour lui, cette mobilisation est une manière pour la nouvelle génération de faire entendre sa voix. « Quand on voit ce qui se passe ailleurs, on se pose des questions. On voit que la nouvelle génération ne veut pas juste subir comme ça a été le cas avec les anciens, et c’est normal, c’est leur avenir qui est en jeu ».
« On ne tient pas le rythme, on survit »
La vie chère est une autre revendication portée par les manifestations de ce jeudi. À Mayotte, les prix des produits alimentaires sont en moyenne 30 % plus élevés qu’en métropole, selon l’Insee. Pour les familles, les courses représentent une dépense de plus en plus difficile à absorber, et les difficultés ne s’arrêtent pas là.

Rania Houmadi, mère de famille, résume son quotidien en quelques mots : « à chaque fois qu’on pense pouvoir sortir la tête de l’eau, d’autres choses arrivent ». Après les coupures d’eau, le cyclone Chido et la hausse des prix, elle dit avoir le sentiment de devoir constamment faire face à de nouvelles difficultés.
La fatigue est autant physique que mentale, car après le travail, il faut encore trouver le temps de remplir les réserves d’eau, à cela s’ajoute l’inquiétude liée aux faits de violence sur l’île. « On est fatigué mentalement ! Se lever le matin et entendre qu’il y a eu des faits de violence dans l’île, ça devient fatiguant », raconte-t-elle.
La mère de famille veut que les responsables politiques au niveau national prennent réellement la mesure de la situation. « Je pense que nos élus doivent arrêter de cacher la misère sous le tapis. Quand les ministres viennent, ils doivent voir et vivre nos réalités du quotidien. Si on va les accueillir avec des grands sourires, et des colliers de fleurs, ils vont se dire qu’on ne souffre pas tant que ça ».
Elle tient également à souligner que l’absence de barrage en Petite-Terre ne signifie pas que ses habitants ne partagent pas les revendications du mouvement. « Moi-même après mon rendez-vous je pense rejoindre la mobilisation pour soutenir les manifestants à Mamoudzou ».
Shanyce MATHIAS ALI.