« Ce ne sont pas forcément les élèves les plus en difficulté, mais ceux qui manquent de confiance et pour qui un tremplin d'une année suffit à consolider les bases ». C'est en ces termes qu'Angeline Carassus, déléguée territoriale de l'association Coup de Pouce pour l’océan Indien, résume la philosophie de ce programme d'accompagnement scolaire et périfamilial. Réunis au Centre administratif communal Hassanati Bacar, les animateurs de la Caisse des Écoles de Mamoudzou ont achevé ce mercredi leur cycle de formation préparatoire, avant le lancement effectif des ateliers.

Implantée depuis six ans à Mayotte, l'initiative franchit un cap méthodologique cette rentrée avec l'intégration du Club de Langage (CLA). Jusqu'ici concentré sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au CP (CLE) et sur les mathématiques au CE1 (CLÉM), le dispositif s'ouvre désormais à la petite enfance. Trois premiers clubs pilotes ouvrent leurs portes dans des écoles maternelles de Mamoudzou, portant à dix-sept le nombre total d'ateliers sur la commune.
« Nous intervenons auprès d'enfants de grande section qui s'apprêtent à entrer au CP, précise Angeline Carassus. L'accompagnement repose sur des séances quotidiennes d'une heure, axées sur des comptines, des jeux de vocabulaire et des échanges ritualisés ». Le format est calibré pour capter l'attention des jeunes enfants sans reproduire la forme scolaire classique. Chaque temps débute par un goûter collectif et s'achève par la lecture partagée d'un album jeunesse, avec l'appui de l'ONG Bibliothèques Sans Frontières pour la fourniture des ouvrages.
Une méthode par le jeu
Le programme s'adresse à des groupes restreints de six élèves encadrés par des animateurs périscolaires ou des professeurs des écoles intervenant en fin de journée. L'objectif n'est pas d'assurer du soutien scolaire au sens strict, mais de débloquer l'expression orale et de donner le goût d'apprendre.

« Les animateurs ne remplacent pas les enseignants spécialisés. Notre rôle est d'offrir une méthodologie ludique pour que des enfants en retrait prennent la parole plus spontanément et enrichissent leur vocabulaire ». À l'aide de grilles d'observation précises, le choix des participants est confié directement aux équipes pédagogiques de l'Éducation nationale. Sont ciblés en priorité les élèves réservés ou issus d'environnements familiaux peu familiers avec la culture de l'écrit, susceptibles de basculer dans l'échec faute d'un soutien précoce.
Pour les animateurs, ce suivi continu de novembre à juin requiert une prise en main rigoureuse des supports didactiques. La session de formation a ainsi permis d'aborder la conduite des groupes, la ritualisation des séances et l'utilisation de plateformes de ressources pédagogiques mutualisées.
Associer les parents
Au-delà du travail mené dans les classes, la dimension familiale constitue le pivot du dispositif. Dans un département où l'éloignement linguistique et culturel avec l'institution scolaire reste fréquent, les clubs Coup de Pouce exigent une adhésion des parents.
« Sans l'implication des familles, nous ne pouvons rien faire. Même si certains parents ne maîtrisent pas le français, nous avons besoin de leur présence lors des temps forts pour qu'ils encouragent leur enfant au quotidien ». Les familles sont ainsi invitées à assister régulièrement aux ateliers et à reproduire des gestes simples d'écoute à la maison. Cette démarche vise à redonner aux parents un sentiment de compétence éducative, indispensable pour sécuriser la scolarité de leur progéniture.
Une trentaine de clubs
Parti d'une poignée d'ateliers à Mamoudzou à ses débuts, le modèle s'est progressivement diffusé sur l'île. Outre les dix-sept structures du chef-lieu, onze clubs fonctionnent à Bouéni et trois à Ouangani, représentant un réseau d'une trentaine de sections pour près de deux cents enfants et autant de familles suivies cette année.
Ce fonctionnement repose sur un modèle financier associant plusieurs acteurs institutionnels. Les communes et les Caisses des Écoles mobilisent des crédits issus des cités éducatives, du Programme de réussite éducative (PRE) et de la Caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM) pour financer le matériel pédagogique et la rémunération des intervenants.
Alors que les indicateurs locaux rappellent régulièrement l'ampleur des retards d'apprentissage dès les classes élémentaires, ce travail préventif entend sécuriser le passage décisif de la maternelle vers le cours préparatoire. En stabilisant l'expression orale dès l'âge de 5 ans, les équipes éducatives espèrent endiguer les difficultés de lecture avant qu'elles ne s'installent durablement.