La pluie n’a pas découragé les grévistes, ils ont quand même répondu présents à l’appel national et ont choisi de maintenir leur rassemblement devant leur établissement, sans bloquer l’accès aux usagers, sous la demande de la direction. Quelques mois après un piquet de grève de quatre jours organisé en juillet dernier, les salariés de la CSSM entendent une nouvelle fois faire part leurs revendications.
Une valeur du point jugée trop faible

La principale demande porte sur la valeur du point, actuellement fixée à 7,69 euros, que les agents souhaitent voir passer à 10 euros. Depuis plusieurs années, les syndicats réclament une revalorisation en fonction de l’inflation. Mais les augmentations obtenues en 2022 et 2023 sont restées limitées à quelques centimes, avant un gel depuis 2024. Pour les salariés, le constat est simple : les prix augmentent, mais leurs rémunérations ne suivent pas. « Aujourd’hui, une personne qui travaille à la Sécurité sociale, que ce soit à Mayotte ou dans tout autre département, est plus pauvre qu’un salarié mahorais au SMIC », dénonce Faïza Ali, déléguée syndicale CGT-Ma.
.Les dépenses quotidiennes absorbent une grande partie des revenus, alors que certains salariés doivent également subvenir aux besoins de leurs proches. « On est des salariés précaires, ça veut dire que sur le plan national, comme sur notre territoire, on dépend des aides pour vivre décemment ».
La déléguée syndicale prend l’exemple des courses alimentaires qui représentent une dépense importante pour les familles au vu des prix sur le territoire. « Aujourd’hui, quand on doit remplir le caddie, si vous n’avez pas entre 200 et, 600 euros en fonction de la composition de votre famille, vous ne vous en sortez pas », insiste-t-elle.
Fatima Mansoibou, déléguée syndicale CFDT, partage elle aussi ce constat : « l’indexation n’est pas à la hauteur de l’inflation et ça ne suit pas l’inflation. L’indexation n’a jamais augmenté lorsque l’inflation a augmenté. On est à 40 %, on reste à 40 %, et notre valeur de point n’augmente pas », explique-t-elle. Cette demande de revalorisation concerne l’ensemble des salariés des caisses de Sécurité sociale en France.
La convergence sociale, un autre défi pour la CSSM
Au-delà des salaires, les agents veulent attirer l’attention sur les conditions dans lesquelles la convergence sociale doit être mise en œuvre à Mayotte. Ce processus doit permettre aux habitants de bénéficier progressivement des mêmes droits sociaux que dans les autres départements français. Mais pour les salariés, la CSSM ne dispose pas aujourd’hui des moyens nécessaires pour accompagner correctement cette évolution.

« La CSSM est l’organisme qui doit déployer la convergence sociale. Sans les agents, la direction ne peut pas faire ce déploiement dans les meilleures conditions », explique Fatima Mansoibou.
Les agents considèrent que les besoins de la population sont déjà importants et les services doivent faire face à de nombreuses demandes. Avec l’arrivée de nouveaux droits et le déploiement des prestations, la charge de travail risque encore d’augmenter. Les agents craignent donc de ne pas pouvoir répondre correctement aux attentes des assurés. Faïza Ali pointe notamment le manque de personnel et les problèmes d’organisation au sein de la caisse. « Aujourd’hui, il nous manque des directeurs. Aujourd’hui, il nous manque une structuration », déplore-t-elle. Elle estime que les difficultés internes doivent être réglées avant même de pouvoir mener à bien un projet aussi important.
Pour elle, les conditions de travail des agents ont des conséquences directes sur la qualité du service rendu aux Mahorais. « Un salarié qui travaille dans de bonnes conditions, c’est un salarié qui peut répondre correctement aux demandes des usagers ».
Des discussions engagées, mais les agents restent mobilisés

Des premiers échanges ont eu lieu avec la direction générale de la CSSM ce mercredi 4 novembre, puis jeudi 5 novembre, notamment sur les difficultés propres à l’établissement et les moyens nécessaires à la convergence sociale. Au niveau national, les négociations sur la valeur du point sont portées par les organisations syndicales fédérales. Localement, les représentants du personnel entendent poursuivre les échanges avec la direction de la caisse.
Pour cette journée de grève, les agents ont fait le choix de rester devant leur établissement plutôt que de rejoindre d’autres rassemblements, notamment à Mamoudzou. « Nous sommes restés ici pour faire du bruit au plus près de nos responsables pour qu’ils nous entendent », précise Fatima Mansoibou.
En attendant, les représentants syndicaux préviennent que cette mobilisation n’est qu’une étape. « On ne lâchera pas ! », affirment-elles.
Shanyce MATHIAS ALI.